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Côte d''Ivoire

L’économie asphyxiée en zone rebelle

Bientôt six mois de partition, une incertitude militaire toujours permanente et des perspectives politiques encore très incertaines : autant de facteurs qui pèsent lourdement sur l’économie du pays et entraînent cet ex-fleuron de l’Afrique de l’Ouest vers une forme d’anarchie réglementée.
Comme dans toute économie moderne, le secteur du transport demeure l’activité stratégique par excellence. Jusqu’au 19 septembre 2002, la route et le rail étaient les deux moyens par lesquels la Côte d’Ivoire drainait ses productions, mais également celles de toute la sous-région, vers le port d’Abidjan. Aujourd’hui le trafic ferroviaire sur la ligne Abidjan-Ouagadougou est au point mort et le transport routier souffre à la fois de l’insécurité et de la multiplication des barrages routiers.

Or, si le Sud dispose toujours du débouché maritime, au Nord, la nécessité économique pousse les rebelles à réinventer des circuits commerciaux affranchis de la tutelle abidjanaise. La tension persistante dans l’Ouest du pays entre dans cette logique. Depuis le mois de décembre, deux nouveaux mouvements rebelles tentent, les armes à la main, de se frayer un passage vers la côte. L’objectif est de s’emparer du port de San Pedro, débouché naturel des plantations du grand ouest ivoirien. Mais le verrou n’a pas cédé. A l’Est, les forces armées nationales ivoiriennes tiennent également la frontière ghanéenne jusqu’à Bondoucou, entravant l’acheminement des exportations jusqu’au port d’Accra. En conséquence, c’est par le Nord que s’établissent les nouveaux corridors qui permettent à la rébellion de se ravitailler en viande et en carburant et d’exporter le sucre, la noix de cajou et le coton.

40 médecins avant-guerre, 4 aujourd’hui

Mais produire et exporter 400 000 tonnes de coton en empruntant des filières aléatoires pour alimenter une économie de guerre en zone rebelle est une performance qui réclame la mise en place d’un dispositif particulier. Il faut tout d’abord établir des conditions de sécurité propices à la bonne marche de l’activité, disposer de camions pour le transport des marchandises et être en mesure de les acheminer à bon port. Les rebelles du Nord affirment qu’ils travaillent à rassurer les opérateurs afin de favoriser la sortie des matières premières agricoles et le retour de l’argent, déclare à l’AFP un responsable civile du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI). L’argent : c’est ce qui manque le plus actuellement. Les agences bancaires du Nord sont, elles aussi, isolées, coupées de leur maisons mères et fermées faute de pouvoir assurer la moindre opération.

La direction du MPCI veut donc élargir le champ de ses interventions et, encourageant les opérateurs à contourner le problème en passant par les pays limitrophes, se déclare prête à sécuriser les transferts d’argent. Cette tentative de relance de la machine économique réclame des moyens que l’administration nordiste entend prélever sur l’activité économique elle-même. Obtenir un laissez-passer pour un camion en zone nord coûte 15 000 francs CFA. Des taxes sur le carburant et le tabac vont être instituées. Et, pour encourager la reprise et s’attirer la sympathie des producteurs, le MPCI a augmenté le prix minimum d’achat du coton premier choix à 175 francs CFA le kilo, en hausse de 5 centimes par rapport au prix officiel.

Le Nord s’installe dans la durée. Les rebelles ne veulent plus se satisfaire d’une posture d’attente et tentent donc de remettre la région au travail. C’est un défi qu’ils ne sont pas sûrs de relever car, selon l’ONU, la guerre civile a fait des centaines de milliers de déplacés par les Ivoiriens. Depuis le 19 septembre, Bouaké aurait perdu la moitié de ses habitants et 40% des familles qui sont restées sur place n’ont plus de revenus, tandis que les 60% restant ont vu leur pouvoir d’achat s’effondrer de 80%. Le responsable local de l’équipe de Médecins sans frontières souligne que «10% du personnel médical seulement est resté sur le lieu de travail». En gynécologie, sur quarante médecins avant guerre, «aujourd’hui il n’en reste que quatre», témoigne Vincent Villiers. La seule information encourageante vient du Comité international de la Croix-Rouge qui enregistre une augmentation de la consommation d’eau à Bouaké, signe, selon l’organisation d’un retour de la population.

A écouter :

Dalila Béritane, de la rédaction afrique de RFI qui a enquêté sur l'histoire d'un lingot de 30 kg d'or enlevé par les rebelles du MPIGO.
06/03/2003, 3'31



par Georges  Abou

Article publié le 04/03/2003