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Egypte

Drame dans le «<i>train des pauvres</i>»

Mercredi après-midi, un bilan officiel fait état d’au moins 373 morts dans l’une des catastrophes les plus meurtrières que l’Egypte a connu. Un réchaud à gaz serait à l’origine de l’incendie du train qui reliait le Caire à Assouan.
De notre correspondant au Caire

L’accident de mercredi 20 février constitue la plus grande catastrophe ferroviaire égyptienne de tous les temps. En effet, le bilan le plus lourd d’un accident de chemin de fer avait été d’une soixantaine de morts il y a une dizaine d’années. La seule catastrophe comparable est celle de l’incendie, dans les années soixante-dix, d’un bateau sur le lac Nasser au sud d’Assouan. Plus de 400 personnes avaient, à l’époque, trouvé la mort. Autre similitude entre les deux accidents: leur cause! Dans les deux cas c’est un réchaud à gaz qui est officiellement la cause de la catastrophe. Des réchauds artisanaux utilisés par les voyageurs pour faire du thé durant leur long périple.

Il faut en effet près d’une journée entière pour le train omnibus qui a brûlé pour faire les 800 kilomètres séparant Le Caire d’Assouan. Un train surnommé «train du pauvre» du fait que la majorité des voitures sont des troisième classe. Un train qui permet aux voyageurs de rejoindre les fins fonds de leur Haute-Egypte natale pour moins de 20 euros. Inutile donc d’insister sur le coté «boîte de sardines» qui a été renforcé par l’approche de la fête musulmane d’Al Adha. Une fête que beaucoup d’Egyptiens aiment fêter en famille «au pays». Le train était donc bourré de femmes et d’enfants qui ont fini brûlés.

Il ne reste que du métal tordu et des corps carbonisés

Selon l’enquête préliminaire, le feu a éclaté quand le train était à hauteur de la ville de Ayyat à 70 kilomètres au sud du Caire. Les flammes se sont répandues à la vitesse de l’éclair passant de voiture en voiture car le train, qui ne possédait visiblement pas d’alarme anti-incendie, ne s’est arrêté qu’au bout d’une dizaine de kilomètres. De plus l’intérieur du train n’étant pas fait de matériaux anti-incendie, banquettes et revêtements ont brûlé comme des allumettes. A l’intérieur des voitures, il ne reste plus que du métal tordu sous l’effet des flammes et des corps carbonisés que les pompiers dégagent.

Les plus vaillants des passagers ont cherché à se sauver en sautant par les fenêtres! Une opération d’autant plus dangereuse qu’il faut passer au-dessus de barreaux destinés à empêcher les voyageurs de rentrer par les fenêtres. Mais cet obstacle franchi, il fallait sauter du train en marche. Un saut périlleux qui a coûté la vie à beaucoup de voyageurs dont les corps jonchaient la voie ferrée. Toutefois, cela a permis à une soixantaine de voyageurs de sauver leur vie au prix de graves fractures et blessures.

La version du Premier ministre selon lequel c’est un réchaud de voyageur qui a causé l’accident a été accueillie avec scepticisme, quand ce n’était pas une profonde colère, de la part de l’opinion publique. L’homme de la rue estime que c’est une manière pour le gouvernement de laver les chemins de fer étatiques de toute responsabilité. Raison, sans doute, pour laquelle la ministre des affaires sociales qui s’est rendue sur les lieux de l’accident a annoncé sur la télévision étatique que le gouvernement accordera 750 euros aux familles de chacune des victimes. Par ailleurs, le président Moubarak qui a présenté ses condoléances aux victimes a ordonné l’ouverture immédiate d’une enquête sur les causes de l’accident. Une tentative de calmer les esprits d’une population qui a l’impression, qu’avec la crise économique et la catastrophe ferroviaire à la veille de la fête, le sort s’acharne contre elle!





par Alexandre  Buccianti

Article publié le 20/02/2002