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Haïti

Aristide a quitté le pouvoir

Le président Jean-Bertrand Aristide est finalement parti d’Haïti, dimanche 29 février, sous la pression de l’opposition armée et de la communauté internationale. Conformément à la constitution, l’intérim de la présidence est assuré par Boniface Alexandre, le président de la Cour de cassation. A l’annonce du départ d’Aristide, des violences ont éclaté à Port-au-Prince. L'opposition appelle au calme et accepte le plan élaboré par la communauté internationale qui prévoit notamment l'envoi d'une force de paix. Pour sa part, le chef des forces rebelles, Guy Philippe, s’est déclaré prêt à déposer les armes et souhaite l’arrivée en Haïti d'une force internationale le plus rapidement possible.
Contrairement à ce qu’il affirmait ces derniers jours, le président haïtien s’est finalement résolu à abandonner le pouvoir. Confronté à une insurrection armée aux portes de la capitale et à une forte pression de la communauté internationale, Jean-Bertrand Aristide a quitté le pays dimanche 29 février au matin. L'information a été confirmée de source diplomatique américaine et française, mais on ignore encore quelle devrait être sa destination finale. Parmi les pays évoqués, figurent Panama, Taiwan ou encore l’Afrique du Sud. L’ancien président aurait finalement accepté de démissionner pour «éviter un bain de sang», si l’on en croit les déclarations du Premier ministre haïtien, Yvon Neptune, au domicile duquel, Boniface Alexandre, le président de la Cour de cassation a prêté serment comme président par intérim, conformément à la constitution.

Reste que le départ du chef d'Etat n’a pas mis fin aux violences. La capitale haïtienne a encore été le théâtre de fusillades, de pillages et de démonstrations de force des miliciens fidèles à Aristide. De son coté, l'opposition appelle au calme et accepte le plan de règlement établi par la communauté internationale, prévoyant entre autre l'envoi d'une force de sécurité. Evans Paul, un des dirigeants de l'opposition, s'est adressé directement aux partisans armés de l'ancien dirigeant, les «Chimères» pour leur demander de déposer les armes.

Une aide humanitaire d’urgence

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin actuellement en tournée en Asie, a également appelé à la fin des combats en Haïti: «Il faut maintenant que les combats cessent. La France appelle toutes les forces politiques de Haïti qui veulent le retour à la paix et qui refusent la violence à se rassembler», a déclaré Dominique Villepin à son arrivée au Japon. Le chef de la diplomatie française a également appelé à «la mise en place d'une aide humanitaire d'urgence» et à «la réconciliation nationale». Pour sa part, le chef des forces rebelles, Guy Philippe, s’est déclaré prêt à déposer les armes et souhaite l’arrivée d'une force internationale le plus rapidement possible.

La France avait été le premier pays à demander la démission du président haïtien dont elle a pointé du doigt la responsabilité dans la crise qui secoue le pays. Ces dernières heures, Washington était sorti de sa réserve. Dans un communiqué très critique publié samedi 28 février au soir, la Maison Blanche avait également accusé directement Jean-Bertrand Aristide, de porter une grande responsabilité dans la crise actuelle en affirmant que «ces derniers jours des bandes armées et dirigées par le président Aristide ont pillé des biens et attaqué des personnes dans la capitale».

Aux Etats-Unis, un haut-responsable américain s’est félicité du départ d'Aristide, des Américains qui ont pourtant longtemps soutenu le régime du président contesté. En effet, Aristide, ancien prêtre catholique, avait pris ses fonctions en 1991 mais avait été chassé du pouvoir par un coup d'Etat quelques mois plus tard. Il avait été rétabli par une intervention armée américaine en 1994, puis réélu en 2000 pour un second mandat qu'il comptait bien exercer jusqu'à son terme, en 2006.

Les autorités américaines qui veulent par par ailleurs empêcher une fuite massive d’Haïtiens en direction de leur territoire, ont commencé ces derniers jours à rapatrier plus de cinq cent candidats à l’exil qui tentaient de rejoindre la Floride. Selon un responsable du Pentagone, un contingent d'environ cinq cent Marines américains seraient prêts à partir dès dimanche pour Haïti. Ce détachement aurait pour première mission d'aider les garde-côtes américains à empêcher des réfugiés haïtiens de gagner les Etats-Unis et ne ferait pas partie d'une force internationale.

Lire également:

Le portrait de Jean-Bernard Aristide, par Franck Weil-Rabaud.

Ecouter également:

L'historien Leslie Manigat, ancien président de la République haïtienne et chef du mouvement d'opposition, le «Rassemblement des démocrates nationaux progressistes», qui est en visite de travail aux Etats-Unis et répond aux questions de Noëlle Velly.

Lilas Desquiron, ancienne ministre de la Culture et de la Communication du gouvernement de Jean-Bertrand Aristide, au micro de Pierre Ganz.



par Myriam  Berber (avec AFP)

Article publié le 29/02/2004