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Proche-Orient

Un raid israélien sème la terreur à Gaza

Le raid israélien, qui a visé lundi soir un quartier populaire de Gaza, a fait selon un bilan provisoire quinze morts, dont huit enfants, et plus de 140 blessés. Il visait essentiellement à liquider l’un des principaux activistes du Hamas, Salah Chéhadé qui a été tué avec sa femme et trois de ses filles. Il intervient quelques heures à peine après que Cheikh Ahmed Yassine, le chef spirituel de ce mouvement fondamentaliste palestinien, eut affirmé que le Hamas était prêt à mettre un terme aux attentats suicide contre Israël.
Israël cherchait à abattre un seul homme, Salah Chéhadé, l’un des hauts responsables du mouvement fondamentaliste palestinien Hamas. Elle a certes réussi à l’éliminer mais elle a aussi tué quinze autres personnes, parmi lesquelles huit enfants dont le plus jeune, un bébé, avait deux mois à peine. L’opération israélienne a été menée par un F16 qui a tiré un simple missile mais qui a visé un quartier populaire de Gaza, l’une des zones urbaines les plus peuplées du monde. Cinq immeubles résidentiels, abritant des dizaines de familles palestiniennes, et un hangar ont ainsi été soufflés faisant, en plus des victimes, plus de 140 blessés dont une quinzaine dans un état critique. L’attaque a eu lieu dans la soirée et a surpris les Palestiniens dans leur sommeil.

Ariel Sharon s’est vivement félicité de la liquidation de Salah Chéhadé, principal responsable des brigades Ezzedine al-Qassam, le bras armé du Hamas accusé d’être à l’origine de plusieurs attentats sanglants en Israël. Il a même affirmé que «cette opération était des plus réussies». Et si le Premier ministre a estimé qu’«Israël n’avait aucune intention de porter atteinte à des civils», il a justifié l’action de Tsahal en déclarant que l’«on ne peut arriver à la paix en faisant des concessions au terrorisme qu’il faut combattre et vaincre». La décision d’ordonner une attaque sur l’un des quartiers populaires les plus peuplés de Gaza a été prise par Ariel Sharon et son ministre de la défense, le travailliste Benyamin Ben Eliezer sans que le cabinet de sécurité israélien n’en soit informé. Une décision critiquée par le ministre de l’Intérieur Eli Yishaï qui a estimé qu’une «erreur» a pu être commise. Il a toutefois affirmé que «l’intention d’Israël n’était en aucune façon de tuer des civils innocents mais d’exercer son droit à la légitimé défense».

L’opération de Tsahal est intervenue quelques heures après que Cheikh Ahmed Yassine eut officiellement déclaré que son mouvement était disposé à arrêter les attentats suicide contre Israël. Le chef spirituel du Hamas avait toutefois assorti cette décision à la condition que l’Etat hébreu «se retire des villes qu’il a réoccupées en Cisjordanie et qu’il cesse de détruire les maisons et d’assassiner les Palestiniens et qu’il libère les détenus». Des conditions que le gouvernement d’Ariel Sharon n’a visiblement pas jugé bon de prendre au sérieux.

Colère des Palestiniens

L’opération de Tsahal a violemment choqué les Palestiniens qui sont descendus par milliers dans les rues pour manifester leur colère. Des affrontements armés ont même éclaté avec des soldats israéliens à Rafah et Khan Younès faisant une dizaine de blessés. Plusieurs dirigeants palestiniens ont par ailleurs dénoncé «un crime de guerre» et «un massacre», tandis que le président Arafat condamnait «le silence de la communauté internationale» devant ce qu’il a qualifié de «tuerie qu’aucun être humain ne peut imaginer». Il a également accusé Ariel Sharon de ne pas vouloir la paix et de chercher à poursuivre «sa politique de massacre». Selon lui, «cette attaque a aussi pour but de pousser le Hamas et le Jihad islamique à poursuivre leurs actions suicide», et ceci au moment ou l’Autorité palestinienne tente de convaincre ces deux mouvements fondamentalistes d’accepter une trêve.

Premier à réagir après l’attaque israélienne, Kofi Annan, le secrétaire général des Nations-Unis, s’est déclaré «très inquiet des conséquences de cette opération». Le Danemark qui assure la présidence européenne, a pour sa part violemment condamné le raid qui selon lui «ne peut être justifié». Il a souligné que l’UE a toujours rejeté «de manière constante les méthodes israéliennes de meurtres extra-judiciaires». Une position partagée par les pays arabes et musulmans qui ont également réagi avec colère. Washington, grand allié de l’Etat hébreu, a pris le temps de réfléchir avant de condamner à son tour l’attaque israélienne. Le président George Bush a en effet estimé que «cette action a été menée de main lourde et ne contribuait pas à la paix».

Alors que de légers signes de détente étaient apparus ces derniers jours dans les relations israélo-palestiniennes, le raid sur Gaza risque d’embraser une fois de plus la région. Le Hamas a en effet déjà promis de venger «la boucherie» perpétrée à Gaza. «Ce massacre ne restera pas impuni», a notamment affirmé un de ses responsables. «Nous allons, a-t-il menacé, réduire en miettes les corps de sionistes dans chaque restaurant, chaque arrêt de bus, chaque bus». Le FDLP, le Front démocratique de libération de la Palestine, a de son côté appelé à «intensifier les opérations en réponse aux massacres commis par l’armée nazie» d’Israël.



par Mounia  Daoudi

Article publié le 23/07/2002