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Guerre en Irak

Les Etats-Unis rappelés à leurs obligations

Les Etats-Unis sont sommés de toutes parts de rétablir l’ordre dans les villes irakiennes dont ils ont pris le contrôle et de mettre ainsi un terme aux pillages. Dans le nord du pays, les combattants kurdes ont amorcé leur retrait de Kirkouk, où ils sont remplacés par des soldats américains.
Les appels se multiplient pour demander aux forces de la coalition militaire américano-britannique de lutter contre le chaos qui a envahi les principales villes irakiennes. Pratiquement aucun bâtiment public n’a, par exemple, été épargné à Bagdad par les pilleurs, une ville dans laquelle même le musée archéologique a été vidé de ses précieux trésors historiques. Des pillages contre lesquels les soldats américains n’ont rien fait. Du coup, certains habitants ou commerçants ont décidé d’assurer eux-mêmes la sécurité de leurs biens, en n’hésitant pas à tirer sur des pilleurs. Une situation explosive qui risque de dériver sur la formation de milices armées d’autodéfense.

«Nous sommes tous inquiets à cause de la situation humanitaire, l’absence totale d’ordre public et l’anarchie qui sévit», a déclaré vendredi le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Walter Schwimmer. Il a affirmé que la tâche du maintien de la loi et de l’ordre reposait sur les épaules des forces d’invasion menées par les Etats-Unis. Une position partagée par le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, qui estimait vendredi que la sécurité était «la responsabilité des forces qui sont sur le terrain». Les populations civiles payent actuellement chèrement ce désordre car elles ne peuvent notamment pas bénéficier de l’aide humanitaire acheminée vers l’Irak. Se disant «profondément alarmé par le chaos prévalant à Bagdad et dans d’autres parties de l’Irak», le Comité international de la Croix rouge (CICR) a lancé vendredi un «appel urgent aux forces de la Coalition et à toutes les personnes ayant autorité» en Irak pour protéger les infrastructures essentielles du pillage et de la destruction. «Le problème aujourd’hui, ce ne sont ni les ressources humaines ni la logistique. C’est l’insécurité et le manque d’accès. Il s’agit d’une situation humanitaire qui empire», a expliqué vendredi le délégué régional du CICR pour le Moyen Orient, Balthasar Staehelin.

Quelques heures plus tard, le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld assurait que les Etats-Unis ressentaient bien «l’obligation de contribuer à assurer la sécurité». Il a cependant estimé que les médias déformaient la réalité. «A la télévision, vous voyez sans arrêt les mêmes images. Des gens quittent un bâtiment avec un vase, vous le voyez vingt fois (…). Y’a t-il donc tant de vases dans ce pays?». Cette pointe d’humour ne suffit pas à cacher l’inquiétude des Américains qui craignent qu’un sentiment de déception ne grandisse au sein de la population. Les Etats-Unis s’apprêtent d’ailleurs à envoyer au cours des prochaines semaines 1.200 responsables policiers, consultants en sécurité publique et experts judiciaires pour tenter de restaurer l’ordre dans le pays. Ils pourraient également recevoir l’aide du Canada et du Danemark qui songent à dépêcher des contingents de soldats pour assurer la protection de l’aide humanitaire et garantir l’ordre.

Sur place, les militaires américains ont rencontré ce samedi à Bagdad un groupe de policiers irakiens venus «offrir leurs services pour mettre de l’ordre dans le pays». La réunion s’est déroulée à l’hôtel Palestine où logent des officiers américains et une grande partie des journalistes présents à Bagdad. Devant cet établissement étaient également regroupées plusieurs centaines d’Irakiens. Ils répondaient à un appel diffusé à la radio par les Américains qui recherchent des personnes compétentes pour remettre en route les services publics.

La Syrie «pressée» de coopérer

Dans le nord du pays, un semblant de calme est revenu ce samedi à Kirkouk et Mossoul. Ces deux villes libérées par des combattants kurdes ont également été victimes d’intenses pillages. Conformément aux souhaits de la coalition américano-britannique et de la Turquie, des combattants kurdes ont commencé à se retirer de Kirkouk où ils sont remplacés par des soldats américains. Le général Mam Rostam, un des commandants militaires de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), a estimé que les forces américaines étaient désormais «plus que suffisantes» dans cette ville pour y assurer la sécurité. A Mossoul, la principale ville du nord de l'Irak, les pillages auraient également cessé. La chaîne qatarienne de télévision satellitaire Al-Jazira a rapporté que des combattants kurdes avaient investi à l'aube les principaux carrefours de cette ville et des hommes armés, postés sur les routes menant à la ville, récupéraient la plupart des objets pillés au cours des deux derniers jours.

En sus du rétablissement de la sécurité dans le pays, les soldats américains doivent faire face à une autre priorité, la capture des hauts dignitaires du régime de Saddam Hussein. Ils se verront ainsi remettre bientôt un jeu de 52 cartes sur lesquelles sont imprimés les photos et les noms des anciens dirigeants les plus recherchés. Saddam Hussein apparaît sur l’as de pique. Le sort du président irakien déchu continue d’alimenter de nombreuses rumeurs et suppositions à Washington. M. Rumsfeld a indiqué ne pas posséder assez d’informations fiables pour pouvoir certifier que Saddam Hussein était mort. Il aurait été tué lundi à Bagdad dans le bombardement d’un bâtiment. Le président américain George Bush ne s’est pas montré plus affirmatif, se contentant de déclarer que sa seule certitude était que Saddam Hussein n’était plus au pouvoir. Il a par ailleurs demandé aux autorités syriennes de faire tout leur possible pour «empêcher des gens qui devraient être traduits en justice de trouver refuge dans leur pays». Et George Bush d’ajouter: «nous les pressons de ne pas autoriser des membres du Parti Baas ou de la famille de Saddam, ou encore des généraux en fuite, de trouver refuge là-bas».

Le chef de la diplomatie américaine, Colin Powell, s’est lui chargé d’aborder vendredi le dossier de la reconstruction de l’Irak. Et il a exclu que les Etats-Unis passent la main à l’ONU pour remettre le pays sur pied, limitant une nouvelle fois son action au domaine humanitaire. Il répondait ainsi aux dirigeants de la France, de la Russie et de l’Allemagne désireux de donner aux Nations unies un «rôle central» dans la reconstruction de l’Irak. Le président français Jacques Chirac, son homologue russe Vladimir Poutine et le chancelier allemand Gerhard Schroeder se sont réunis vendredi pour la première fois depuis le début de l’intervention militaire en Irak. Une rencontre informelle organisée à Saint-Pétersbourg qui leur a permis de manifester une nouvelle fois leur opposition à une tutelle américaine sur l’Irak.




par Olivier  Bras

Article publié le 12/04/2003