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Zimbabwe

Premières expropriations de fermiers blancs

Après les invasions, commencées en février 2000, voici venu le temps des expropriations. Six jours après la fin de l’ultimatum lancé en mai dernier à 2900 fermiers blancs, leur ordonnant de quitter leurs terres dans les 90 jours, les autorités sont passées à l’action.
De notre correspondante en Afrique australe

Terry Hinde, 59 ans, en aura fait les frais le premier. Installés depuis deux ans sur une partie de sa ferme, des militants de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), le parti au pouvoir, lui ont intimé le 10 août l’ordre de partir. Occupé à trier sa dernière récolte de tabac, cet exploitant a refusé. Après une journée de siège, le 14 août, en présence de deux journalistes, la famille Hinde a quitté sa ferme à bord d’un camion chargé de meubles.

Terry Hinde, qui cultive du tabac depuis 27 ans dans la région de Bindura, à 80 km au nord de Harare, la capitale, ne recevra aucune compensation pour ses terres. La «redistribution rapide» menée par le président Robert Mugabe a déjà vu 5000 fermes passer aux mains de propriétaires noirs, ces deux dernières années. D’ici la fin du mois d’août, 95% des terres possédées par des Blancs seront expropriées. Une agence onusienne, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a averti des risques d’aggravation de la crise alimentaire au Zimbabwe.
De son côté, le gouvernement a démenti toute action musclée. Joseph Made, le ministre zimbabwéen des Terres et de l’Agriculture, a accusé les fermiers blancs et les médias internationaux d’avoir «fabriqué» de toutes pièces l’assaut essuyé par Terry Hinde, afin de «créer la confusion».
Quoi qu’il en soit, six autres fermiers blancs ont été arrêtés le 15 août dans la région de Bulawayo, la seconde ville du pays. Près de cinquante autres ont été appelés à comparaître pour ne pas avoir respecté les ordres d’expropriation. Ils risquent deux ans de prison ferme ou une amende de 20 000 dollars zimbabwéens (400 euros). Sur les 2900 fermiers concernés, 1100 ont jeté l’éponge, se repliant sur Harare pour des raisons de sécurité.

Les fermiers blancs dans les pays voisins ?

Certains étudient désormais les invitations qui leur ont été lancées par des pays voisins. Alors que la Zambie et le Mozambique ont été jusqu’à présent les principales terres d’accueil de ces fermiers blancs, le Botswana les a appelé à venir investir. Ce pays cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de la rente diamantaire, et voudrait voir son potentiel agricole (3% du PNB) mieux exploité. L’offre a été prise au sérieux: des membres du Syndicat des fermiers (CFU), qui regroupe une partie des fermiers blancs du Zimbabwe, se sont rendus la semaine dernière à Gaborone pour y rencontrer des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture. Harare ayant protesté, une délégation du parti au pouvoir à Gaborone, le Parti démocratique du Botswana (BDP) s’est rendue le 14 août au Zimbabwe pour éviter l’incident diplomatique et discuter des conséquences de la «redistribution rapide» des terres.
Le Mozambique, lui aussi, s’est à nouveau montré intéressé par l’installation de fermiers blancs zimbabwéens. Déjà, une vingtaine d’entre eux cultivent des terres dans la province du Manica. Leur savoir-faire et leur capacité d’investissement sont tout bénéfice, pour un pays pauvre qui ne compte que quatre millions d’hectares exploités, sur 36 millions d’hectares de terres arables. Quant à l’Afrique du Sud, elle s’est bien gardée de lancer le même genre d’invitations. Et pour cause: pas moins de 50 000 fermiers blancs possèdent encore 80 % des terres arables. En cours, la réforme agraire prévoit des compensations pour les fermiers expropriés, mais n’avance qu’à petits pas.

En revanche, le débat a été une nouvelle fois relancé sur la politique de Pretoria vis-à-vis du Zimbabwe. L’Alliance démocratique (AD), le principal parti d’opposition, a reproché le 15 août au gouvernement de Thabo Mbeki d’élever la voix contre Israël, mais de rester silencieux sur le Zimbabwe. «L’influence de l’Afrique du Sud est immense au Zimbabwe et négligeable au Moyen-Orient», a déclaré Andries Botha, porte-parole de l’AD. «La situation au Zimbabwe n’a pas atteint un niveau qui menace la sécurité régionale et la stabilité internationale», a répliqué Aziz Pahad, le ministre adjoint des Affaires étrangères. Le ministre a rappelé les efforts du président Thabo Mbeki pour encourager un dialogue entre le pouvoir et l’opposition au Zimbabwe. Toute intervention militaire est exclue, a-t-il par ailleurs précisé, chez un voisin «qui n’est pas la dixième province de l’Afrique du Sud».



par Sabine  Cessou

Article publié le 16/08/2002