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Iran

Nobel : accueil triomphal pour Shirin Ebadi

Ils étaient plus de 10 000 à réserver un accueil triomphal à Shirin Ebadi, la lauréate du prix Nobel de la paix, à son retour à Téhéran, mardi soir. Parmi la foule, il y avait notamment de nombreuses femmes, portant un foulard blanc en signe de paix. A sa descente d’avion, Shirin Ebadi a été accueillie par quatre représentants du gouvernement aini qu’une vingtaine de députés, notamment des députés femmes du parlement, qui lui ont réservé un accueil particulièrement chaleureux. Des milliers de fleurs blanches ont été lancées en direction de Shirin Ebadi qui a brièvement pris la parole.
«Ce prix ne m'appartient pas, il appartient au grand peuple d'Iran… Il signifie que la demande du peuple iranien de démocratie, de respect des droits de l'Homme et de paix a été entendue par les peuples du monde entier», a-t-elle lancé environ une heure après son atterrissage, juchée sur un conteneur, à des milliers de Téhéranais enthousiastes qui scandaient «libérez les prisonniers politiques». «J'espère que tous les prisonniers politiques vont être libérés prochainement», a répondu Shirin Ebadi. «Ce prix ne m’appartient pas seulement, il appartient aussi à tous ceux qui ont combattu en faveur de la liberté, des droits de l’homme, de la démocratie et de la justice», a-t-elle ajouté.

Une heure auparavant, en bas de la passerelle, c'est Zahra Chojaie, petite-fille de Khomeiny, le fondateur de la République islamique, qui lui a passé une couronne de fleurs rouges autour du cou en exprimant l'espoir que son Nobel permettrait «aux Iraniennes de recouvrer leurs droits» et de «mieux faire respecter les droits de l'Homme et des enfants». Tout un symbole. Prenant la parole lors d’une conférence de presse mercredi matin, au lendemain de son arrivée, Shirin Ebadi a affirmé qu’elle n’avait nullement l’intention d’entrer en politique. Répondant à un journaliste, elle a affirmé : «vous voulez savoir si, un jour, je veux participer à l'exercice du pouvoir ? J'espère que ce jour n'arrivera jamais». «Je ne vais pas changer de méthode de travail, l'attribution de ce prix (Nobel) a montré que cette méthode était la bonne», a-t-elle ajouté aux journalistes reçus dans les locaux du Cercle des défenseurs des droits de l'Homme qu'elle préside.

«Notre priorité va à un travail de juriste et d'expert pour la révision de nos lois, et nous demandons au gouvernement de la République islamique de respecter ses engagements internationaux en matière de droits de l'Homme», a-t-elle ajouté, entourée d'une dizaine d'avocats travaillant dans cette organisation. Elle a réaffirmé qu'elle allait continuer son combat pour la libération des prisonniers politiques et des journalistes. «La défense des accusés politiques a constitué jusqu'alors l'une des priorités du Cercle, et cela va continuer», a-t-elle déclaré. «Ce prix a mis une pression énorme sur mes épaules, mais je vais travailler encore plus dur», a-t-elle promis.

«Une déclaration de guerre contre le monde musulman et l’Iran islamique»

Face aux conservateurs qui la critiquent, elle a affirmé que le prix Nobel «était la reconnaissance par le monde de la lutte de la femme musulmane pour ses droits… Le monde a reconnu que l'islam n'est pas une religion de violence ni de terreur», a déclaré Shirin Ebadi, affirmant que si les femmes sont opprimées dans les pays musulmans, c’est à cause de la «culture patriarcale et non à cause de l’islam». Interrogé sur la question de savoir pourquoi elle ne portait pas le foulard islamique à Paris alors qu’elle le portait à Téhéran, elle a indiqué : «les lois iraniennes imposaient aux femmes de porter le voile islamique en territoire iranien et par respect de la loi, je porte le foulard en Iran».

Les réformateurs se sont fortement mobilisés en faveur de Shirin Ebadi, malgré la «gaffe» du président iranien Mohammad Khatami qui avait déclaré que le prix Nobel de la paix, contrairement aux prix scientifiques et littéraires, était «politique… et pas très important». La presse réformatrice fait l’éloge du prix Nobel depuis plusieurs jours. Même, Mohammad Reza Khatami, vice-président du parlement et frère du président Khatami, a félicité la lauréate pour son prix «l'un des plus prestigieux et des plus importants» qui soient.

Les conservateurs, eux, ont poursuivi leurs attaques, en durcissant le ton. «Ce prix est une déclaration de guerre contre le monde musulman et l’Iran islamique», écrivait mardi le quotidien ultra-conservateur Kayhan. Pour sa part, le quotidien Ressalat affirmait que les Européens voulaient faire pression sur l’Iran avec le prix Nobel. Sur un ton sarcastique, Mohammad Javad Laridjani, adjoint du chef de l'autorité judiciaire, a affirmé qu’«en tant qu'Iranien, je suis heureux que Shirin Ebadi ait gagné beaucoup d'argent», faisant allusion au 1,3 million de dollars accompagnant le Nobel.



par Siavosh  Ghazi

Article publié le 15/10/2003