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Colombie

Les Farc rompent le silence

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie ont donné des nouvelles rassurantes de la santé d’Ingrid Betancourt, retenue en otage depuis 18 mois, mais ont expliqué que sa libération ne pourrait intervenir que dans le cadre d’un échange global de prisonniers permettant à environ 400 guérilleros de sortir des geôles colombiennes.
Raul Reyes a rompu cette semaine une période de silence de près d’un an et demi. Porte-parole et numéro deux des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), il a accordé dans un lieu tenu secret sa première interview depuis la rupture des négociations de paix le 20 février 2002. Un entretien publié jeudi dans lequel il a notamment abordé la situation des quelques 900 otages aux mains des Farc et émis la possibilité d’une intervention des Nations unies pour tenter de mettre fin à la guerre civile qui dure depuis près de quarante ans en Colombie.

Les proches de l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt ont ainsi enfin pu obtenir des nouvelles. Raul Reyes a assuré qu’elle se trouvait dans «un bon état de santé physique et morale», démentant ainsi les nombreuses informations diffusées ces dernières semaines selon lesquelles elle serait extrêmement affaiblie après 18 mois de détention. Raul Reyes n’a cependant présenté aucune preuve appuyant ses propos, alors que le dernier enregistrement vidéo d’Ingrid Betancourt remonte au mois de mai 2002. Comprenant l’inquiétude de ses proches, il s’est engagé à faire preuve de plus de «régularité» dans ce domaine à l’avenir, sans pour autant préciser si les Farc allaient bientôt envoyer un enregistrement ou des photos de l’ex-sénatrice colombienne.

Raul Reyes a également profité de cet entretien pour revenir sur la polémique née autour de la libération avortée d’Ingrid Betancourt le mois dernier. Ayant appris par un mystérieux informateur que les Farc acceptaient de la libérer, sa famille avait demandé aux autorités françaises de monter une mission humanitaire pour venir la récupérer. Sans en faire part aux gouvernements brésiliens ou colombiens, le ministère français des Affaires étrangères avait alors décidé d’envoyer un avion militaire dans le nord du Brésil. La découverte à son bord de plusieurs agents français des services secrets a provoqué l’ire de Brasilia et l’avion a été contraint de quitter rapidement le Brésil. Et certains médias brésiliens avaient ensuite fait état d’un marché secret entre Paris et les Farc: en échange de la libération d’Ingrid Betancourt, la France se serait engagée à soigner Raul Reyes, dit très gravement malade. Une version catégoriquement démentie par Raul Reyes, visiblement en bonne santé. «Tout ce montage sur la remise présumée d’Ingrid Betancourt a été fabriqué au palais (présidentiel) de Narino, par le propre président de la République, avec l’aide de l’état-major», a affirmé Raul Reyes. «Nous savons que la famille de Madame Ingrid demande de l’aide du gouvernement français à cet égard, et qu’il répond à cette demande, ce qui est bien, comme signe de solidarité, mais ils ont été trompés. Il n’a jamais été question de la libérer».

Un voyage à haut risque

A la lumière de cette interview, il apparaît que seule une négociation globale du sort de tous les otages pourrait permettre à Ingrid Betancourt de retrouver sa liberté. Les Farc posent deux conditions: elles exigent la libération des quelque 400 guérilleros actuellement emprisonnés et la démilitarisation de deux départements du sud du pays couvrant une superficie d’environ 115 000 kilomètres carrés. Et elles attendent donc des autorités colombiennes qu’elles engagent une négociation. Une perspective qui semble des plus improbables dans le contexte actuel. Depuis son élection en août 2002, le président colombien Alvaro Uribe a décidé d’adopter une politique musclée contre les rebelles qu’il tente de vaincre militairement. Il a d’ailleurs dressé cette semaine devant les généraux colombiens un bilan encourageant de l’action des forces armées, notant une baisse notoire des enlèvements au cours des sept derniers mois. Et sa grande fermeté lui vaut un important soutien de la part de la population, lassée de devoir subir depuis plusieurs décennies un conflit qui a tué plus de 200 000 personnes.

L’action déterminée des forces armées sur le terrain pourrait avoir incité les Farc à demander l’intervention des Nations unies. Raul Reyes s’est dit prêt à rencontrer le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, pour lui exposer la position des FARC, un mouvement placé par les Nations unies et l’Union européenne sur la liste des organisations terroristes. Pour la première fois, les Farc semblent donc favorables à ce que l’ONU s’implique dans ce conflit, une intervention souhaitée depuis longtemps par le président Uribe. Le porte-parole des Farc envisage même la perspective de rencontrer au siège de l’ONU Kofi Annan ou «la personne qu’il aura déléguée». «Nous voulons lui expliquer notre point de vue, de façon à ce que monsieur Kofi Annan puisse comprendre la manière dont nous voyons la problématique du pays et les solutions que nous proposons», a expliqué Raul Reyes. Un voyage qui ne serait pas sans risque pour cet homme activement recherché. Et le général colombien Jorge Mora l’a d’ailleurs déjà mis en garde contre ce déplacement, en affirmant qu’il ne pourrait ensuite plus revenir dans le pays.



par Olivier  Bras

Article publié le 15/08/2003