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Attentats: la riposte

L'Afrique embarrassée

Après avoir unanimement condamné les attentats du 11 septembre contre les Etats-Unis, les Etats africains sont restés relativement discrets sur les ripostes militaires envisagées et engagées par la Maison blanche, appuyée par une coalition de pays voulant lutter contre le terrorisme.
Les dirigeants politiques africains n'ont visiblement pas envie d'engager officiellement leur pays dans la lutte contre le terrorisme dirigée par les Etats-Unis. La politique de la «super puissance» a suscité suffisamment de ranc£urs. La question palestinienne, l'hégémonie au sein de l'ONU, de l'OMC (Organisation mondiale du commerce), ou encore récemment le départ de la délégation américaine de la conférence mondiale sur le racisme à Durban en Afrique du sud, sont autant de griefs contre les Etats-Unis, qui expliquent les timides réactions africaines.

Seul le Nigéria se distingue par un soutien ferme aux actions menées par la coalition des pays occidentaux contre les Taliban en Afghanistan, et contre le commanditaire présumé des attentats du 11 septembre, Oussama Ben Laden. Selon le porte-parole du gouvernement, Tunji Oseni, la guerre contre le terrorisme n'est pas dirigée contre une race, un pays ou une religion. «C'est une guerre contre des individus ou des groupes qui utilisent le terrorisme contre l'humanité». Les intentions nigérianes sont claires et les Etats-Unis ne s'y trompent pas. Ils demandent au Nigéria de relayer les informations sur leurs actions militaires auprès des pays africains.

Non au terrorisme et non à la guerre en Afghanistan

Face au soutien officiel de l'Etat fédéral nigérian, les Etats du nord ayant proclamé la Charia, la loi islamique, ont fermement condamné les ripostes américaines. A Kano, grande métropole du nord du Nigéria, des milliers de manifestants ont exprimé leur soutien à Ben Laden, le dimanche 7 octobre. Un autre pays, le Niger, à grande majorité musulmane se distingue par le silence des politiques et par la prise de position ferme des imams en faveur de Ben Laden, qu'ils qualifient de héros. Au Maroc les religieux, par une «fatwa» (avis religieux), mettent en garde les autorités du royaume contre toute participation à une quelconque alliance contre le terrorisme, dirigée par les Etats-Unis. Le journal «Libération», organe de l'Union socialiste des forces populaires, au pouvoir, a qualifié cette fatwa de «délire ignoble». Mais l'association islamiste «justice et bienfaisance » tout en dénonçant le terrorisme condamne les frappes américaines. Pour la fille du chef de cette association, Nadia Yassine «ce n'est pas une solution de répondre par la lâcheté à la terreur».

Le Soudan, pays figurant sur la liste noire des Etats-Unis, publie un communiqué laconique dans lequel il condamne « la guerre contre l'Afghanistan et appelle à la raison et à la justice ». Mais au Kenya et en Tanzanie, pays dans lesquels les ambassades des Etats-Unis ont subi des assauts terroristes, en août
1998, faisant plusieurs centaines de morts et de blessés, on comprend les réactions américaines sans les soutenir de manière officielle. Mais en ce début des représailles américaines il a tout de même paru nécessaire au gouvernement de Nairobi, de manifester sa grande amitié au royaume saoudien, lors de la journée qui lui a été consacrée le 23 septembre dernier. La coopération commerciale, et l'entente cordiale entre pays du proche orient et de l'Océan indien ont été appelées de tous les v£ux. C'est dans cette même logique que s'inscrit l'Ile Maurice à travers une organisation caritative, «Save the children» qui lance une grande collecte de fonds pour venir en aide aux enfants et aux populations réfugiées afghanes aux frontières du Pakistan.

Le même souci de protection des populations civiles, préoccupe les autorités sénégalaises. Elles ne croient pas en solution militaire dans cette confrontation d'un nouveau type et proposent une solution politique. Le Sénégal prend la tête d'une nouvelle initiative sur un pacte africain contre le terrorisme qui sera présenté lors d'un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement prévu à Dakar, le 17 octobre 2001. Le ministre sénégalais des affaires étrangères, de l'union africaine et des Sénégalais de l'extérieur défendra les grandes idées de ce pacte dès le 11 octobre à Bruxelles devant les ministres et experts européens.

Par ailleurs, sur le plan national sénégalais, les autorités ont demandé aux ressortissants américains «la plus grande vigilance dans leurs déplacements». Le ministère de l'intérieur a même mis à la disposition des américains, un numéro de téléphone spécialàen cas de «besoin d'urgence». Au pays de la «Teranga» (hospitalité en langue Wolof) on a par dessus tout, le souci de protéger ses invités.



par Didier  Samson

Article publié le 09/10/2001