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Irak

Bush tente de revitaliser son opinion

Avec 47% d’opinions favorables et 40% si la question porte sur sa politique irakienne, selon le dernier sondage <I>Washington Post-ABC</I>, la cote de popularité du président Bush est au plus bas. 

		AFP
Avec 47% d’opinions favorables et 40% si la question porte sur sa politique irakienne, selon le dernier sondage Washington Post-ABC, la cote de popularité du président Bush est au plus bas.
AFP
En chute dans les sondages, miné par sa politique étrangère, le président Bush a tenté de convaincre son opinion du bien-fondé de l’occupation américaine de l’Irak. Alors qu’il tente d’obtenir le soutien de l’ONU, il a développé 5 étapes pour sortir de la nasse irakienne. Sans convaincre.

De notre correspondant à New York.

Si le président Bush s’attendait à produire un électrochoc dans l’opinion, il en sera pour ses frais. En un peu plus d’une demi-heure de discours à la nation, il n’est pas parvenu à insuffler du renouveau dans une politique irakienne embourbée. Sa cote de popularité est au plus bas: 47% d’opinions favorables selon le dernier sondage Washington Post-ABC, 40% si la question porte sur sa politique irakienne. Le président américain n’a offert ni une date de retrait pour les troupes américaines, ni un exposé détaillé du transfert de souveraineté. La seule véritable annonce est son intention de faire raser la prison d’Abou Ghraib, dont il a eu le plus grand mal à prononcer le nom. Ce lieu «est devenu un symbole de la conduite scandaleuse d’un petit nombre de soldats américains qui ont déshonoré notre pays et méprisé nos valeurs», a-t-il affirmé. Symbole de la torture de Saddam Hussein devenu un symbole d’infamie pour les troupes américaines qui y ont humilié des détenus irakiens, la centrale sera détruite dès qu’elle aura été remplacée par une nouvelle prison de haute sécurité. Ce fut la seule mention par le Président du scandale qui menace les plus hauts échelons du Pentagone.

Devant l’académie militaire de Carlisle, en Pennsylvanie, George Bush s’est attaché à faire de l’Irak la «ligne de front de la guerre contre la terreur». Selon lui, «un Irak libre privera les terroristes d’une base d’opération» et sera «un revers pour le terrorisme au coeur de son pouvoir». A plusieurs reprises, il a toutefois prévenu que les terroristes allaient probablement devenir plus actifs avant et après le transfert de souveraineté aux Irakiens le 30 juin prochain. «Des jours difficiles nous attendent, et le chemin pourrait parfois sembler chaotique», a-t-il prévenu. Il a ensuite développé cinq étapes clés de sa politique irakienne. La première concerne le transfert de souveraineté aux Irakiens qui marquera selon lui la «fin de l’occupation». Le gouvernement qui sera choisi par l’envoyé de Kofi Annan, Lakhdar Brahimi, deviendra «pleinement souverain» a-t-il affirmé, même si des «experts techniques» de la coalition travailleront à ses côtés.

La deuxième étape sera d’aider les Irakiens à établir un environnement sûr et stable. Pour cela, il a annoncé que le niveau des forces américaines resterait à 138 000 hommes, au lieu des 115 000 prévus, forçant 20 000 soldats américains à repousser leur départ – ce qui ne devrait pas arranger le moral des troupes. L’armée américaine formera mieux et plus vite les forces de sécurité irakiennes, peu performantes pour l’instant, a-t-il admis. La troisième étape englobe la reconstruction des infrastructures du pays, pour revitaliser l’économie. Beaucoup d’Etats ont renoncé à faire payer à l’Irak ses dettes, a-t-il souligné, et le pays libéralise son économie et s’ouvre aux investissements étrangers.

Souveraineté irakienne limitée

La quatrième et la cinquième étape ont pour objectif de rallier le soutien de la communauté internationale et d’organiser des élections démocratiques. Pour cela, les Etats-Unis ont déposé hier au Conseil de sécurité une résolution censée accompagner la transition politique. Washington demande au Conseil d’endosser le gouvernement irakien, transitoire et souverain, qui prendra le relais après le 30 juin, mais dont on ignore encore la composition. A cette date, l’administration de Paul Bremer disparaîtra. Ce gouvernement nommé cèdera sa place après les élections prévues avant la fin de cette année, et au 31 janvier 2005 au plus tard. Elles permettront aux Irakiens d’élire une assemblée nationale transitoire, qui choisira à son tour un gouvernement intérimaire et rédigera un projet de constitution qui sera soumis à référendum à l’automne, dans l’attente d’élections définitives, cette fois à la fin de l’année 2005. «Ce ne sera pas facile» a toutefois prévenu le président Bush.

Le projet de résolution renouvelle aussi l’autorisation d’une force multinationale, théorique pour l’instant dans la mesure où les nouveaux candidats ne se bousculent pas. Au sein de cette force, une entité distincte serait créée, avec pour seule mission de protéger le retour de l’ONU en Irak. Car selon ce projet, l’organisation est appelée à jouer un rôle politique d’assistance et de conseil,notamment pour organiser les élections. L’embargo sur les armes qui pèse sur l’Irak serait en partie levé, pour le bénéfice des forces de sécurité, et le gouvernement transitoire irakien récupèrerait l’argent du pétrole, mais sous le contrôle d’un organe de surveillance.

Le Conseil de sécurité se veut constructif, mais il a accueilli le projet américain avec un esprit critique. Les difficultés portent sur trois points. D’abord, Washington demande au Conseil d’endosser un gouvernement dont on ignore encore la composition et la résonance dans la société irakienne. Pour plusieurs pays du Conseil, cela revient à signer un chèque en blanc. Ensuite, la résolution américaine ne détaille les relations entre les forces de la coalition et le gouvernement transitoire irakien. Qui aura autorité sur la police et l’armée irakienne? Le nouveau gouvernement aura-t-il son mot à dire sur les opérations militaires qui seront menées sur son sol? Ces questions sont importantes, car sans contrôle de la sécurité, la souveraineté du gouvernement irakien serait limitée. Beaucoup de pays estiment enfin qu’il faut mettre une date limite à la présence des troupes américano-britanniques en Irak. A partir de cette échéance, il reviendrait au gouvernement irakien élu par le peuple de décider du retrait ou non des forces de la coalition. Tous ces problèmes tournent autour d’une même idée: s’assurer que le transfert de souveraineté aux irakiens n’est pas simplement une opération symbolique,faite pour rassurer l’opinion publique. Les Américains et leur président ont donc encore beaucoup à faire pour convaincre la communauté internationale de se rallier à leur projet.



par Philippe  Bolopion

Article publié le 25/05/2004 Dernière mise à jour le 25/05/2004 à 06:50 TU

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Michel Barnier

Ministre français des Affaires étrangères

«Après le 1er juillet, la stabilité et la sécurité d'Irak exigent une présence militaire internationale.»

[25/05/2004]

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