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Economie africaine

Coton : de Cancun à Genève, toujours les mêmes difficultés

Depuis l’échec de la conférence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à Cancun en septembre dernier, les questions liées à la production et à la commercialisation du coton n’ont guère bougé. Des initiatives se multiplient et les pays concernés se regroupent en bloc pour mieux faire entendre leur différence. Les pays émergents (Afrique du Sud, Brésil, Mexique, Chine, etc.) ont constitué le G21, alors que les pays en développement, pays africains et «pays moins avancés», se sont regroupés au sein du G90. Européens et Américains aussi se concertent dans leur cadre respectif, mais avant la réunion de l’OMC, le 15 décembre, les différentes positions ne semblent guère évoluer.
L’intransigeance des pays africains qui réclamaient la suppression des subventions européennes et américaines à leurs producteurs de coton, avait fait échouer la conférence ministérielle de l’OMC en septembre dernier à Cancun (Mexique). Depuis, des initiatives de part et d’autre se manifestent mais sans résultats probants. En revanche, les quatre pays africains concernés par «l’initiative coton», le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad ont indiqué leur disposition à tenir compte de certaines réactions des pays tiers pour faciliter une reprise des négociations. Globalement les positions africaines sont résumées dans les propositions de l’Union africaine (UA) qui engagerait les pays signataires sur la voie de «l’élimination des subventions à l’exportation en 3 ans et le retrait des subventions à la production en 4 ans, à compter de 2005».

Mais les quatre pays africains à l’origine de «l’initiative coton» ne se font guère d’illusion sur la prise en compte de leurs revendications. Le front uni dont ils se réclament n’a pas explosé, mais individuellement ils prennent des initiatives pour parer à toute éventualité. Le Burkina Faso vient d’annoncer la création d’un organisme de «suivi et d’alerte pour prévenir les risques éventuels de dérapage» liés à la libéralisation de la filière du Coton. En prenant les devants, le gouvernement burkinabé a annoncé la privatisation prochaine d’une zone de récolte représentant environ 20% de la production nationale. La production totale de ce pays devrait atteindre cette année 500 000 tonnes. Elle fait vivre environ 4 millions de personnes et représente plus de 60% des recettes du Burkina Faso.

«Je voudrais assurer les producteurs de coton que nous poursuivrons inlassablement notre lutte contre les subventions illégales, iniques, en faveur de la concurrence cotonnière américaine et européenne», a déclaré le président burkinabè Blaise Compaoré lors d’un message à la nation pour la commémoration du 43ème anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso. Selon Ouagadougou, ces subventions représenteraient un manque à gagner de 53 milliards de francs CFA. Selon les mêmes sources, les subventions des Européens et des Américains à leurs producteurs engendrent «plus d’un milliard de dollars» de pertes de recette.

«La preuve par le coton»

Amadou Toumani Touré, le président du Mali de passage à Genève le 9 décembre dernier, a demandé à nouveau «des compensations pour le manque à gagner causé aux producteurs de coton africains» par les subventions des pays industrialisés à leurs producteurs. Par ailleurs, l’ancienne ministre malienne Aminata Traoré a annoncé la tenue prochaine à Bamako d’un forum social sur les problèmes de coton. Dénommé «la fibre africaine», ce forum devrait se tenir du 5 au 9 janvier prochain à Bamako. Par ce forum elle entend apporter la «preuve par le coton» des conséquences «désastreuses» pour l’Afrique de la mondialisation.

La France, quant à elle, a pris la tête d’une initiative européenne en faisant des propositions de sortie de crise. Cette initiative française prévoit une correction des subventions des pays riches. Par un mécanisme, la part des dépenses consacrées au coton devrait être affectée «à des mesures de soutien aux producteurs». Une aide directe aux revenus est suggérée à hauteur de 60% pour les producteurs grecs, espagnols et portugais, alors que les 40% restant seraient affectés à la production par hectare de coton. Aussi, des sommes pourraient être versées en faveur du «développement rural des zones productrices». Par ailleurs, le projet prévoit de consolider les filières africaines par une incitation à la transformation industrielle du coton à des niveaux régionaux Ce plan prévoit également la création d’un fonds d’assurance régional privé pour garantir un revenu minimum aux producteurs. Ces fonds existent déjà, financés par l’Union européenne et les Etats-Unis, mais la nouveauté serait de confier ce fonds au secteur privé.

Pour les Américains rien n’a vraiment changé depuis le sommet de Cancun en septembre dernier. Il est aussi vrai que tous les pourfendeurs des subventions des pays riches ne sont pas tous d’accord sur une même démarche. Faut-il inclure les négociations sur le coton dans un ensemble de discussions sur les subventions agricoles, ou faut-il sectoriser et aborder la question du coton de manière spécifique? Les Etats-Unis profitent de ce débat pour refuser d’aborder les problèmes de déséquilibre et de pauvreté liés à la politique des subventions. Face aux multiples prises de positions et propositions de conduite des négociations, nombreux sont les techniciens des différents pays qui pensent qu’il serait sage d’ajourner la réunion du 15 décembre.



par Didier  Samson

Article publié le 13/12/2003