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Côte d''Ivoire

Les armes parlent avant le sommet de Paris

Les acteurs de la vie politique en Côte d’Ivoire ont accepté de se rencontrer à Paris pour débattre de l’avenir de leur pays. En attendant des combats violents ont eu lieu lundi dans l’ouest du pays.
Le 15 janvier 2003 est la date retenue pour réunir autour d’une table à Paris les frères ennemis ivoiriens. Mais avant cela, le principe d’un cessez-le-feu a, une nouvelle fois, été réitéré par Dominique de Villepin, le ministre français des Affaires étrangères, à l’issue de sa visite de 48 heures en Côte d’Ivoire. Un cessez-le-feu accepté par toutes les parties. Du côté gouvernemental on s’est engagé à suspendre les raids d’hélicoptères en zones tenues par les rebelles. Des raids qui ont fait une douzaine de victimes la semaine dernière. Du côté du MPCI (Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire), on s’engage aussi à observer une trêve sur le terrain militaire pour permettre aux politiques négocier une sortie de crise. Le MPIGO (Mouvement populaire ivoirien du grand ouest) et le MPJ (Mouvement pour la justice) se sont déclarés solidaires de la démarche française sans avoir rencontré le chef de la diplomatie française.

Mais 48 heures après l’annonce des bonnes intentions, des combats ont éclaté dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Lundi matin, des éléments armés du MPIGO ont attaqué des positions tenues par l’armée française à Duékoué, à 200 km à l’ouest de Yamoussoukro. Cette ville occupe une position stratégique sur la route de Daloa, la capitale des négoces du café et du cacao. Les combats auraient fait quatre blessés légers dans les rangs de l’armée française, selon l’état-major des armées à Paris. Selon l’AFP, le MPIGO aurait reconnu avoir perdu «plusieurs» soldats dans les combats. Pour l’heure, Duékoué n’est pas aux mains des rebelles du MPIGO, mais en revanche à 200 km plus au sud, et à moins de 100 km de la façade maritime, la petite ville de Grabo serait sous leur contrôle. L’objectif affiché du MPIGO est d’occuper Tabou, petite ville portuaire qui favoriserait l’accès à San Pédro: le principal port d'exportation du café et du cacao.

Le MPIGO cherche à se faire une place à la table de négociation

Cette offensive du MIPGO répond à une stratégie de conquête et de présence sur le terrain, pour avoir droit au chapitre au même titre que tous les participants aux négociations de paix en Côte d’Ivoire. Né en novembre 2002, soit deux mois après le déclenchement des événements, le MPIGO est à la recherche de notoriété et veut se rendre incontournable dans les prochaines négociations. Au même titre que le MPCI, il veut aussi être consulté et pesé dans les choix à venir pour la future Côte d’Ivoire. La visite à Bouaké du ministre français, Dominique de Villepin pour y rencontrer les représentants du MPCI, est une reconnaissance enviée par le MPIGO. Persuadé de ne pouvoir déloger les français, le MPIGO les harcèle néanmoins sur leurs positions. Il fixe ainsi les regards et les moyens autour des points dits stratégiques, les positions françaises, et progresse par ailleurs vers ce qui reste son objectif: San-Pédro.

Pour l’heure les autorités françaises considèrent que la violation du cessez-le-feu ne remet pas en cause le principe de la rencontre de Paris le 15 janvier prochain. Elles retiennent que les rebelles du MPIGO et du MJP ont accepté l’idée de la réunion de Paris. Elles convoquent, toujours à Paris le 27 janvier, un sommet des chefs d’Etat de la région. Cette option qui n’emportait pas au départ les faveurs d’Abidjan, semble en revanche convenir au MPCI qui qualifie de «perte de temps» les négociations conduites par le président Eyadema du Togo. Les représentants du MPCI disent aussi avoir perdu toute confiance dans le CEDEAO et ne croient guère non plus aux éventuelles initiatives de l’Union africaine, dont la Commission est présidée par un Ivoirien, Amara Essy.


Ecouter également :

Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères interrogé dimanche soir à son retour d’Abidjan par Christophe Boisbouvier.



par Didier  Samson

Article publié le 06/01/2003