Prix littéraires
Eric Neuhoff, premier primé
Le Grand Prix du roman de l'Académie française, premier de la saison 2001, échoit à un journaliste et écrivain parisien de 45 ans, Eric Neuhoff (prix Interallié 1997 pour La Petite Française) dans un climat contrasté : les critiques jugent la rentrée décevante ; pourtant, en dépit des événements politiques, la fiction se vend toujours très bien.
Dans «Un bien fou» (Albin Michel), le livre primé, un jeune loup de la pub adresse une lettre ouverte à un vieux qui lui a piqué sa femme. Mais ce «vieux» n'est pas n'importe qui : il s'agit du clone littéraire de J. D. Salinger, le mythique américain, auteur en 1951 d'un merveilleux roman mettant en scène un adolescent au c£ur pur qui découvre le monde cruel de l'après-guerre, L'Attrape-C£ur. Après avoir connu la gloire, Salinger s'est retiré du monde, «enterré» dans le Vermont où il vit toujours, refusant photos et entrevues.
Mystère fascinant pour plus d'un journaliste littéraire, dont Eric Neuhoff, chef du service Livres de l'hebdomadaire Madame Figaro. Il ressuscite donc le monument - sous les traits d'un vieillard libidineux et alcoolique - pour tenter de régler ses comptes dans un roman qui met d'abord en scène un jeune couple parisien chic et tendance, où les marques, les lieux à la mode, les vacances, les sorties tissent la trame d'un bonheur léger, si léger. Un bien fou, son quatorzième livre, est l'histoire d'un combat inégal entre un adolescent furibond et une statue indéboulonnable, mais ça fait «un bien fou» d'essayer de l'ébranler.
Parmi les trois finalistes de ce prix, il y avait la jeune Chinoise Shan Sa (La Joueuse de go, Grasset) mais les jurés ont peut-être jugé que les auteurs chinois écrivant en français - de plus en plus nombreux - ont été cette année suffisamment récompensés, puisque la même Académie a décerné le 18 octobre dernier son Grand prix de la francophonie (300 000 FF) à François Cheng, installé en France depuis 1949 et auteur entre autres du Dit de Tyani (prix Femina 1998).
Eric-Emmanuel Schmitt deux fois perdant
Le «grand perdant» est Eric-Emmanuel Schmitt, déjà parmi les favoris l'an dernier pour l'Evangile selon Pilate, et finaliste cette fois avec La Part de l'autre (Albin Michel), deux romans où il s'amusait à réécrire l'histoire : celle du Christ dans le premier, celle de Hitler dans le second : qu'aurait été la vie de Hitler s'il avait été accepté aux Beau-Arts en 1908 et, surtout, que serait devenu le monde ? Exercice périlleux («montrer qu'on ne naît pas monstre mais qu'on le devient») mais réussi pour ce prof de philo forcément fasciné par quelques «couples infernaux» : la vie et la mort, le Bien et le Mal. Il est vrai que cet essayiste, romancier, auteur dramatique à succès, joué aujourd'hui dans une vingtaine de pays par les plus grands acteurs, n'a sans doute pas besoin des 100 000 FF du prix du roman, mais son talent sûr mérite reconnaissance.
Christophe Donner, Marc Lambron ou Jean-Christophe Rufin, qui figuraient dans l'avant-dernière sélection de l'Académie, ont encore toutes leurs chances dans le Médicis (29 octobre), le Goncourt (5 novembre) ou l'Interallié, qui clôt le 13 novembre la série de ces prix si convoités par les auteurs et les éditeurs.
Mystère fascinant pour plus d'un journaliste littéraire, dont Eric Neuhoff, chef du service Livres de l'hebdomadaire Madame Figaro. Il ressuscite donc le monument - sous les traits d'un vieillard libidineux et alcoolique - pour tenter de régler ses comptes dans un roman qui met d'abord en scène un jeune couple parisien chic et tendance, où les marques, les lieux à la mode, les vacances, les sorties tissent la trame d'un bonheur léger, si léger. Un bien fou, son quatorzième livre, est l'histoire d'un combat inégal entre un adolescent furibond et une statue indéboulonnable, mais ça fait «un bien fou» d'essayer de l'ébranler.
Parmi les trois finalistes de ce prix, il y avait la jeune Chinoise Shan Sa (La Joueuse de go, Grasset) mais les jurés ont peut-être jugé que les auteurs chinois écrivant en français - de plus en plus nombreux - ont été cette année suffisamment récompensés, puisque la même Académie a décerné le 18 octobre dernier son Grand prix de la francophonie (300 000 FF) à François Cheng, installé en France depuis 1949 et auteur entre autres du Dit de Tyani (prix Femina 1998).
Eric-Emmanuel Schmitt deux fois perdant
Le «grand perdant» est Eric-Emmanuel Schmitt, déjà parmi les favoris l'an dernier pour l'Evangile selon Pilate, et finaliste cette fois avec La Part de l'autre (Albin Michel), deux romans où il s'amusait à réécrire l'histoire : celle du Christ dans le premier, celle de Hitler dans le second : qu'aurait été la vie de Hitler s'il avait été accepté aux Beau-Arts en 1908 et, surtout, que serait devenu le monde ? Exercice périlleux («montrer qu'on ne naît pas monstre mais qu'on le devient») mais réussi pour ce prof de philo forcément fasciné par quelques «couples infernaux» : la vie et la mort, le Bien et le Mal. Il est vrai que cet essayiste, romancier, auteur dramatique à succès, joué aujourd'hui dans une vingtaine de pays par les plus grands acteurs, n'a sans doute pas besoin des 100 000 FF du prix du roman, mais son talent sûr mérite reconnaissance.
Christophe Donner, Marc Lambron ou Jean-Christophe Rufin, qui figuraient dans l'avant-dernière sélection de l'Académie, ont encore toutes leurs chances dans le Médicis (29 octobre), le Goncourt (5 novembre) ou l'Interallié, qui clôt le 13 novembre la série de ces prix si convoités par les auteurs et les éditeurs.
par Henriette SARRASECA
Article publié le 25/10/2001
