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Union européenne

Dieu, l’invité surprise du débat constitutionnel

Le Vatican a pris la tête d’une offensive diplomatique pour plaider en faveur d’une référence à Dieu et la religion dans le texte de la future Constitution européenne. Le pape Jean-Paul II lui-même s’est mêlé de ce débat sur les rapports entre spirituel et institutionnel qui se poursuit actuellement au sein de la Convention européenne, présidée par Valéry Giscard d’Estaing.
Jean-Paul II n’est pas content. Et il l’a fait savoir en estimant que la Constitution européenne en cours d’élaboration devait mentionner «les racines chrétiennes» des populations du continent et que le premier projet de texte était «totalement insatisfaisant». Une manière de dire à Valery Giscard d’Estaing, le président de la Convention qui lui a rendu visite au mois d’octobre, de revoir sa copie. Une option que celui-ci n’a d’ailleurs pas complètement exclue en envisageant de glisser la notion de religion dans le préambule de la Constitution.

Le mécontentement du Vatican a été relayé au sein de la Convention par les représentants d’un certain nombre de pays, comme l’Italie ou la Pologne mais aussi l’Allemagne et le Danemark, qui ont pris fait et cause pour l’intégration d’une référence religieuse dans la Constitution. Il s’agit, de leur point de vue, de prendre en compte, comme l’a expliqué le primat de Pologne, Mgr Jozef Glemp, les «90 % d’Européens qui croient en Dieu». Certaines propositions d’amendements à l’article 2 sur les «valeurs» sont ainsi extrêmement explicites. Un groupe de vingt représentants de différents pays, parmi lesquels Jacques Santer, ex-président de la Commission, ont, par exemple, demandé qu’un paragraphe de la Constitution polonaise soit repris textuellement. Il évoque les valeurs de «ceux qui croient en Dieu comme source de la vérité, de la justice, de la beauté… » Sans aller aussi loin, Gianfranco Fini, le vice-président italien, a quant à lui demandé que l’on stipule que les «racines communes» de l’Union européenne sont «judéo-chrétiennes».

Le religieux relève de la sphère privée

Cette opération de lobbying religieux menée par les catholiques ne fait, bien évidemment, pas l’unanimité. Car la Convention compte dans ses rangs un nombre non négligeable et plutôt majoritaire de partisans de la laïcité. Les Français font dans ce domaine office de leaders. Dans le camp des laïcs, on soutient que le religieux relève exclusivement de la sphère privée et ne doit donc en aucun cas déborder sur l’institutionnel ou le politique. D’autant que la mention d’une référence à Dieu dans un texte constitutionnel européen aurait forcément des conséquences en terme de pratiques juridiques dans chacun des Etats concernés. Certains sujets sensibles comme l’éthique médicale ou le droit à l’avortement pourraient ainsi pâtir d’une référence explicite à Dieu. La socialiste française Pervenche Berès a donc proposé un amendement qui va exactement à l’encontre de celui des pro-Vatican, pour que l’Union garantisse «la séparation de l’Eglise et l’Etat».

Ce débat autour de l’héritage spirituel européen n’est pas totalement nouveau. Déjà lors de la discussion sur la Charte européenne des droits fondamentaux, en 2000, les défenseurs du principe de laïcité avaient dû faire face à des assauts répétés de la part des défenseurs de l’inscription d’une référence à Dieu. Finalement, un paragraphe du préambule stipulait simplement que l’Union était «consciente de son patrimoine spirituel et moral».

Valéry Giscard d’Estaing a confirmé vendredi que l’article 2 de la Constitution européenne ne comporterait aucune référence à Dieu. Les seules valeurs citées devraient être la «dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’Etat de droit et le respect des droits de l’homme». Par contre, il a annoncé que les «valeurs religieuses» seraient mentionnées dans le préambule. Reste à savoir quelle formule sera choisie. Le traité devrait d’autre part garantir, dans sa deuxième partie, «le statut et les libertés d’exercice des Eglises», un article qui pour certains, pourrait représenter une porte-ouverte à la reconnaissance des sectes.

A écouter également:

Quentin Dickinson, correspondant de RFI à Bruxelles est l'Invité de la rédaction (28 février 2003, 5'15")



par Valérie  Gas

Article publié le 28/02/2003