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Mali

Toumani Touré contre Cissé

Le second tour de l’élection présidentielle opposera le 12 mai le général Amadou Toumani Touré (ATT) à Soumaïla Cissé, candidat de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) le parti au pouvoir. Les vingt-deux autres candidats malheureux négocient chèrement les consignes de vote qu’ils pourraient donner à leurs supporters. Au Mali comme ailleurs en Afrique, les programmes politiques ont moins d’influence sur l’électorat que la personnalité propre du candidat.
Le second tour de l’élection présidentielle a désigné deux candidats, qui n’ont plus cherché à convaincre par la qualité leurs programmes, mais plutôt par le poids des alliances qu’ils ont conclues. Le général Amadou Toumani Touré a trouvé en la personne de Ibrahim Boubacar Kéita cette force qui l’aidera à faire la différence. Les deux hommes ont conclu un accord malgré tous les couacs du premier tour.

Il s’est bel et bien tenu le 28 avril, mais le scrupuleux respect du calendrier électoral ne peut cacher les énormes irrégularités qui ont entaché le déroulement du scrutin. Fonctionnement irrégulier de nombreux bureaux de vote, découverte de bureaux fictifs, absence de signatures sur des procès verbaux, vote de personnes non inscrites, mauvaise et parfois douteuse distribution de cartes d’électeurs, n’ont pas suffi à la Cour constitutionnelle pour invalider tout le scrutin. Après avoir remarqué toutes ces irrégularités et analysé les requêtes déposées par de nombreux candidats, dont Ibrahim Boubacar Kéita, ancien Premier ministre et arrivé en troisième position, la Cour constitutionnelle a tout simplement décidé d’annuler 541 019 bulletins de vote, soit un tiers des suffrages exprimés.

L’annulation de bulletins de vote est moins onéreux que l’annulation et la reprise du scrutin. Cette décision n’a souffert d’aucune protestation dans les milieux politiques maliens qui semblent éprouver une réelle envie d’en finir avec cette élection présidentielle 2002. La liste pléthorique de candidats au premier tour, vingt-quatre, loin de témoigner d’une vivacité de la démocratie a eu pour effet de discréditer la classe politique engluée dans une campagne électorale faite de querelles « des chefs ». La sanction est immédiate : seuls 38,3% des électeurs ont participé au premier tour de cette élection présidentielle. C’est sur ce faible taux de participation que ATT a recueilli 28,71% contre 21,3% pour Soumaïla Cissé, le candidat de l’ADEMA, le parti au pouvoir. IBK, troisième avec 21% des voix est aujourd’hui en position de force avec l’opportunité qui s’offre à lui d’être l’incontournable du second tour. Sans y participer il sera pourtant celui dont on parlera le plus.

IBK maître du jeu

Dissident de l’ADEMA et ancien Premier ministre, il crée son parti, le Rassemblement pour le Mali (RPM), qui s’inscrit dans une opposition résolue au président Konaré qui arrive au terme de son second mandat non renouvelable comme le prévoit la constitution. IBK a longuement reçu le général à la retraite, Amadou Toumani Touré, (ATT) pour conclure avec lui le report des voix de «Espoir 2002», une association de partis d’opposition qui ont ensemble conçu un pacte de gouvernance. ATT, rassembleur déjà par son seul nom, s’attache la confiance de «Espoir 2002» pour conquérir démocratiquement le fauteuil présidentiel de son pays. IBK caresse l’espoir de voir la majorité changer de camp, et contre ses anciens amis choisit de se refaire une santé politique par l’entremise du général revenu aux affaires.

Ce cas de figure était impensable avant le premier tour du scrutin. Même dans le camp du parti au pouvoir, l’hypothèse d’une présence au second tour de Soumaïla Cissé n’était pas réellement envisagée. Les querelles de succession au sein de la mouvance présidentielle avaient laissé beaucoup de blessures et de déception qui auguraient d’un avenir plutôt sombre pour la relève. Selon des cadres de la mouvance présidentielle, le plan inavoué était de battre coûte que coûte IBK, en concluant une alliance avec ATT. En effet, les résultats des sondages étaient assez clairs sur la qualification au second tour. Amadou Toumani Touré contre Ibrahim Boubacar Kéita. L’ADEMA n’aurait alors aucun état d’âme à favoriser l’élection du général qui aurait, en 1992, rendu l’élection d’Alpha Oumar Konaré possible. L’échange de bons procédés ne se fera pas puisque l’ADEMA se trouve contraint, dans ce cas de figure, de soutenir son candidat. La surprise créée par le score de Soumaïla Cissé a pris son parti de court qui se remet à croire à une victoire possible. Même contre l’emblématique général. Mais IBK lui apporte son soutien, fermant les yeux sur les irrégularités du premier tour, mais en exigeant «plus de transparence» pour les prochaines élections législatives sous la nouvelle présidence.

En l’espace de deux semaines, lors de ce scrutin présidentiel au Mali, l’ennemi à abattre a plusieurs fois changé de camp. La classe politique malienne semble à ce sujet unanime pour raccompagner Amadou Toumani Touré à la magistrature suprême. Mais avec qui?



par Didier  Samson

Article publié le 10/05/2002