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Francophonie

Abdou Diouf : «<i>Nous avons des objectifs très ambitieux</i>»

Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) présente les enjeux des États généraux de l’enseignement du français en Afrique francophone.
RFI : Quelles sont vos priorités concernant l’enseignement du français ?
Abdou Diouf :
La grande priorité de mon action c’est la langue française, que nous avons en partage au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie. Je vais me battre pour la consolidation de la langue française, pour son rayonnement dans le monde. C’est la raison pour laquelle j’ai tenu à ce que la Journée internationale de la Francophonie ait comme thème principal l’enseignement du français et que nous puissions organiser en terre africaine les Etats généraux de l’enseignement du français en Afrique subsaharienne. Ces Etats généraux étaient prévus initialement à Abidjan mais compte tenu des circonstances, nous avons décidé d’un commun accord avec le gouvernement ivoirien de les organiser ailleurs sur le continent africain et j’ai choisi Libreville.

RFI : Qu’attendez-vous de la réunion de Libreville ?
A.D. :
J’attends de ces Etats généraux des décisions hardies, une analyse lucide de la situation du français en Afrique au sud du Sahara, de la situation de l’enseignement du français, et des propositions novatrices pour améliorer l’enseignement du français dans cette zone. Mon ambition, en liaison avec tous les partenaires qui organisent ces Etats généraux, c’est d’organiser les mêmes réflexions, les mêmes assises dans les autres zones de l’espace francophone, dans la zone Afrique du nord, Moyen-Orient, dans la zone de l’Europe centrale et orientale, dans la zone d’Asie du Sud-Est, de l’Océan Indien et même dans la zone des Caraïbes. A Libreville, les participants vont se réunir. Je serai là pour la cérémonie de clôture et à ce moment là, il y aura la restitution des travaux et des conclusions. A partir de là, je pourrai développer mon action en fonction de ce que les experts auront défini. Je dois mettre l’accent sur la détermination de tous.

RFI : Est-ce que l’enseignement du français est en diminution dans le monde, et qu’en est-il pour l’Afrique ?
A.D. :
Non, le français est toujours aimé et pratiqué. La jeunesse sénégalaise, par exemple, veut toujours s’instruire en français. Elle veut être multilingue, c’est évident. Je ne pense pas que le français recule en Afrique. Bien au contraire. Je pense que le français continue à progresser et je crois qu’il y a une forte demande pour une progression plus importante encore. Et c’est pourquoi nous voulons que les Etats généraux nous aident à définir une méthode d’enseignement du français qui puisse nous permettre de démultiplier notre action.
Tous les contacts que j’ai me le confirment… même ailleurs que dans les pays de l’OIF. J’ai des demandes de français venant de tous les pays, d’Afrique, d’Europe centrale, d’Asie. J’ai également des demandes d’adhésion à la francophonie que je ne peux pas citer. Ces pays vont s’organiser pour formaliser leur demande. Il y a une forte demande de français et de Francophonie dans le monde.

RFI : Quelles sont les faiblesses de la Francophonie concernant l’enseignement du français ?
A.D. :
Je ne pense pas qu’il y ait plus de faiblesses que pour les autres langues de communication internationale. Il faut trouver des moyens pédagogiques nouveaux, adaptés à la situation actuelle et qui permettent d’aller plus vite et plus loin. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication doivent nous aider à aller plus loin. Mais je ne suis pas un technicien. Je fixe les orientations et il appartiendra aux Etats généraux de définir des méthodes d’action. Nous allons faire un livre blanc où seront consignés les constats et les propositions d’amélioration.

Mes objectifs sont d’abord d’étendre l’enseignement du français à travers le monde en m’appuyant non seulement sur les gouvernements et les organisations publiques mais aussi sur les ONG et sur la société civile. Il y a quelques jours, j’ai présidé un congrès des Alliances françaises à travers le monde, dont le réseau dépasse largement l’espace institutionnel francophone. Donc il faut voir comment les Alliances françaises peuvent nous aider à porter encore plus loin le message du français et par définition de la Francophonie.

RFI : Faut-il une plus grande mobilisation des moyens qui existent ou bien des fonds supplémentaires ?
A.D. :
Il faut une plus grande mobilisation et une optimisation de l’emploi des moyens existants. Mais il faut également des moyens supplémentaires que nous rechercherons, non seulement auprès des gouvernements des pays membres, mais aussi auprès de toutes les organisations internationales qui peuvent nous aider, en particulier dans le domaine de l’éducation. L’Unesco, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, toutes les organisations internationales de financement. Car il est maintenant reconnu que dans la lutte contre la pauvreté et pour le développement, contrairement à ce que l’on pensait dans les années 60 et 70 et même 80, l’éducation est un facteur primordial qui permettra à l’homme africain d’avoir une meilleure maîtrise des connaissances pour faire face à son destin. La lutte contre la pauvreté demande que nous attachions beaucoup plus d’importance non seulement à l’éducation de base mais à l’enseignement technique, à la formation professionnelle, à l’enseignement supérieur et à la recherche.

Et de ce point de vue là, au niveau de nos opérateurs, nous avons des objectifs très ambitieux et nous avons une action très résolue, qu’il s’agisse de l’agence intergouvernementale ou de l’agence universitaire. Ce qui est important, c’est que nous puissions aider les pays membres à avoir des dossiers convenables pour bénéficier des financements internationaux. J’ai remarqué que les pays anglophones bénéficient davantage que les pays francophones des financements de ces institutions. Donc, ce n’est pas parce qu’il y a une discrimination, mais peut-être que nos dossiers ne sont pas aussi bien faits. C’est cette tendance que nous voulons inverser.
Notre combat pour le français se double d’un combat pour la diversité culturelle, en partenariat avec les langues nationales reconnues en tant que telles par les gouvernements de chaque pays.



par Propos recueillis par Marie  Joannidis

Article publié le 19/03/2003