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Afrique du Sud

Walter Sisulu est mort

Walter Sisulu, figure historique de la lutte anti-apartheid, leader de l’ANC et compagnon de route de Nelson Mandela et Oliver Tambo, est décédé lundi soir à l’âge de quatre-vingt dix ans.
Dans son autobiographie, Le long chemin vers la liberté, Nelson Mandela écrivit de lui qu'il était «fort, raisonnable, pratique et consciencieux. Il ne perdait jamais la tête lors d'une crise. Il était souvent silencieux quand les autres autour de lui criaient». Et il savait mieux que quiconque de qui il parlait! Dès l’aube des années 40, sous l’égide du Congrès national africain (ANC), les deux hommes ont partagé tant l’amitié que les épreuves du combat contre le régime blanc. Jusqu’à la fameuse prison de Robben Island où tous deux furent détenus jusqu’au dénouement qui, pour Walter Sisulu, intervint un an avant celle de son éternel complice, en 1989.

Avec Oliver Tambo, décédé en 1993, et Nelson Mandela, ils furent les leaders historiques de l’ANC et sa réputation de militant fut telle que son influence demeura prépondérante, même lors de son séjour en prison où ses amis continuaient de le consulter sur l’organisation et la stratégie du mouvement, et sur la conduite à tenir lors des nombreux épisodes qui marquèrent la vie politique sud-africaine jusqu’à sa propre libération, puis celle de Mandela et les premières élections démocratiques de 1994.

«Walter et moi…»

Walter Sisulu, fils de paysans du Transkeï, naquit en 1912. Il s’installa à Johannesburg dans les années 20 au cours desquelles il exercera plusieurs métiers mais, surtout, se forgea une vive conscience politique qui le conduisit tout droit dans les bras de l’ANC dont il fut l’un des dirigeants de la Ligue des jeunes, en 1940, avant de devenir secrétaire-général du parti. Entré dans la clandestinité aux côtés de son ami Mandela et du père de l’actuel président sudafricain, Govan Mbeki, il sera arrêté en 1963 et condamné l’année suivante. Pourtant, c’est de cette prison de Robben Island que démarrent les pourparlers secrets avec le régime sud-africain auxquels Mandela l’associe immédiatement.

En 1990, c’est lui qui accueille le futur couple présidentiel, Nelson, tout juste sorti de prison, et Winnie, à Soweto (South West Township), le grand ghetto noir de Johannesburg, où, près d’un demi-siècle plus tôt déjà, les deux jeunes gens redessinaient la carte de leur pays débarrassé de la ségrégation raciale. En 1991, il retrouve sa place à la tête de l’ANC, en qualité de vice-président. Il gardera cette fonction jusqu’aux élections, puis se retira de la vie politique en raison d’une santé déclinante. Avec sa disparition, c’est une nouvelle page d’histoire de l’Afrique du Sud moderne qui se tourne, celle des pionniers. «Walter et moi avons tout connu ensemble. C’était un homme de raison et de sagesse, et personne ne me connaissait mieux que lui. Il était l’homme dont l’opinion me paraissait la plus digne de confiance et la plus précieuse», écrivit encore Mandela à son propos.

Walter Sisulu formait avec son épouse Albertina, elle-même militante, un couple extrêmement uni, parents de cinq enfants. Leur domicile de Soweto fut une véritable «Mecque pour l’ANC», selon Mandela qui, de toute évidence se rappelle avec émotion des longues soirées passées au domicile du couple. Plus discret que son ami, donc moins connu à l’étranger, Walter Sisulu est en revanche reconnu par ses compatriotes pour son immense contribution au service du combat anti-ségrégationniste.



par Georges  Abou

Article publié le 06/05/2003