Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Côte d''Ivoire

Donnez-leur un ballon !

Les rencontres de Marcoussis entre les principales composantes politiques de la société ivoirienne s’ouvrent au lendemain de la qualification des Éléphanteaux pour la finale de la Coupe d’Afrique des nations des moins de vingt ans. Le billet d’humeur de Gérard Dreyfus.
Au début de la compétition organisée à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso, personne n’aurait misé beaucoup de francs CFA sur la jeune troupe ivoirienne. D’autant moins qu’en raison des circonstances, la préparation fut bâclée, limitée à quelques parties amicales face à des équipes de quartiers. Ce n’est sans doute pas le moindre paradoxe que les affaires les moins bien engagées débouchent sur la réussite.

A y voir de plus près, la sélection ivoirienne n’est rien d’autre qu’une Côte d’Ivoire en miniature. La composition de l’équipe n’a répondu à aucun critère régional; il y a des garçons du nord, du centre du sud, de l’ouest et de l’est; il y a des chrétiens, des musulmans et des animistes; ils ont des jambes, du talent et une unique identité ivoirienne. Mama Ouattara, l’entraîneur heureux des petits Eléphants, a pris en considération la seule valeur footbalistique des joueurs. Et les faits lui ont donné raison.

C’est quand même extraordinaire qu’à l’heure où on ne parle que de divisions, de rivalités, de partition du pays, le drapeau de la Côte d’Ivoire flotte sur le plus haut mât d’une compétition de football. Qui plus est chez le voisin burkinabé, accusé ouvertement ou indirectement d’avoir agi comme une sorte de grand manipulateur des affaires intérieures ivoiriennes. Mieux encore, le Burkina et la Côte d’Ivoire se sont rencontrés mardi soir à Bobo Dioulasso dans un stade rempli à ras bord…sans le moindre incident. Les Burkinabés, dont le sens de l’hospitalité est bien connu, ont accueilli leurs adversaires les bras ouverts, loin de toutes divergences politiques.

Ceux qui évoquaient, avant la rencontre, un match à hauts risques, ont, une fois de plus, perdu une occasion de se taire. Parce que le foot, s’il déchaîne parfois les passions, est, d’abord, un élément fédérateur, à travers lequel les adversaires finissent par se respecter, et, dans le cas qui nous concerne, où tout un pays se reconnaît. Les Ivoiriens de tous bords applaudiront si la Côte d’Ivoire remporte le titre contre l’Égypte, de même qu’ils applaudissent déjà à sa qualification pour la Coupe du monde, dans quelques semaines.

Donnez-leur un ballon, à ceux qui entament des négociations qui promettent d’être longues et difficiles ! Qu’ils s’inspirent de leurs jeunes concitoyens pour trouver le chemin de la fraternité et de la réussite collective. Le hasard a voulu qu’ils se réunissent dans le camp de regroupement de l’équipe de France de rugby. Le centre de Clairefontaine où l’équipe de football a préparé sa victoire au Mondial 98 aurait peut-être mieux convenu. Le ballon est donc ovale, plus difficile à manipuler. Cela n’avait pas interdit à la Côte d’Ivoire, à la stupéfaction générale, de participer à la Coupe du monde de cette discipline, il y a huit ans en Afrique du Sud.

Oui, donnez-leur un ballon, et qu’ils se souviennent des propos de Félix Houphouët-Boigny au lendemain d’une Coupe d’Afrique des nations malheureuse, il y a presque vingt ans: je ferai tout, disait-il, pour que nos éléphanteaux deviennent des Éléphants. Retournons le vœu et incitons les Éléphants de la politique à prendre exemple sur les éléphanteaux footballeurs.



par Gérard  Dreyfus

Article publié le 15/01/2003