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Affaires politico-financières

Les confessions du juge Halphen

Eric Halphen, l'ancien juge d'instruction de Créteil, en charge de l'enquête sur les HLM de Paris jusqu'en septembre 2001, fait paraître ce mercredi 6 mars, son livre intitulé Sept ans de solitude. Il a souhaité que son ouvrage soit «connu des gens» avant qu’ils votent. «Je ne roule pour personne, je suis un homme libre, j’ai toujours voulu rester un homme libre et je le resterai toujours» a-t-il déclaré.
Allant au delà de la description détaillée des «coups tordus» qu’il a subis, le juge Eric Halphen qui publie Sept ans de solitude aux éditions Denoël, tente de «parachever, parfaire sa fonction d’aiguillon, de détonateur» dans une critique tant de la magistrature que du monde politique. L’ancien juge de Créteil qui a instruit l’enquête sur des malversations au sein des HLM de Paris débouchant sur un possible financement occulte du RPR de 1994 à 2001, a affirmé que «politiquement, on voulait l’empêcher d’aller jusqu’au bout» rappelant qu’il enquêtait sur «des affaires mettant en cause les gens qui étaient au pouvoir».

D’autre part, selon lui, les magistrats de la chambre d’instruction de Paris l’ont dessaisi de ce dossier brûlant pour des motifs politiques ou par «jalousie». Il dénonce notamment le rôle d’obstruction qu’aurait joué le procureur de Créteil, Michel Barrau, «marqué à droite et qui a toujours eu la réputation d’être aux ordres de sa hiérarchie». Ce procureur a immédiatement annoncé son intention de poursuivre le juge en diffamation, ce qui ajouterait une nouvelle polémique à celle déjà suscitée par la «fuite» d’extraits du livre dans Le Figaro le 28 février. Les premières bonnes pages publiées par Le Figaro et Libération, quelques jours plus tard, ont fait état des coups tordus dont Eric Halphen aurait été victime durant son enquête. Il aurait été placé sur écoute téléphonique, suivi et pris en photo avec une amie lors de vacances aux Antilles. En outre, une manipulation policière impliquant son beau-père, Jean-Pierre Maréchal et l’élu RPR Didier Schuller, avait été échafaudée en vain en 1994 pour le faire dessaisir.

Eva Joly a aussi demandé une mise en disponibilité

Concernant les annulations de certaines de ses investigations, comme la convocation du président Chirac comme témoin en avril 2001, le juge conteste les points techniques retenus contre lui et il taxe même les magistrats de Paris d’appartenance politique, mais aussi de «carriérisme, de médisance et de jalousie». S’agissant du départ annoncé de sa collègue Eva Joly, qui a eu en charge notamment l’instruction sur la tentaculaire affaire Elf, Eric Halphen a estimé que, «comme lui», elle «s’est sentie un peu seule dans les dossiers qu’elle a instruits». «Elle a peut-être ressenti comme moi l’impossibilité d’aller jusqu’au bout, d’où son découragement» a-t-il ajouté. Laurence Vichnievsky, autre magistrate en charge de l’affaire Elf, a, elle, demandé une mutation : elle est actuellement présidente du tribunal de grande instance de Chartres. La demande en disponibilité d’Eva Joly sera examinée en même temps que celle d’Eric Halphen, le 20 mars, par le Conseil supérieur de la magistrature.

Ce récit lucide et amer se conclut ainsi : «A courir après des moulins à vent en trompe l’œil, même le plus déterminé des Don Quichotte finit par se lasser. Ou par devenir fou». Sans préciser ce qu’il comptait faire une fois en disponibilité, Eric Halphen a indiqué avoir pris des contacts dans la communication, les médias mais aussi dans le monde politique. En pleine campagne électorale, le juge Eric Halphen mais aussi Laurence Vichnievsky, dans la parution de leur ouvrage respectif, ont interpellé les candidats à l’Elysée sur les thèmes de la corruption et de la faiblesse des moyens judiciaires mis en œuvre pour la combattre.

Ecouter également le juge Eric Halphen



par Clarisse  Vernhes

Article publié le 06/03/2002