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Guerre en Irak

La coalition prépare son entrée dans Bagdad

L’avant-garde des troupes américano-britanniques ne serait plus qu’à 70 km des faubourgs de la capitale irakienne. Bagdad a essuyé cette nuit de très violents bombardements qui ont frappé plusieurs bâtiments situés dans la banlieue sud mais également au centre de la ville. Les forces aériennes de la coalition ont pris pour cible une division de la Garde républicaine dans l’espoir d’affaiblir ce corps d’élite choyé par le président Saddam Hussein et qui lui a juré fidélité. Se préparant à l’arrivée des troupes terrestres, Bagdad boucle les derniers dispositifs pour une guérilla urbaine qui pourrait être sanglante. Plusieurs organisations humanitaires tirent d’ores et déjà la sonnette d’alarme craignant notamment une catastrophe à Bassorah, assiégée depuis plusieurs jours par les forces britanniques.
Le scénario d’une guérilla urbaine avec pour théâtre la capitale irakienne semble désormais des plus probables. Le régime irakien ne l’a d’ailleurs jamais caché et dès dimanche, le vice-président Taha Yassine Ramadan –donné pour mort par Washington et Londres– affirmait pour justifier l’avancée des troupes américano-britanniques : «Nous leur avons permis de se promener dans le désert, mais toutes nos villes résisteront». Dans ce contexte, Bagdad et ses 5,7 millions d’habitants constitue la place forte du pays même si les principales villes du sud comme Oum Qasr ou Bassorah continuent de résister. Et les combats se sont également poursuivis dans la nuit de lundi à mardi autour de la ville stratégique de Nassiriyah, principal nœud routier du centre de l’Irak.

Mais avant même d’arriver aux portes de Bagdad, les forces de la coalition devraient être confrontées à des divisions de la Garde républicaine stationnées autour de la capitale. Américains et Britanniques en sont parfaitement conscients et c’est la raison pour laquelle les bombardements de ces dernières quarante-huit heures visaient tout particulièrement ce corps d’élite. Le Pentagone a ainsi affirmé qu’une division de la Garde républicaine avait été «significativement affaiblie» par une attaque d’hélicoptères américains Apache. Cette attaque, au cours de laquelle un appareil a été perdu –la télévision irakienne a diffusé dans la nuit les images des pilotes capturés, visiblement en bonne santé– visait la division Madina al Munawara dont la mission est de défendre les alentours de Bagdad. L’opération a été qualifiée de «grand succès» par un général américain.

Mais même si cette réussite se confirme, les troupes terrestres ne sont pas à l’abri des armes non-conventionnelles, estiment les stratèges américains. Le secrétaire d’Etat Colin Powell, qui est sorti lundi du silence qu’il a observé depuis le début de l’offensive, a d’ailleurs affirmé craindre que les Irakiens ne déclenchent des tirs d’armes chimiques quand les Américains et les Britanniques s’approcheront de Bagdad. «Il est possible que Saddam Hussein réserve les armes chimiques jusqu’au moment où les forces de la coalition se rapprochent du centre de Bagdad», a-t-il notamment affirmé. Selon plusieurs chaînes américaines de télévision, les dirigeants irakiens ont établi «une ligne rouge» autour de la capitale et autorisé les unités de la garde républicaine à utiliser ces armes si cette ligne est franchie.

Bagdad se prépare

Mais en dehors de ce scénario catastrophe, les troupes américano-britanniques devront avant tout faire face aux forces d’élite, choisies pour leur fidélité à Saddam Hussein et qui pullulent dans la capitale irakienne. La principale force de protection du régime est constituée par la Garde républicaine spéciale. Forte de 15 000 hommes préparés à la guérilla urbaine, elle est divisée en quatre brigades d’infanterie motorisées. Washington affirme en outre qu’une troisième division de la Garde républicaine, la division mécanisée Adnan a été ramenée du nord vers Bagdad, où l’on compte déjà quelque 25 000 hommes des forces de sécurité et des services de renseignement. Les troupes américano-britanniques devront enfin faire face à une milice de 15 000 hommes commandée par le fils de Saddam Hussein, Oudaï, qui n’a pas été vu depuis le début de l’offensive. Cette milice, qui terrorise les populations, a fréquemment été utilisée pour supprimer toute velléité de soulèvement du peuple irakienne.

Dès le début des frappes américano-britanniques, la capitale irakienne a commencé à préparer sa défense. Partout dans la ville et notamment dans les jardins publics, des tranchées et des abris souterrains sont creusés. Les sacs de sable s’empilent à tous les carrefours et devant chaque bâtiment officiel. Dans les rues, des membres du parti Baas en uniforme, des militaires, des policiers casqués et des civils armés de Kalachnikovs patrouillent. Dès le deuxième jour de l’offensive, les autorités irakiennes avaient mis le feu dans des tranchées creusées autour de la capitale et remplies de pétrole pour réduire la visibilité des pilotes américains et britanniques.

La population a en outre été avertie de ne pas quitter les habitations dès que la bataille de Bagdad sera engagée. Les familles ont reçu plusieurs semaines de rations alimentaires d’avance. Si la circulation est toujours dense dans la capitale irakienne, la vie publique s’est arrêtée. Les écoles n’acueillent plus les élèves et les administrations ont fermé leurs portes, les fonctionnaires ayant été mis en congés pour une durée illimitée. Un seul ministère continue à fonctionner à plein régime, celui de l’Information, qui réagit à chaque bombardement. Mardi matin, le ministre irakien du commerce a accusé les Nations unies d’avoir confisqué l’argent irakien de la résolution «pétrole contre nourriture». Plusieurs organisations humanitaires ont lancé un cri d’alarme sur la situation humanitaire dans le sud du pays et notamment dans la ville de Bassorah, privée d’eau depuis vendredi.



par Mounia  Daoudi

Article publié le 25/03/2003