Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Cameroun

Pas de présidentielle pour le Cardinal

Le Cardinal Christian Tumi a annoncé clairement qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle prévue cette année. Dans les cercles du pouvoir, un sentiment de soulagement a semblé accompagner cette déclaration, notamment chez ceux qui redoutaient que l’Archevêque de Douala affronte Paul Biya à cette échéance. Parmi l’opposition, en revanche, cette annonce oblige ceux qui avaient parié sur lui comme candidat unique à réviser leurs stratégies.
De notre correspondant à Yaoundé

«Ceux qui affirment que je serai candidat sont des hommes et des femmes qui ne me connaissent pas. Je ne suis pas candidat à l'élection présidentielle et je ne le serai jamais». En deux phrases, le Cardinal Christian Tumi a définitivement mis fin aux rumeurs et supputations qui allaient bon train sur son éventuelle candidature à l’élection présidentielle prévue en 2004. Les propos du prélat ont abondamment été repris par les médias d’Etat. On avait fini par oublier que l’Archevêque de Douala s’était déjà fait une religion à propos de la candidature qu’on lui prêtait à l’élection attendue au courant de cette année. «En tant que citoyen camerounais, j’ai le droit comme les autres Camerounais de me présenter, si je le souhaite, à une élection. Mais mon statut d’homme d’Eglise ne me le permet pas», avait-il déjà fait savoir.

Précisions manifestement insuffisantes pour certains au sein du régime, qui croyaient que le Cardinal Tumi, 73 ans, anticiperait sa demande de mise à la retraite qui doit, selon les usages, être adressée à Rome à 75 ans, et serait dès lors le candidat de l’opposition. Au point que les péripéties récentes qui ont marqué le fonctionnement de radio Véritas, la radio de l’archidiocèse de Douala, ont entraîné bien des supputations. Ouverte officiellement pour une période d’essai selon ses responsables, cette radio a été momentanée fermée suite à une décision du gouvernement qui reprochait à ses promoteurs le non-respectt de la loi. Radio Véritas a obtenu finalement, il y a quelques jours, une autorisation du ministère de la Communication, suivant les instructions de la présidence de la République. Ce qui a pu relativiser l’hypothèse selon laquelle il s’agissait de manœuvres du pouvoir visant à ôter au Cardinal Tumi un moyen d’expression supplémentaire.

Dans ces conditions, les observateurs voient en la confirmation de la non-candidature du Cardinal Tumi un réel motif de soulagement pour le régime. Lequel est déjà prêt pour l’échéance présidentielle. A travers son message du 31 décembre dernier, le président de la République Paul Biya est résolument apparu dans une posture de candidat à sa propre succession, invitant ses compatriotes à se préparer à cette «année qui devrait être celle de choix qui engageront l’avenir de notre pays».

A la recherche d’un candidat unique

Elu en octobre 1997, sur la base d’un programme de lutte contre la pauvreté, Paul Biya sait quels bénéfices il pourrait tirer de l’achèvement de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés. Une opportunité de réduction du stock de la dette du pays, et des ressources additionnelles de l’ordre de 1 400 milliards de Fcfa, sur une vingtaine d’années, qui serviraient à financer les projets dans les secteurs de l’éducation, la santé, les infrastructures.. Et cela, si le pays remplit satisfait aux conditionnalités sous-tendues par des réformes institutionnelles et économiques, posées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. De l’avis de tous cependant, rien n’est acquis. Premier à avoir revu son optimisme à la baisse : Paul Biya lui-même. Après des pronostics enthousiastes, annonçant cette échéance pour avril 2004, le président de la République en est déjà à évoquer sa réalisation «dès que possible».

En attendant, l’annonce du Cardinal Tumi risque d’obliger les forces se réclamant de l’opposition à une révision de leurs stratégies. Beaucoup, chez les adversaires de Paul Biya, espéraient que le prélat serait le candidat unique de l’opposition, face au Paul Biya. Ceux là misaient sur l’image d’homme au-dessus des chapelles politiques, de figure de consensus au sein des forces du changement, susceptible de conduire une transition de trois années période durant laquelle de nouvelles institutions seraient mises en place, pour favoriser des élections libres et transparentes.

Le Front des forces alternatives de Jean Jacques Ekindi, René Eteki, Victorin Hameni Bieleu et la dynamique construite autour de John Fru Ndi, Adamaou Ndam Njoya, Antar Gassagay, Marcel Yondo, pourraient étudier les modalités d’une éventuelle stratégie commune. On annonce l’élargissement de ces pôles à d’autres formations politiques. Si cette étape venait à être franchie, il resterait malgré tout à désigner le candidat unique.



par Valentin  Zinga

Article publié le 10/01/2004