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Etats-Unis

Bush crée un ministère contre le terrorisme

Le président Bush a nommé un proche, Tom Ridge, pour diriger un nouveau ministère de la sécurité intérieure, chargé de coordonner la lutte contre le terrorisme. Il sera doté d'un budget de 40 milliards de dollars et de 170 000 fonctionnaires, issus de 22 agences fédérales. Il devrait être opérationnel à partir du 30 septembre 2003.
De notre correspondant à New York

George Bush a choisi un proche, pour superviser le plus gros bouleversement institutionnel des États-Unis de l'après-guerre. Tom Ridge se retrouve propulsé en première ligne de la guerre contre le terrorisme, version domestique. Il a pour mission d'édifier le tout nouveau ministère de la sécurité intérieure - une pièce maîtresse du projet de lutte anti-terroriste du président américain. Le nouveau département aura pour tâche de prévenir un nouveau 11 septembre, en coordonnant le travail d'une centaine d'entités gouvernementales, et de presque autant de commissions et sous-commissions du Congrès qui n'ont pas su prévoir les attaques contre le World Trade Center. Le nouveau ministère devra canaliser, trier et traiter les milliers de sources de renseignement, préparer le pays à une attaque biologique, chimique ou nucléaire ou encore protéger les frontières et les infrastructures. «La menace continuelle du terrorisme, la menace de massacres en masse sur notre sol fera face à une réponse unifiée et efficace», a promis George Bush, en signant la loi créant le nouveau département. Il s'agit pour lui d'une victoire politique, acquise après un dur combat au Congrès.

Le nouvel organisme a tout d'un mastodonte bureaucratique. Il rassemblera 170 000 employés, issus de 22 agences fédérales comme les gardes côtes, les patrouilles aux frontières, le «Secret Service» qui protège le Président, les douanes ou les services de naturalisation. Le FBI et la CIA sont les deux grands absents. C'est d'autant plus inquiétant que l'échec à détecter la préparation des attentats du 11 septembre est souvent attribué au manque de coopération entre ces deux organismes. Les deux agences seront toutefois tenues de partager leurs informations avec le Centre d'analyse du renseignement du nouveau ministère, qui sera doté d'un budget total de 40 milliards de dollars. «Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour protéger l'Amérique», a assuré George Bush, en admettant toutefois que «dans une société libre et ouverte, aucun département du gouvernement ne peut garantir complètement notre sûreté contre des tueurs sans pitié qui agissent et complotent dans l'ombre

Tom Ridge n'est pas inconnu des Américains. Le président Bush l'avait nommé conseiller à la sécurité intérieure peu après les attentats du 11 septembre. «C'est l'homme qu'il nous faut pour cette nouvelle et énorme responsabilité» a affirmé le président en le titularisant. «Il a fait un travail superbe» a-t-il ajouté. Dans un premier temps, l'ancien gouverneur de Pennsylvanie a été très critiqué, notamment pour sa gestion maladroite de la crise liée à l'anthrax. Il est ensuite devenu la cible des humoristes pour avoir créé un code de couleurs destiné à mesurer la gravité de la menace terroriste, mais qui n'a pas fait grand chose pour rassurer la population.

La protection des Bush

Petit à petit, il a toutefois gagné la confiance du public. Issu d'un milieu modeste, vétéran décoré de la guerre du Vietnam, Tom Ridge s'est lié d'amitié avec George W. Bush dans les années 80, alors qu'il travaillait sur la campagne présidentielle de George Bush senior. Au fil des années, leurs liens se sont resserrés. Avec la protection des Bush, Tom Ridge a mené sa propre carrière politique, en se faisant élire à plusieurs reprises à la chambre des représentants. Il a même failli devenir le vice-président de Bush junior. Si le Président lui a préféré Dick Cheney, c'est uniquement parce que Tom Ridge est en faveur du droit d'avortement, ce qui en fait un mouton noir du parti Républicain.

Malgré tout, l'homme est considéré comme un membre de la famille Bush. Il est un des rares à pouvoir parler au président quand il le veut, même à l'improviste. Cet accès illimité devrait l'aider à surmonter les obstacles administratifs qui l'attendent. Il devra notamment faire face à des syndicats réticents, des employés effrayés par l'inconnu, et une liste de problèmes allant de l'incompatibilité des systèmes informatiques jusqu'au manque de budgets.

«Il a devant lui une tâche monumentale à accomplir» a commenté le sénateur démocrate Joseph Lieberman. «C'est comme demander à Noah de bâtir l'arche après que la pluie a commencé à tomber». «Je suis conscient du fait que réunir 22 départements et agences et 170 000 personne sera une tâche très longue et compliquée, a expliqué Tom Ridge sur CNN. Mais avec un peu de chance, dès le premier jour, on observera des résultats tangibles». D'ici deux mois, le nouveau ministère ouvrira ses portes, dans un lieu temporaire, mais il faudra attendre le 30 septembre 2003, avant qu'il devienne pleinement opérationnel.



par Philippe  Bolopion

Article publié le 27/11/2002