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Proche-Orient

Les travaillistes quittent le gouvernement Sharon

Faute d'avoir pu se mettre d'accord avec le Premier ministre sur le budget 2003, les ministres travaillistes ont démissionné du cabinet d'union nationale.
La base du parti travailliste leur demandait depuis plusieurs mois de quitter un gouvernement où ils servaient de caution «de gauche» à une politique décidée et menée par Ariel Sharon, les chefs de l'armée et les ministres d'extrême droite; Shimon Peres, prix Nobel de la Paix 1994 avec Arafat et Rabin, avait menacé de façon répétée de démissionner si la politique du gouvernement ne permettait pas de poursuivre ou de reprendre le processus de paix.

Shimon Peres n’avait jamais démissionné et beaucoup pronostiquaient que cet éternel démissionnaire ne passerait jamais à l’acte. Il l’a pourtant fait ce mercredi, tout comme son rival Benyamin Ben Eliezer, président du parti travailliste et ministre de la Défense, faucon parmi les faucons dont l’énergie à mettre en œuvre sur le terrain la stratégie militaire décidée par Sharon était à peine compensée aux yeux des «colombes» travaillistes par des désaccords tactiques sur le moment et la façon de faire. Ben Eliezer, lui, n’avait jamais parlé de démission jusqu’à ces derniers jours. Au contraire, il assumait parfaitement sa présence dans un gouvernement d’union nationale et la politique suivie par celui-ci, face à la contestation des Yossi Beilin, le travailliste qui a négocié les accords d’Oslo, ou de Shlomo Ben Ami, le dernier ministre des Affaires étrangères d’Ehoud Barak qui se positionne ouvertement comme un successeur possible.

Mais ce n’est pas sur le processus de paix que les travaillistes claquent la porte. Du moins pas directement. C’est sur le budget, et plus particulièrement, sur l’allocation des dépenses à caractère social. Ces derniers jours, les instances dirigeantes du parti, jusqu’à présent très divisées, se sont montrées presque unanimes pour donner mandat aux ministres travaillistes de rompre l’union nationale si leurs demandes n’étaient pas prises en compte, à savoir l’attribution de 145 millions de dollars aux secteurs les plus pauvres de la société israélienne, durement touchée par la récession et la crise économique, en lieu et place des colonies de peuplement de Cisjordanie et de Gaza auxquelles cette somme a été promise dans le projet de budget, malgré un plan d’austérité qui se traduit par des coupes dans le budget atteignant 1,8 milliard de dollars.

Les acteurs ne bluffaient pas

L’heure de vérité approchait pour les travaillistes comme pour Sharon car le vote devait intervenir ce mercredi au plus tard. Au jeu des pronostics, nombre d’observateurs se persuadaient qu’une fois de plus, un compromis à l’israélienne tirerait d’affaire Sharon et Ben Eliezer qui, ni l’un ni l’autre, ne veulent d’élections anticipées. Des commissions de conciliation étaient à l’œuvre depuis trois jours. Mais dans cette partie de poker menteur, lorsqu’il a fallu abattre les cartes, les acteurs de ce psychodrame ont été contraints de montrer qu’ils ne bluffaient pas, sauf à perdre toute crédibilité auprès de leurs électeurs respectifs.

Immédiatement, les partisans d’Ariel Sharon ont reproché aux travaillistes d’être à l’origine de la crise gouvernementale. Sharon va désormais tenter de chercher des appuis parlementaires du côté de l’extrême droite. Comme ministre de la Défense, il a déjà trouvé un remplaçant en la personne de l’ancien chef d’état-major, le très énergique Shaoul Mofaz qui aura bientôt franchi la période fatidique de 100 jours pendant laquelle un ancien militaire israélien ne peut faire de la politique.

Quant à Ben Eliezer, déjà fortement contesté par son opposition interne, il va devoir préserver son statut de président du parti qui lui est disputé par deux prétendants principaux: l’ancien syndicaliste Haïm Ramon, très populaire auprès de la base du parti, et Amram Mitzna, le maire de Haïfa, colombe quoique général de réserve.



par Olivier  Da Lage

Article publié le 30/10/2002