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Côte d''Ivoire

Un menu copieux pour la table ronde

Dans le sanctuaire du Rugby à Marcoussis, en région parisienne, les Ivoiriens se livreront à une autre bataille, celle des idées pour résoudre des maux dont souffre la Côte d’Ivoire. Tous les protagonistes sont tous convaincus de détenir les meilleures idées pour la gestion cohérente de leur pays.
A défaut de s’entendre sur le sol ivoirien et africain, les acteurs de la crise en Côte d’Ivoire sont invités sur un terrain qui se veut neutre pour des empoignades encadrées. Contraints de vivre sous le même toit, de partager une même table, les mêmes repas pendant neuf jours et d’avoir comme seule et unique discussion la sortie de la crise, ils ne pourront livrer de leur mise au vert que du bon, c’est du moins ce que les initiateurs de cette rencontre espèrent. Le constitutionaliste français Pierre Mazeaud, immergé dans ce bassin, a pour mission de trouver des liens entre les différents desiderata, pour une nouvelle loi qui refonderait la Côte d’Ivoire. Son étiquette de gaulliste n’est peut-être pas étrangère à ce choix des autorités françaises qui renvoie à la fin des années 50, où il fallait émanciper les colonies, faire des Etats et convaincre les populations de partager un avenir commun. L’ambition est encore aujourd’hui à ce niveau.

La tâche aujourd’hui est certainement plus âpre, parce que ceux qui veulent refonder la Côte d’Ivoire ont déjà fait l’expérience de la vie commune. L’échec est patent. Or une séparation n’est pas admise. Tout le monde est d’accord sur un point, remettre les divorcés ensemble avec un contrat de mariage que les témoins, la communauté internationale, attesteront. Ce re-mariage forcé doit s’articuler autour de certains thèmes qui fâchent, malgré le fait qu’ils constituent la raison d’être des uns et le prétexte à l’opposition des autres.

Comment vivre ensemble ?

Sur ce terrain mouvant, une première exigence des rebelles du MPCI, du MPIGO et du MJP, qui semblent avoir mis au point des tactiques de jeu, est de déclarer le président Laurent Gbagbo incapable et de réclamer sa tête. Cette attaque, menée très haut sur l’aire de jeu, force le favori à adopter une position défensive moins valorisante. Cette tactique permet aussi aux rebelles d’aligner sans scrupules les autres revendications. Elles deviennent logiques. Nouvelles élections générales : législatives et présidentielles, révision de la constitution avec l’installation d’un gouvernement de transition. Sur le plan social, l’opposition en général au pouvoir d’Abidjan réclame une nouvelle formule d’identification des citoyens. Pourquoi les liens au sol et les origines villageoises seraient-elles les seules critères de reconnaissance et d’appartenance au tissu national ? La question de «l’ivoirité» se pose alors dans toute son acuité.

Dans nombre de ses aspects, elle exclut plus d’un tiers de la population de l’exercice plein et entier de sa citoyenneté ivoirienne. Par ailleurs, les lois foncières qui excluent les étrangers de la propriété pénalisent les populations originaires du Burkina Faso et du Mali qui font la force de l’agriculture de rente de la Côte d’Ivoire. Le sujet n’est pas mobilisateur, mais dans son application et son esprit pour le commun des Ivoiriens, de nombreux autres Ivoiriens deviennent étrangers en Côte d’Ivoire. C’est le cas des Baoulés du Centre en terres bétées à l’Ouest, ou encore des Sénoufos du Nord dans le Sud. Ces mouvements avaient été encouragés par le pouvoir de l’ancien président Félix Houphouët-Boigny. La révision de la loi foncière est une des revendications des rebelles du MJP et du MPIGO.

La plupart des points essentiels soulevés par les rebelles sont rejetés par le pouvoir qui joue la carte de la légalité. Il défend bec et ongles les institutions et reçoit un mol appui des partis politiques traditionnels qui ont à un moment ou à un autre été aux affaires. L’embarras est aussi dans le cas du RDR de l’ancien Premier ministre présenté aujourd’hui comme le principal opposant, dont certaines thèses actuelles rejoignent celles des rebelles du MPCI. A Marcoussis, ce serait donc le grand déballage. Une seule fausse note pour l’instant, celle de la société civile qui juge que le débat est suffisamment élevé pour ne rester qu’aux mains exclusives des politiciens. C’est la déception exprimée par Ibrahima Doumbia, responsable du Mouvement ivoirien des droits de l’homme, interrogé par Claude Cirille, le correspondant permanent de RFI à Abidjan.



par Didier  Samson

Article publié le 15/01/2003