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Bioéthique

Une secte prétend avoir fait naître un clone humain

La société Clonaid créée par la secte des raéliens affirme avoir donné naissance au premier être humain cloné. Le bébé, une petite fille, serait né il y a deux jours, mais aucune preuve n’en atteste. L’affaire relance la polémique sur le clonage humain.
La société Clonaid annonce avoir obtenu la naissance du premier bébé cloné après avoir fait travailler une équipe de six scientifiques, dans un laboratoire situé hors des Etats-Unis. C'est un projet dirigé par une française, Brigitte Boisselier, qui se présente comme biochimiste, mais sans en avoir les diplômes. Par ailleurs, ses travaux n'ont fait l'objet d'aucune publication scientifique. Elle dirige Clonaid, une société américaine fondée à Las Vegas par la secte des raéliens et qui s'est lancée dans la course au premier bébé cloné. Brigitte Boisselier est, selon la terminologie de la secte, une «évêque raélienne».

Brigitte Boisselier affirme que dix embryons clonés ont été implantés au printemps dernier. Cinq grossesses se sont terminées par des fausses couches. Les cinq autres se seraient poursuivies normalement. Il s’agirait donc de la première naissance clonée, celle d’une petite fille. Les quatre autres naissances devraient avoir lieu dans les semaines qui viennent.

Mais, mais pour l'instant, il n'y a aucune confirmation indépendante de cette naissance d'un enfant cloné. Cette confirmation, elle est simple à obtenir: il faut comparer la carte génétique de l'enfant à celle de sa mère, puisque le modèle génétique serait la mère. C'est-à-dire qu’en fait, la mère et sa fille seraient «jumelles» mais avec quelques années de différence d’âge. Si ces deux cartes sont identiques, on pourra alors parler de premier clone humain.

Trois équipes dans le monde travaillent sur le clonage humain

Raël est l’une des trois équipes qui se sont engagées dans la course au clone humain. Depuis des mois, ces trois équipes multiplient les communiqués de presse annonçant leur projet de clonage humain.

Le plus célèbre est le professeur italien Severino Antinori, un gynécologue qui dirige une clinique privée. Il avait annoncé la naissance d'un bébé cloné pour le mois de janvier. Un autre scientifique est engagé dans cette course : c'est un andrologue américain d'origine grec qui s'appelle Panos Zavos. La troisième équipe, c'est donc celle du mouvement raëlien.

Le mouvement raëlien est une secte classée dans la catégorie «ufologique», c'est-à-dire qui croit à l'existence des extra-terrestres. Mais ce mouvement, c'est d'abord l'histoire d'un gourou: Claude Vorilhon. Il est né en 1946 à Vichy, dans le centre de la France. Journaliste de sport automobile, il prétend avoir eu une vision en 1973. Il rencontre un représentant des extraterrestres qu'il baptise les Elohims.

Ces Elohims sont, selon lui, les créateurs de l'univers et le but des raëliens est d'aller les rejoindre, en vaisseau spatial, sur une planète située à 9 milliards de kilomètres. En 1975, Raël, comme il se fait appeler, lance le mouvement du même nom. Comme il s'estime persécuté en France, il s'exile au Canada où d'ailleurs le gouvernement du Québec a fini par accorder à son mouvement le statut de religion, en 1995.

En France, le rapport parlementaire de 1995 l'a classé comme «secte». D'après les Renseignements généraux, le mouvement raëlien compte environ 5000 adeptes en France. Ils seraient 50 000 dans le monde d'après un rapport parlementaire belge. Chaque adepte doit fournir 3% de ses revenus annuels bruts pour l'admission au mouvement français. 7% pour l'adhésion au mouvement international et 10% pour appartenir au «gouvernement mondial géniocrate».

Le premier objectif affiché par la secte est de rejoindre les extraterrestres. Mais pour cela il faut d'abord établir sur terre la «géniocratie», titre d'un livre de Claude Vorilhon. La géniocratie, c'est le gouvernement par les plus intelligents d'entre nous. C'est une théorie raciale et eugéniste. Pour parvenir à instaurer la géniocratie, il faut sélectionner la race humaine. C'est là que l'on revient au clonage.

En fait, il ne serait pas très étonnant que les raëliens soient parvenus à leur fin. Les généticiens s'accordent à dire que la technique du clonage n'est pas très compliquée à mettre en oeuvre. L'essentiel est d'avoir suffisamment de matière humaine pour faire les tests, c'est-à-dire des ovocytes et des femmes. Et une secte comme celle des raéliens en dispose à travers ses milliers d’adeptes.

Le clonage version raëliens fait froid dans le dos, puisque le gourou l'a écrit : pour parvenir à son objectif, il n'a besoin que de 144 000 élus. Ce qui fait peu sur 6 milliards d'êtres humains.



par David  Servenay

Article publié le 27/12/2002