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Ukraine

Vers la fin de l’ère Koutchma

Les élections législatives en Ukraine ont confirmé une forte poussée de l’opposition nationaliste de centre-droit. Le bloc «Notre Ukraine» de l’ancien premier ministre Viktor Iouchtchenko arrive largement en tête selon les estimations des différents instituts de sondage : avec 25% des voix , il devance très largement le Parti communiste qui rassemble 20% des suffrages. En revanche, le bloc présidentiel «Pour une Ukraine unie» dépasse difficilement les 10% . Malgré ses interventions multiples lors de la dernière semaine de la campagne, le chef de l’état, Léonid Koutchma n’a pas réussi à mobiliser les électeurs.
De notre envoyé spécial à Kiev

«Attendons les résultats définitifs mais c’est quand même une bonne surprise». Au quartier général de campagne de Viktor Iouchtchenko, un des porte-parole de «Notre Ukraine» veut rester prudent et se garde bien de tout triomphalisme mais un sentiment de satisfaction prédomine à la lecture des premières estimations sorties des urnes. «Notre Ukraine» arrive très largement en tête et apparaît comme la première force politique du pays et probablement le premier groupe parlementaire dans la nouvelle assemblée devant les communistes qui devraient atteindre 20% des suffrages. En revanche, le coup est rude pour le président Léonid Koutchma : tout au long de cette dernière semaine de campagne électorale, il avait multiplié les interventions, appelant les Ukrainiens à voter pour ses partisans, réunis dans le bloc «Pour une Ukraine unie» : avec 10% des voix selon les différentes estimations, l’échec est cinglant.

Les Ukrainiens ont préféré voter pour les formations qui incarnent à leurs yeux le renouveau. C’est ce qui explique le très bon score d’un autre bloc réformateur fédéré autour de Ioulia Timochenko : la campagne énergique de cette femme de 40 ans, ancienne vice-premier ministre dans l’éphémère gouvernement de Viktor Iouchtchenko a porté ses fruits. Ses détracteurs se sont gaussé de ses affiches qui ressemblent davantage à des gravures de mode. Soupçonnée de corruption sans que jamais aucune preuve n’ait pu être produite, Ioulia Timochenko a été emprisonnées l’an dernier mais cette «dame de fer» ukrainienne est résolument imperméable à toute forme de menace. Elle a rassemblé durant ses meetings des foules considérables, contrebalançant son absence des médias qui pour la plupart ont fait le jeu du régime.

Désabusés par un personnel politique souvent corrompu, les ukrainiens ne se sont pas déplacés en masse. Ces élections législatives devraient connaître une abstention record. Ceux qui ont pris le chemin des bureaux de vote ont du faire preuve de patience tant l’organisation était défaillante. Mais le message de défiance à l’égard du régime de Léonid Koutchma est indéniable. Il n’est pas impossible qu’au bout du compte les forces présidentielles parviennent à obtenir une majorité relative grâce à un système électoral qui panache scrutin proportionnel et majoritaire. Mais dés dimanche soir, le leader du parti du président, Volodymyr Lytvyn semblait reconnaître la défaite, se disant prêt à collaborer avec les «forces majoritaires».

Un pays divisé

La lecture des résultats confirme la division du pays en deux parties très nettes : l’ouest ukrainophone qui a plébiscité les partis réformateurs de centre-droit face à l’est et au sud industriels et russophones où les forces présidentielles et le Parti communiste enregistrent leur meilleur score. Cette fracture n’est pas nouvelle mais elle se radicalise.

Il faudra attendre quelques heures, voire quelques jours avant que ne soient publiés les résultats définitifs ce qui nourrit les craintes de manipulations : «toutes les fraudes sont encore possibles» a commenté le porte-parole de Ioulia Timosheno. A l’évidence, il y a eu des cas de fraudes caractérisées sans que l’on puisse savoir pour le moment si elles auront un effet notable sur le résultat final. Quoi qu’il en soit, on devrait assister à une recomposition politique en Ukraine. L’ère de l’après-Koutchma semble avoir commencé avec ces élections législatives et avec un quart des suffrages réuni sur son nom, Viktor Iouchtchenko apparaît comme incontournable. Un présidentiable est né...



par A Moscou, Jean-Frédéric  Saumont

Article publié le 01/04/2002