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Côte d''Ivoire

Les Forces nouvelles entre IB et Guillaume Soro

Les Forces nouvelles, ex-rébellion, annoncent leur retour à Abidjan au sein du gouvernement de réconciliation nationale. Tout le monde s’y attendait, autant les tractations autour de cette annonce ont révélé un jeu d’influence entre leaders du mouvement rebelle.
Les dirigeants des Forces nouvelles se sont réunis dans leur fief de Bouaké, le 22 décembre, pour officiellement prendre la décision du retour au gouvernement des ministres issus des rangs de la rébellion. Le temps pressait puisque le président de la République Laurent Gbagbo avait aussi annoncé son intention de se rendre à Bouaké avant la fin de l’année «pour proclamer la fin de la guerre». La réunion était donc hautement politique et impliquait directement l’avenir du mouvement politico-militaire engagé depuis le 19 septembre 2002. A la faveur de ces derniers événements, le mouvement rebelle voulait se «recadrer», par des rôles bien définis dévolus à chaque responsable. Il avait des places à prendre et à conforter.

Ce jeu de la clarification pendait au nez de Guillaume Soro, qui non seulement a goûté au pouvoir mais a aussi porté le mouvement rebelle vers une meilleure représentativité. L’image des rebelles maniant le verbe et les concepts politiques était au départ la mission dont Guillaume Soro avait la charge. Il a tant et si bien accompli sa mission qu’il a pris une vraie dimension politique, jouant avec beaucoup d’habileté pour protéger «le parrain» de toute cette affaire que même les soldats recrutés ne connaissaient pas. «Une belle machine» dont se félicitaient les chefs rebelles, qui n’ont pas pris en compte les facteurs de la distance et des actions inavouées qui vont au crédit de celui qui affiche au grand jour sa personne.

Ibrahim Coulibaly, alias «IB», soupçonné dès les premières heures du mouvement, le 19 septembre 2002, a clamé son innocence tout en se disant «sympathisant» des revendications exprimées par les rebelles. Au MPCI, dont il serait l’initiateur, on a préféré le cacher, parce que «officiellement IB était toujours poursuivi pour tentative de coup d’Etat» contre le régime du général Robert Guéi. Par ailleurs, exilé à Bamako et à Ouagadougou, et il semblait moins compromettant pour ses hôtes qu’il joue la carte de la discrétion. L’aspect ludique du maître insaisissable de tout ce remue-ménage en Côte d’Ivoire a aussi conforté Guillaume Soro dans sa position du chef incontournable du mouvement.

Rouler pour soi

Désormais invités à la table des négociations, les chefs rebelles ont acquis une certaine notoriété qui pouvait se passer des recommandations du chef de l’ombre. De Lomé à Paris en passant par Accra et Dakar, Guillaume Soro, le secrétaire général du MPCI était aussi le chef de délégation des rebelles. Au contact des milieux diplomatiques, le syndicaliste étudiant s’est fait fin politicien en s’éloignant de plus en plus des directives de l’arrière base. Partisan d’une manœuvre politique qui ramènerait Alassane Ouattara sur la scène politique, et dans les premiers rôles, il s’est heurté à la volonté de quelques cadres du mouvement qui ont affirmé leur volonté de «rouler pour eux-mêmes». Guillaume Soro et ses fidèles auraient aussi mis en avant le parcours scolaire limité du «chef charismatique IB». Le fossé se creuse entre les deux hommes, et l’avantage du terrain donne à Guillaume Soro une longueur d’avance sur IB.

L’épisode de l’arrestation de IB à Paris pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» et «recrutement de mercenaires» en août dernier, a accentué les clivages au sein des Forces nouvelles. IB se sentant de plus en plus marginalisé avait ouvertement laissé entendre qu’il rentrait en Côte d’ivoire à la faveur de la loi d’amnistie élaborée par le gouvernement d’union nationale dirigé par le Premier ministre Seydou Diarra, pour «reprendre les choses en main» ; c’est-à-dire prendre la direction effective du mouvement. Son arrestation a fait dire à ses sympathisants qu’il a fait les frais d’une collusion évidente entre divers intérêts : le réchauffement des relations entre le pouvoir d’Abidjan et Paris d’une part et le souhait de Guillaume Soro de voir IB loin du sol ivoirien pour avoir un meilleur contrôle du terrain.

A la libération sous caution de IB, la plupart de ses avocats, emmenés par Antoine Comte, lui ont proposé une ligne de défense sans équivoque : «revendiquer publiquement un rôle politique au sein des Forces nouvelles qui oeuvrent pour l’application intégrale des accords de Marcoussis». C’est aussi pourquoi IB revendique de plus en plus fort la paternité du mouvement, de même qu’il regrette en privé «une certaine dérive» dans le mouvement qui conduit de nombreux chefs de guerre de la rébellion à «devenir des affairistes». Mais avant d’exercer une véritable reprise en main, le chef historique du mouvement doit reconquérir sa place d’autorité supérieure en prenant à Paris des initiatives politiques. C’est le sens de son «ordre» aux ministres des Forces nouvelles de retourner à Abidjan pour prendre part à nouveau au Conseil des ministres.

Ecouter également :
Le choix de RFI du 24/12/2003.



par Didier  Samson

Article publié le 23/12/2003 Dernière mise à jour le 22/12/2003 à 23:00 TU