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Madagascar

Violences post-électorales

Les partisans de Marc Ravalomanana, descendent dans la rue pour réclamer la proclamation de l’élection de leur champion dès le premier tour de la présidentielle. Des heurts avec les forces de l’ordre ont fait une vingtaine de blessés.
De notre correspondant à Antananarivo.

«Vous voyez cette foule là, c’est la réédition du mouvement de 1991», explique un des manifestants, la cinquantaine, vêtu de son tee-shirt à l’effigie du candidat Marc Ravalomanana. Il y a onze ans, les Malgaches étaient descendus dans la rue pour réclamer le départ du président de la République. A l’époque, il s’agissait déjà de Didier Ratsiraka. Aujourd’hui, l’Amiral est toujours à la barre de l’Etat malgache. Et l’opposition réclame à nouveau son départ. Cela se passe au même endroit, sur la place du Treize mai, dans le centre-ville.

Ils étaient ce lundi plusieurs dizaines de milliers, rassemblés là, à l’appel de leur candidat, Marc Ravalomanana. Le maire d’Antananarivo est le mieux placé pour s’opposer au président sortant. Il l’a d’ailleurs prouvé par les urnes, le 16 décembre, pour le premier tour de la présidentielle. Quelles que soient les sources des résultats, Marc Ravalomanana est en tête. Mais c’est bien là le cœur du problème et des tensions actuelles. Le ministère de l’Intérieur crédite le maire d’Antananarivo de 46% des suffrages, contre 40% au président sortant. Mais selon ses propres résultats, Marc Ravalomanana estime obtenir plus de 52% des voix dès le premier tour. Tous les regards se tournent donc vers la Haute cour constitutionnelle, qui doit annoncer les chiffres officiels dans les prochains jours. Or, les adversaires du président Ratsiraka, Marc Ravalomanana en tête, réclament que cette Haute cour constitutionnelle travaille en toute transparence. Autrement dit, que les magistrats qui la composent fassent une comparaison de tous les procès-verbaux issus des bureaux de vote, et émanant des différentes sources (délégués des candidats, observateurs indépendants…).

Une vingtaine de blessés

Cette réclamation, on peut la lire sur les banderoles des manifestants, on peut l’entendre dans les discours de Marc Ravalomanana et de ses alliés. Ce message, c’est précisément celui qui animait les dizaines de milliers de personnes descendues ce lundi, dans les rues de la capitale. Un rassemblement était prévu sur la place du Treize mai. Mais les forces de l’ordre était déployées massivement pour empêcher l’accès aux lieux. Le face-à-face a dégénéré. Envois de gaz lacrymogènes, puis de grenades, jets de pierres… La foule en colère a lancé l’assaut contre les forces de l’ordre, mis le feu à un véhicule militaire, obligeant l’armée à battre en retraite. Bilan de ces affrontements: une vingtaine de personnes ont été blessées, aussi bien chez les manifestants que dans les rangs des forces de l’ordre. Certains sont évacués à l’hôpital. Un des blessés, un homme de 37 ans, est grièvement touché aux jambes.

Marc Ravalomanana est arrivé sur les lieux après les affrontements. Devant des dizaines de milliers de partisans, il a dénoncé la violence employée par les forces de l’ordre. «Aujourd’hui, ils ont utilisé les moyens, a-t-il confié par la suite, à RFI. Mais les gens qui sont ici, sont des gens très calmes. Il veulent obtenir la vérité, mais dans le calme». La détermination du maire d’Antananarivo semble plus forte que jamais. Celle de ses partisans aussi. «Nous sommes le peuple, et nous voulons défendre notre choix jusqu’au bout», explique l’un d’eux. Les violences de ce lundi n’ont visiblement pas calmé l’ardeur des manifestants qui comptent descendre dans la rue ce mardi, et dans les prochains jours. Jusqu’à ce que la Haute cour constitutionnelle accède à leur requête. Pour le régime au pouvoir, et donc pour le président Ratsiraka, la manifestation de ce lundi est sans doute bien plus qu’un simple avertissement.



par Olivier  Péguy

Article publié le 08/01/2002