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Politique française

Sarkozy adepte de la «discrimination positive»

Lors d’une émission de télévision, le ministre de l’Intérieur s’est prononcé en faveur de la mise en place de mesures de «discriminations positives» en faveur des Français issus de l’immigration. Selon Nicolas Sarkozy le modèle d’intégration «à la française» a échoué. M. Sarkozy a annoncé la nomination prochaine d’un haut fonctionnaire musulman.
Ce fut l’une des révélations de la soirée : le ministre de l’Intérieur est favorable à la «discrimination positive». Invité jeudi soir de l’émission «100 minutes pour convaincre», sur France 2, Nicolas Sarkozy, également en charge des cultes, a consacré une large part de son temps d’antenne à évoquer les problèmes de sécurité, de société et de religion. Trois thèmes étroitement liés à l’actualité nationale en raison des débats qui agitent l’opinion et les pouvoirs publics sur les problèmes de délinquance, d’immigration et de laïcité.

Selon M. Sarkozy, la France est en état d’échec en matière d’intégration de ses immigrés et cette situation est lourde de menaces pour la république et ses institutions, propice notamment au développement des réflexes communautaristes. «Quand l’Etat est fort, quand l’Etat mène une politique juste, quand il y a de l’équité, quand chacun se dit ‘moi aussi je peux tenter ma chance’, quand l’ascenseur social est pour tout le monde, on n’a pas besoin de se faire défendre par sa communauté», a-t-il notamment déclaré. Et «Il est des territoires qui ont tellement plus de handicaps que si on ne leur donne pas plus que les autres ils ne pourront pas s’en sortir», a expliqué le ministre.

C’est pourquoi, s’interrogeant sur la façon de déconnecter immigration et délinquance et sur la manière d’envoyer un signal encourageant en direction des Français d’origine étrangère, M. Sarkozy a déclaré croire à la discrimination positive, en référence au système mis en place aux Etats-Unis pour aider les minorités défavorisées, les Noirs en particulier. «Zinedine Zidane et le football, c’est formidable, mais ça ne suffit pas. Les musulmans de France sont capables aussi d’avoir des hauts fonctionnaires, des chercheurs, des médecins, des professeurs», a précisé le ministre qui a annoncé la nomination prochaine, «dans les semaines ou les mois à venir», d’un musulman à un poste de haut fonctionnaire.

Prétendant à la magistrature suprême

En relançant cette idée, Nicolas Sarkozy n’ignorait certainement pas qu’il exhumerait un débat complexe dans un pays tel que la France, qui ne reconnaît que le principe républicain d’égalité de tous ses citoyens. Les premières réactions sont d’ailleurs plutôt défavorables. Le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande récuse les termes et dénonce «une conception anglo-saxonne très libérale». L’ancien ministre socialiste de l’Intérieur Daniel Vaillant appelle à une «discrimination positive sur le plan social» tandis que le secrétaire national Malek Boutih évoque «un projet de communautarisme à la française».

On compte toutefois plusieurs précédents. La fonction publique a prévu des emplois réservés aux handicapés, des lois ont été votées pour préserver l’égalité (parité) entre les hommes et les femmes et le prestigieux Institut d’étude politique de Paris prévoit une dispense de concours d’entrée pour les candidats issus des milieux défavorisés. Cependant, compte tenu de la tradition française fondée sur l’égalité et le mérite, on imagine l’accueil qui pourrait être réservé à un haut fonctionnaire désigné dans ces conditions. Sans préjuger des recours qui pourraient être engagés devant les tribunaux compétents. Et de la montée en puissance des revendications d’autres minorités se sentant exclues.

Mais peut être le ministre, qui a confirmé jeudi soir ses ambitions présidentielles, ne voulait-il rien d’autre que provoquer un débat au centre duquel il s’est délibérément positionné. C’est une qualité qui lui est unanimement reconnue : le ministre de l’Intérieur, prétendant à la magistrature suprême, est un activiste de sa propre communication.



par Georges  Abou

Article publié le 21/11/2003