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Irak

Obstinés, les Etats-Unis préparent la guerre

Alors que les négociations concernant une résolution sur l’Irak peinent à aboutir aux Nations unies, l’administration américaine s’active sur le plan militaire et prépare ce qui pourrait bien être une offensive massive contre le régime de Bagdad. De nouveaux navires de guerre font actuellement route vers le Golfe et le commandement militaire américain tente de réorganiser ses forces dans la région. Cette réorganisation est aujourd’hui d’autant plus nécessaire que l’Arabie saoudite, principale alliée de Washington, vient de réaffirmer son opposition à une offensive contre l’Irak à partir de son territoire. Et la Turquie, où le parti islamiste AK vient de remporter les législatives, s’est également prononcée contre une telle intervention.
Tony Blair serait-il désormais le seul allié sûr de George Bush dans sa croisade contre l’Irak ? Alors que les discussions s’enlisent aux Nations unies sur les termes à employer dans la résolution contre l’Irak sensée déterminer le champ d’actions des experts en désarmement de l’ONU et les sanctions appropriées au cas où Bagdad ne s’y soumettrait pas, la Grande-Bretagne semble en effet le seul pays à suivre les Etats-Unis dans ses préparatifs guerriers. A en croire le Daily Telegraph, le Royaume-Uni s’apprête ainsi à annoncer la mobilisation de près de 10 000 réservistes dans le cadre de ses préparatifs pour un conflit en Irak. Cette mobilisation, qui selon le quotidien britannique doit être annoncée par le ministre de la Défense, sera décidée dans le cadre d’un Ordre de la reine (signée par Elisabeth II) auquel Londres n’avait jamais eu recours depuis la guerre de Corée. Cette mesure exceptionnelle donne aux armées la possibilité de mobiliser massivement des réservistes sans limite dans le temps. Le Premier ministre Tony Blair a certes indiqué qu'il n'y avait «pour l'instant aucune proposition de rappeler des réservistes», mais selon le Daily Telegraph, tous les responsables des unités concernées par cette mobilisation étaient convoqués ce lundi au ministère britannique de la Défense.

Ce soutien britannique incontesté tranche singulièrement avec les récentes positions saoudiennes. Le chef de la diplomatie, Saoud al-Fayçal a en effet affirmé la semaine dernière, dans une interview à CNN, que son pays ne permettra pas aux Etats-Unis d’utiliser son territoire ou son espace aérien dans une éventuelle attaque contre l’Irak et cela même si cette guerre obtenait l’aval de l’ONU. «Nous allons coopérer avec le Conseil de sécurité, a-t-il notamment souligné, mais quant à participer au conflit ou à permettre l’utilisation des facilités disponibles dans le royaume en tant que partie du conflit, c’est une autre question». L’Arabie saoudite, qui avait joué un rôle clé pendant la guerre du Golfe en 1991 mettant notamment son territoire et ses bases à la disposition de la coalition internationale contre Bagdad, avait également permis à l’armée américaine d’utiliser l’année dernière, lors de guerre en Afghanistan, le système moderne de contrôle et de commande de la base Prince Sultan près de Ryad. Une permission qu’elle n’entend pas renouveler aujourd’hui, estimant que la guerre contre l’Irak ne sert que les intérêts des Etats-Unis et met en danger le peuple irakien.

En Turquie, autre alliée historique de Washington, le parti islamiste modéré AK, qui a largement remporté les élections législatives de dimanche, s’est d’ores et déjà prononcé contre une action militaire des Etats-Unis contre le régime de Bagdad. «Nous ne voulons pas qu’il y ait une guerre en Irak», a ainsi déclaré Abdullah Gul, le vice-président de cette formation politique qui a obtenu 34% des suffrages. La Turquie est le seul pays musulman membre de l’Otan et à ce titre un allié incontournable pour les Etats-Unis puisqu’il partage une frontière avec l’Irak. Sa base d’Incirlik joue d’ailleurs un rôle de premier plan dans les opérations américano-britanniques de surveillance des zones d’exclusion aérienne établies dans le nord de l’Irak. La défection de la Turquie, qui redoute par ailleurs qu’un renversement de Saddam Hussein ne conduise à la création d’un Etat kurde dans le Kurdistan irakien, alors qu’elle fait face elle-même à une dissidence de cette minorité sur son propre territoire, pourrait donc gêner considérablement la stratégie américaine.

Intenses préparatifs américains

Sourds aux réticences de leurs principaux alliés, les Américains continuent donc d’accentuer la menace militaire à l’encontre du régime irakien. Un deuxième porte-avions, le USS Constellation, a ainsi appareillé en fin de semaine dernière pour le Golfe avec six autres navires de guerre, tous dotés de missiles guidés. Le bâtiment, dont le départ a été avancé, transporte 75 avions et emporte 5 500 hommes. Deux autres porte-avions américains, le Harry Truman et le Kitty-Hawk, devraient également rallier la région au courant du mois de décembre. Beaucoup de pays de la région se montrant réticents à offrir des bases aux forces américaines, la présence de ces groupes aéronavals semble donc plus que jamais nécessaire.

Les Etats-Unis ont par ailleurs d’ores et déjà transféré la majeure partie de leurs équipements dans de nouvelles installations à Al-Udeid, dans l’émirat du Qatar où quelque 3500 hommes sont déjà stationnés et au Koweït où l’armée américaine dispose également de quelques 8000 soldats. Mais le général Tommy Franks, qui doit commander les éventuelles opérations en Irak, veut aller encore plus loin. Il a décidé de superviser lui-même le transfert à al-Udeid d’une partie de son poste de commandement où quelques 600 hommes de son état-major seront, dès le mois de décembre, l’élément avancé de son PC.

En plus de l’acheminement de matériel militaire dans la région, l’armée américaine a d’ores et déjà commencé les entraînements. Les avions de combat de la marine, qui patrouillent dans les zones d’exclusion aérienne s’entraînent en effet à des vagues de bombardements contre des cibles irakiennes. Selon le New York Times, les pilotes font des simulations sur des pistes d’atterrissage irakiennes, des tours de contrôle et d’autres sites militaires, se familiarisant ainsi avec des cibles qu’ils pourraient être amenés à frapper en cas d’offensive contre le régime de Bagdad. Une offensive, qui au vu du déploiement américain, semble non seulement plus que probable mais surtout très prochaine.



par Mounia  Daoudi

Article publié le 04/11/2002