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Epidémie

La pneumonie atypique provoque des réactions de panique

En l’absence de certitude sur l’agent pathogène responsable de la maladie et de traitement spécifique pour la guérir, la propagation incontrôlée du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) provoque de plus en plus de réactions de peur, parfois proches de la panique. Les masques chirurgicaux ne se sont jamais aussi bien vendus. Dans les pays les plus touchés, une grande partie des habitants les portent dès qu’ils sortent de chez eux. Il est vrai que le diagnostic des scientifiques sur l’évolution de l’épidémie incite à la prudence.
«Si le virus est plus rapide que nos capacités scientifiques, de communication et de contrôle, nous pourrions être lancés dans une course longue et difficile. La course a débuté. Les enjeux sont importants. Et l’issue ne peut être prédite». Dans la bouche de la directrice du Centre de contrôle des maladies (CDC) d’Atlanta, Julie Gerberding, de tels mots ont de quoi provoquer l’inquiétude sur l’évolution de l’épidémie de pneumonie atypique qui se répand actuellement dans le monde entier. Surtout lorsque d’autres propos alarmistes sont tenus par des responsables politiques et viennent renforcer le caractère dramatique de la situation. La présidente des Philippines Gloria Arroyo a ainsi demandé à la population d’être «calme mais de se préparer au pire». Quant à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), elle a décidé pour la première fois depuis plusieurs années, de recommander d’éviter une zone géographique (Chine et Hong Kong) en attendant que la recherche progresse et que l’épidémie soit mieux contrôlée.

Parti de la Chine et de Hong Kong, le SRAS s’est propagé très rapidement dans les pays de la région (Vietnam, Singapour, Taiwan, Malaisie, Philippines, Thaïlande…) mais aussi sur les autres continents par l’intermédiaire des voyageurs. On recense dorénavant 2 400 malades et 81 décès. En l’espace d’environ quatre semaines, l’épidémie de pneumonie atypique a ainsi pris des proportions inquiétantes. Et aucune réelle amélioration ne semble envisageable dans un délai très rapide. Les plus grands laboratoires travaillent pour essayer d’identifier le ou les virus responsables de la maladie mais n’ont pas encore obtenu de résultats probants. Le taux de mortalité parmi les personnes atteintes par le syndrome reste à peu près stable, de l’ordre de 4 à 5 %, mais la contamination croît encore de manière très rapide. Chaque jour, on enregistre l’apparition de dizaines voire de centaines de nouveaux cas dans le monde.

Dans ce contexte, les Etats ont pris des mesures d’urgence pour essayer de limiter les risques de contamination. A Hong Kong, les autorités ont décidé la fermeture des écoles, la désinfection des lieux publics, la mise en quarantaine des habitants d’un immeuble où des dizaines de personnes avaient été infectées, l’ouverture de «camps» pour accueillir les malades qui nécessitent l’isolement et la diffusion de recommandations à la population pour qu’elle prenne des précautions dans la vie quotidienne. Dans les rues, les transports en commun, les lieux publics, une grande partie des habitants de Hong Kong portent des masques chirurgicaux dans l’espoir de se protéger de la contamination. Une hypothèse qui n’est d’ailleurs pas totalement confirmée. Les entrées et les sorties du territoire sont aussi soumises à des contrôles destinés à identifier toute personne à risque. De nombreux expatriés séjournant à Hong Kong ont d’ores et déjà fait partir leurs familles. Et certains pays, comme les Etats-Unis ou Israël, ont même décidé de proposer à leurs personnels diplomatiques de quitter leur poste par précaution.

Masques, filtrages, isolement

Des mesures de filtrage ont été prises dans la plupart des aéroports internationaux suivant les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé. Les passagers des avions qui arrivent des zones à risque doivent répondre à des questionnaires de santé pour permettre de déceler tout symptôme inquiétant. Les personnels navigants des compagnies aériennes sont aussi incités à filtrer les voyageurs pour éviter l’embarquement d’un passager malade et à prendre des mesures pour les isoler à bord si nécessaire. Des masques de protection sont même fournis par les hôtesses dans les appareils sur la plupart des compagnies aériennes internationales.

En Thaïlande, le gouvernement a décidé d’employer la manière forte. Les passagers qui débarquent de Hong Kong, de Chine, du Vietnam, de Singapour et de Taiwan, doivent impérativement porter des masques et se soumettre à des tests sous peine d’être rejetés ou condamnés à une peine de prison. En Indonésie, toute personne qui s’opposerait à une tentative de contrôle de l’épidémie est passible d’une amende et d’une peine de prison allant de six mois à un an.

En France, les membres du personnel au sol de l’aéroport de Roissy mais aussi des douanes ou de la police aux frontières sont très préoccupés par le risque de contamination depuis qu’un passager en provenance de Hanoï a été hospitalisé et a vraisemblablement transmis le virus à deux personnes qui se trouvaient dans le même avion que lui. Des sociétés qui assurent la manutention des bagages ou la sécurité dans l’aéroport ont été obligées de fournir des masques à leurs employés dont certains ont fait grève pour les obtenir.

Aux Etats-Unis, les 139 occupants d’un avion d’American Airlines en provenance de Tokyo ont été mis en quarantaine à leur arrivée à l’aéroport de San José en Californie car 4 passagers présentaient les symptômes du SRAS. L’isolement n’a duré finalement que quelques heures et la plupart des voyageurs ont pu rentrer chez eux mais l’alerte a été rude. En Corée du Sud, les autorités ont publié un avis de recherche pour retrouver 200 passagers d’un vol revenant de Chine, où se trouvait un Taiwanais atteint du syndrome, et qui représentent autant de vecteurs de contamination potentiels.

L’épidémie de pneumonie atypique fait souffler un vent de panique dans le monde. Des manifestations sportives, politiques, commerciales, médicales qui devaient se tenir en Asie ou avec la participation d’Asiatiques sont chaque jour annulées. Le tournoi de rugby à 7 prévu au mois d’avril à Singapour a été reporté. Tout comme un forum international sur l’emploi qui devait avoir lieu à Pékin, la semaine prochaine, la tournée du Grand cirque national de Chine prévue aux Philippines mi-avril ou même la conférence annuelle de l’Association américaine sur le cancer qui devait être organisée à Toronto à la fin de la semaine. Seules les autorités chinoises semblent rester sereines. Elles ont finalement accepté l’envoi d’une équipe de scientifiques de l’OMS dans la province de Guangdong et ont annoncé que l’épidémie était en recul dans cette zone d’où le SRAS semble être parti.



par Valérie  Gas

Article publié le 04/04/2003