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Eglise catholique

Jean-Paul II et l’inculturation de l’Evangile en Afrique

Inculturation n’est pas acculturation. Elle n’est pas non plus une transformation de l’Evangile en tradition et coutume. Les évêques ont trouvé auprès de Jean-Paul II, le soutien absolu pour faire exister les cultures africaines dans la transmission de la «Bonne nouvelle».
«Il est urgent que le dialogue entre le christianisme et la religion traditionnelle soit activé, pour l’unification du fidèle chrétien en terre africaine et pour l’épanouissement des aspects les plus nobles de la foi de nos pères. Ainsi l’Afrique sera une chance pour le christianisme, et le christianisme une chance pur l’Afrique», déclarait un citoyen camerounais au pape Jean-Paul II lors de sa visite au Cameroun en septembre 1995. La revendication de cet anonyme a sonné comme un ras-le-bol d’un fidèle ignoré par une église, qui met du temps à faire la relation entre universalisme de l’Evangile et spécificité des pratiques régionales. En effet, il fallait attendre le Concile Vatican II, de 1962 à 1965, pour qu’apparaissent quelques réformes dans l’église catholique. Très centralisée autour de Rome, elle s’était étonnée que l’église protestante parle, déjà au XVIème siècle, de Cujus regio, ejus religio, «à chaque région sa religion».

«Le drame de notre époque, c’est la rupture entre l’Evangile et la culture, il faut laisser les églises locales trouver leur propre visage», disait Paul VI (pape de 1963 à 1978). Sous son règne les églises nationales ont commencé par bénéficier d’une relative autonomie qui a évolué vers une conception plus élaborée par les Conférences épiscopales nationales. Le défunt cardinal Paul Zoungrana, du Burkina Faso, initiateur du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM) et l’un des premiers présidents de la Fédération catholique mondiale pour l’Apostolat biblique défendait l’idée d’une église africaine, qui s’opposait à une vie chrétienne réduite à une doctrine à une morale.

Mais dès l’avènement de Jean-Paul II, l’église catholique a pris un nouveau virage, découvrant une église d’ailleurs, en l’occurrence celle de l’Europe de l’est dont est issu Karol Wojtyla, cardinal polonais devenu souverain pontife en 1978. En effet sans discontinuer depuis 1522, ce poste revenait presque de droit à un originaire d’Europe de l’ouest et plus précisément d’Italie. Très tôt dans son pontificat le pape créait en 1982, le Conseil pontifical de la culture auquel deux missions sont assignées: la foi et la culture et le dialogue avec les cultures. De fait, les revendications de l’épiscopat africain ont repris un nouveau souffle et trouvé un cadre d’expression sans affronter l’ordre du Vatican. Aussi en 1981, le Centre biblique pour l’Afrique Madagascar (BICAM) a-t-il vu le jour à Nairobi au Kenya. Il avait pour mission de promouvoir et de coordonner l’apostolat biblique sur le continent et dans les îles voisines. Mais ce centre, par manque de moyens, n’a pu mener de grandes activités, contraignant l’assemblée épiscopale d’Afrique et de Madagascar à privilégier la création de structures similaires locales.

En 1994 à Rome, au synode africain pour l’église catholique romaine, Jean-Paul II a lancé une exhortation apostolique Ecclesia in Africa dans laquelle l’Eglise en Afrique et sa mission évangélisatrice ont fait l’objet d’une définition particulière. Le principe de l’inculturation y a trouvé ses lettres de noblesse. C’est, par exemple, l’acceptation de la culture africaine comme pouvant véhiculer l’Evangile au même titre que les autres cultures dites chrétiennes. Pour cela, le synode recommandait la création de petites communautés chrétiennes, et la traduction de la bible dans les langues africaines, accompagnée d’un guide de lecture. «Les traductions sont un moyen d’inculturation, une priorité dans la vie des églises afin que l’Evangile prenne vraiment racine en Afrique», précisaient les pères synodaux.

En voyage en Afrique, ou recevant des évêques burkinabè et nigériens au Vatican, en juin 2003, Jean-Paul II insiste sur le rôle fondamental des cultures régionales dans la pratique religieuse des fidèles. «La pastorale de l’inculturation que vous avez mise en œuvre dans vos diocèses porte du fruit, en particulier dans la vie et le témoignage des communautés chrétiennes de base», disait-il pour que chacun se convainque qu’inculturation n’est pas acculturation. La communication par les formes traditionnelles pourra être mise à contribution pour transmettre la «Bonne nouvelle», recommande aussi la Conférence épiscopale africaine. Mais l’introduction des chants et musiques traditionnels, le mime, le théâtre, les proverbes et contes africains comme modes de transmission est vivement critiquée par certains qui n’hésitent pas à parler du «retour au paganisme».



par Didier  Samson

Article publié le 14/10/2003 Dernière mise à jour le 11/08/2004 à 14:06 TU