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Côte d''Ivoire

Triple conseil des ministres

Ce mardi, Laurent Gbagbo a présidé le premier de trois conseils des ministres successifs qui doivent permettre de rattraper (les 6, 7 et 8 janvier) une partie du temps perdu pendant le boycott du gouvernement décidé par les Forces nouvelles en septembre dernier. Ce matin, cinq ministres Forces nouvelles (sur huit) étaient au rendez-vous d’Abidjan, la capitale politique. Les absents, parmi lesquels le secrétaire général de l’ancienne rébellion, également ministre de la Communication, Guillaume Soro, annoncent leur retour effectif au gouvernement «probablement» mercredi, selon le porte-parole du mouvement. Parallèlement, la capitale administrative, Yamoussoukro, accueille du 7 au 9 janvier un «séminaire technique», consacré au programme de désarmement-démobilisation-réintégration (DDR) des anciens belligérants, qui réunit leurs états-majors et celui des forces franco-africaines. Des soldats français ont par ailleurs commencé à se déployer à Korhogo, au nord du pays.
Une quinzaine de projets de loi est au programme de cette volée de conseils des ministres qui marque le retour au gouvernement des Forces nouvelles(FN), trois mois après avoir suspendu leur participation en accusant notamment le président Gbagbo de conserver des prérogatives de l’exécutif promises au Premier ministre Seydou Diarra par la procédure de réconciliation nationale conclue à Marcoussis. La polémique réglée à la mi-décembre par un texte présidentiel explicite et les pressions internationales aidant, les Forces nouvelles ont levé leur mot d’ordre de boycott le 23 décembre dernier. En les attendant, le conseil des ministres a poursuivi son travail sur les sujets sensibles de la crise ivoirienne, en particulier concernant le code de nationalité, les conditions d’éligibilité à la magistrature suprême ou le code foncier rural qui régit notamment le droit de propriété des terres agricoles. Pour sa part, le président Gbagbo propose d’élargir le cercle des adhésions à ces projets de lois adoptés par le gouvernement de réconciliation nationale, en les soumettant à référendum, ce qui est l’occasion pour les FN d’enfourcher un nouveau cheval de bataille, en exigeant qu’ils soient présentés devant l’Assemblée nationale dont les députés – à l’instar des ministres – sont issus des «partis politiques signataires de l’accord de Marcoussis».

Forces françaises à Korhogo

Retard diplomatique avec petites ou grandes arrières-pensées ? L’absence de Guillaume Soro au conseil des ministres de ce mardi ne l’a pas empêché de donner de la voix : le «moment venu, nous exigerons encore que soient respectés à la lettre tous les accords», promet-il. En attendant, à Yamoussoukro, militaires Forces nouvelles et Fanci (Forces armées nationales de Côte d’Ivoire) tentent de s’entendre sur un calendrier de DDR, sous l’égide des forces «impartiales» françaises et ouest-africaines et avec le concours des bailleurs de fonds internationaux, européens ou bilatéraux (France, Belgique ou Chine) représentés au séminaire de trois jours qui doit se conclure le 9 janvier par «un accord commun sur le déroulement et le programme des opérations», précise la commission nationale chargée du DDR. Depuis décembre, les anciens belligérants sont censés avoir démantelé la majorité de leurs barrages et rassemblé leurs armements dans leurs zones respectives. Mais il s’agissait alors de donner des gages de bonne volonté et non point de répondre à des mesures contraignantes. Il en va tout autre du «regroupement des forces en présence puis de leur désarmement» qui est aujourd’hui au menu du gouvernement de réconciliation nationale.

Entre Noël et la Saint Sylvestre, les deux parties ont aussi accepté le déploiement dans le Nord ivoirien des forces impartiales qui sont déjà chargées dans le reste du pays de la surveillance de la zone tampon démilitarisée entre les deux camps (baptisée zone de confiance en Côte d’Ivoire). Depuis le 31 décembre, un nombre non communiqué de soldats de l’opération française Licorne a commencé à rejoindre la nordiste Korhogo. Le mouvement doit «monter en puissance progressivement» d’ici fin janvier dans d’autres villes sous contrôle Forces nouvelles, aux frontières nord du pays, explique le porte-parole des troupes françaises, le lieutenant-colonel Georges Peillon. L’objectif est de rétablir la libre circulation entre le Sud et le Nord où le ministre de l’Education bat le rappel d’une administration scolaire minimale dès cette semaine pour préparer l’organisation des examens, en vue d’une rentrée scolaire «progressive» à partir du 3 février prochain. 300 000 élèves pourraient alors reprendre le chemin d’établissements fermés pour la plupart depuis quinze mois. Pour sa part, le président Gbagbo a déjà réaffirmé sa volonté de tester lui-même la restauration de la liberté de circulation sur l’ensemble du territoire national, en se rendant à Bouaké. En attendant, il espère mettre les bouchées triples à Abidjan, où il préside les conseils des ministres.



par Monique  Mas

Article publié le 06/01/2004