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Politique française

La baisse des impôts en question

Il y a encore quelques mois la question de savoir s’il convient ou non réduire les impôts serait apparue hors de propos. Un consensus semblait établi, à droite comme à gauche de l’échiquier politique français, sur la nécessité d’augmenter, par ce biais, le pouvoir d’achat et donc de favoriser la relance économique. Depuis, le malaise des enseignants, la crise sanitaire liée à la canicule sont venus rappeler les besoins urgents des certains services publics. Le débat a pris une autre tournure.
Déjà, avant la trêve estivale, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait fait part de ses grandes difficultés à préparer le budget pour 2004, dans une conjoncture économique caractérisée par l’absence de croissance, alors même que le président de la République réaffirmait ses promesses de diminution des impôts et que l’Union européenne fronçait les sourcils devant l’ampleur des déficits publics de la France. Depuis, la situation s’est encore aggravée : la canicule a révélé la grande misère des hôpitaux pendant les vacances et notamment les problèmes des urgences, ainsi que les besoins énormes des maisons de retraites et des services à domicile pour les personnes âgées. Plusieurs milliards d’euros seront nécessaires, dans les années à venir, pour éviter que se reproduise le drame de cet été qui a causé la mort de plus de 11 000 personnes. Autant de dépenses supplémentaires pour la collectivité qui devront bien être financées.

De plus, le gouvernement français vient de notifier à la Commission européenne un déficit public de 4% du PIB en 2003 alors que le maximum a été fixé par le pacte de stabilité et de croissance à 3% seulement. La France accuse désormais le déficit le plus élevé de l’Union européenne, dépassant même l’Allemagne qui affiche, pour cette année, un déficit de 3,8% de son PIB.

Dépenses supplémentaires à prévoir, déficit aggravé, désormais des voix s’élèvent, y compris dans la majorité présidentielle, sur le bien-fondé d’une nouvelle réduction des impôts en 2004. Durant la campagne électorale Jacques Chirac s’était engagé à baisser d’un tiers, sur cinq ans, l’impôt sur le revenu. Rapidement le rythme est apparu difficile à tenir et l’impôt à été réduit de 5% en 2002 et de 1% en 2003. Les derniers arbitrages concernant 2004 sont encore à venir.

«La raison commanderait d’en rester là»

Est-ce bien le moment de baisser les impôts, réduisant ainsi les moyens des services publics auxquels la population est attachée ? Certains hommes politiques répondent clairement par la négative. Le premier, François Bayrou, président de l’UDF, a appelé le gouvernement à renoncer à la baisse des impôts prévue au profit des mesures d’urgence à adopter en faveur des personnes âgées, soit la réorientation d’environ 3 milliards d’euros en 2004.

Jean Arthuis, président centriste de la commission des finances du Sénat, affirme que la France n’a «pas les moyens» de réduire actuellement la pression fiscale. Quant aux socialistes, ils redécouvrent les vertus de l’impôt, invitant à sa «réhabilitation» et en font même «un devoir citoyen», après avoir plaidé, du temps du gouvernement Jospin, pour la réduction de la pression fiscale.

En revanche, du côté de l’UMP, Alain Juppé son président, et l’ancien Premier ministre Edouard Balladur se prononcent pour l’application de la promesse présidentielle. Ils maintiennent que la relance de la consommation permettrait d’encourager l’emploi, à un moment où les chiffres du chômage remontent de manière inquiétante. Mais, dans la formation politique majoritaire, Pierre Méhaignerie émet une opinion discordante jugeant qu’au vu de la situation financière, «la raison commanderait d’en rester là», pour ce qui est de la diminution des impôts.

L’opinion des contribuables n’est pas encore précisément connue sur ce point. Toutefois les Français semblent prêts à consentir des efforts pour améliorer le sort de leurs anciens. L’idée, avancée par le gouvernement, de travailler un jour normalement chômé au profit des personnes âgées a été accueillie avec un certain enthousiasme. Plus d’ailleurs dans l’opinion publique que chez les représentants syndicaux qui soulignent la situation actuelle de sous-emploi et l’apparente cohérence de la proposition avec les plaintes du patronat sur le nombre des jours fériés en France. Cette formule, basée sur la solidarité, apparemment simple, s’avère en fait relativement compliquée. Elle consisterait à prélever sur les entreprises une part de la production supplémentaire réalisée ce jour-là, sous forme de contribution sociale.

Ecouter également : L'invité de la mi-journée, Christian de Boissieu, Professeur d'économie à Paris I



par Francine  Quentin

Article publié le 02/09/2003