Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Russie

Le commando tchétchène ne veut pas céder

Le commando qui a pris en otage 700 personnes, mercredi soir, n’acceptait toujours, vendredi, aucune négociation avec les autorités russes et se disait prêt «à se sacrifier pour obtenir l’indépendance de la Tchétchénie». Malgré tout, il a relâché plusieurs personnes entre jeudi soir et vendredi matin, parmi lesquelles huit enfants. Mais la libération des otages étrangers, qui était aussi envisagée, n’a finalement pas encore eu lieu. Pire, le commando a annoncé, vendredi après-midi, qu'il commencerait à exécuter les otages dès samedi matin si Moscou ne retirait pas ses troupes de Tchétchénie. En réaction à cet ultimatum, Valdimir Poutine a affirmé que «le seul et principal objectif est aujourd'hui de préserver la vie des otages» et qu'il était «prêt à tout contact».
Sept otages ont retrouvé la liberté dans la nuit de jeudi à vendredi. Et huit enfants de cinq à douze ans ont encore été libérés, vendredi matin. Pourtant, il semble qu’il reste encore des enfants parmi les personnes détenues dans la salle de spectacle du sud de Moscou où les preneurs d’otages tchétchènes ont mené une opération commando mercredi soir. Cette information dément les affirmations des terroristes selon lesquelles ils avaient déjà libéré tous les enfants de moins de treize ans. Un médecin autorisé à pénétrer dans le théâtre, a ainsi estimé qu’entre «quinze et vingt enfants de moins de 14 ans» s’y trouvaient toujours. Trois d’entre eux seraient même malades.

Par contre, la libération annoncée des otages étrangers ne semble plus à l’ordre du jour pour le moment. Les ambassadeurs qui ont pénétré, vendredi matin, dans l’enceinte de l’édifice où se trouve le commando et les otages sont ressortis pessimistes sur la négociation en cours pour essayer de faire sortir les soixante-quinze ressortissants étrangers qui s’y trouvent. «Ils ne sont pas prêts à discuter des conditions de libération des otages étrangers», ont-ils estimé. Quatre Américains, sept Allemands, deux Néerlandais, deux Australiens, vingt-trois Ukrainiens, trois Turcs, un Canadien, trois Britanniques, trois Géorgiens et un Moldave assistaient à la comédie musicale Nord-Ost, mercredi soir, et font donc partie des personnes retenues.

Deux jeunes femmes ont réussi à s’échapper du théâtre dans la journée d’hier. L’une d’elles a d’ailleurs été blessée par les tirs des membres du commando qui essayaient de les stopper. Le corps d’une autre jeune femme a aussi été évacué. Les circonstances de sa mort ne sont pas encore clairement établies. Pour les forces de l’ordre, elle a été tuée alors qu’elle tentait de fuir. Mais les preneurs d’otage ont fait savoir qu’ils avaient dû l’abattre car elle tentait de s’introduire dans le bâtiment où ils se trouvent et qu’il s’agissait d’une espionne.

«Ils sont venus à Moscou pour mourir si c’est nécessaire»

Les conditions de détention des otages sont difficiles. Ils ont été, semble-t-il, séparés en plusieurs groupes et ne peuvent se nourrir que «de chocolat et d’eau». L’accès des toilettes leur est interdit, ce qui les oblige à faire leurs besoins dans la fosse de l’orchestre. Par contre, les otages ne sont, pour le moment, pas brutalisés par les terroristes. Selon un médecin qui a pénétré dans le théâtre, ils sont traité «avec humanité». Ils ne sont ni frappés, ni menacés.

Mais l’ambiance n’en est pas moins lourde. Les membres du commando, une vingtaine d’hommes et environ le même nombre de femmes (dont certaines seraient enceintes), sont armés jusqu’aux dents et portent sur eux des ceintures bourrées d’explosifs. «Une bombe puissante» a été déposée au centre de la salle, «la scène et les passages sur les côtés sont minés». A la moindre tentative d’assaut de la part des forces de l’ordre, les terroristes ont promis de faire exploser l’édifice. Leur détermination semble être totale. Un journaliste du Sunday Times, autorisé à entrer dans le théâtre, a affirmé qu’ils «n’étaient pas du tout enclin au compromis». «Ils disent sans cesse qu’ils n’ont pas de temps à perdre à négocier… qu’ils sont venus à Moscou pour mourir si c’est nécessaire et qu’ils veulent la fin de la guerre en Tchétchénie».

Hier, une jeune femme a été libérée et a pu lire devant les médias un message rédigé par les otages, d’après elle sans contrainte de la part des terroristes, destiné à Vladimir Poutine pour l’appeler à régler la situation sans bain de sang et à «arrêter la guerre» qui sévit depuis trois ans dans la République du Caucase. Les proches des otages ont aussi manifesté, vendredi matin, pour soutenir l’arrêt des hostilités et permettre la libération de leurs familles. «Assez de sang», «Poutine, toi le président, arrête la guerre», sont quelques-uns des slogans qu’ils ont scandés.

Les premières images du commando ont aussi été diffusées dans la nuit de jeudi à vendredi. Elles montrent trois hommes masqués et deux femmes en tchador, armés de pistolets et d’une ceinture d’explosifs. Par contre, l’interview, réalisée par la chaîne NTV, du chef des terroristes, Movsar Baraïev, le seul à apparaître sans masque, n’a pas été diffusée car le ministère de l’Information s’y est opposé.

Dans des déclarations retransmises par la chaîne satellitaire du Qatar, Al-Jazira, les terroristes affirment avoir agi «sur l’ordre du commandant militaire de la République de Tchétchénie». Pourtant, la présidence indépendantiste tchétchène avait affirmé, jeudi, que le commando n’avait rien à voir avec elle et rappelé que le président Aslan Maskhadov était «contre tout acte visant des civils». Le vice-ministre russe de l’Intérieur, Vassili Vassiliev, a, quant à lui, accusé le président Maskhadov de «diriger» le commando terroriste qui retient les otages de Moscou.



par Valérie  Gas

Article publié le 25/10/2002