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Patrimoine

Le Grand Rex, fils de la Belle époque

Le programme «Les étoiles du Rex» permet de découvrir ce qui se passe derrière l'écran. 

		(Photo : Le Grand Rex)
Le programme «Les étoiles du Rex» permet de découvrir ce qui se passe derrière l'écran.
(Photo : Le Grand Rex)
Depuis le début du mois de juillet, au même titre que l’Arc -de -Triomphe ou la Tour Eiffel, il est désormais possible de visiter le cinéma Grand Rex, en deux étapes. Au programme «les Etoiles du Rex», proposé toute l’année depuis 1997, s’ajoute depuis peu une visite découverte pour aller plus loin dans l’univers magique du cinéma. Un million deux cent cinquante mille fidèles se pressent chaque année au Grand Rex, sans pour autant connaître l’histoire de cette salle de cinéma mythique, inaugurée dans l’euphorie des années 30. Pourtant, ce temple du cinéma est un monument à caractère d’exception qui a bien mérité d’être inscrit à l’inventaire des Monuments historiques en 1981 par le ministre de la Culture, Jack Lang.
L'intérieur d'une des salle du Grand Rex. 

		(Photo : Le Grand Rex)
L'intérieur d'une des salle du Grand Rex.
(Photo : Le Grand Rex)
Tous les dimanches en juillet et en août, seulement les premiers dimanches du mois à partir de septembre, et le reste du temps sur rendez-vous, il est possible de suivre une visite guidée au Grand Rex. Anthony Zaccardo, passionné et passionnant, invite à une exploration inédite de l’architecture et des coulisses de ce géant, surgi de l’imagination d’un visionnaire, Jacques Haïck, l’ancien propriétaire de l’Olympia. Jacques Haïck avait les moyens financiers de réaliser ses folles ambitions quand, en 1932, il créa le Grand Rex, l’un des éléments phares des Grands Boulevards de Paris.  Non loin de l’Opéra, des théâtres de la porte Saint-Denis et de la porte Saint-Martin, les Grands Boulevards qui s’étirent entre République et Madeleine comptaient pas moins d’une centaine de salles de cinéma à la Belle Epoque: c’est dans cet environnement qu’a surgi le plus grand cinéma d’Europe, aujourd’hui seul rescapé à être encore en activité.

Riche producteur de cinéma et distributeur de films, Jacques Haïk confie alors la surveillance des travaux à l’architecte Auguste Bluysens: on doit à ce dernier la façade Art déco, décriée à l’époque, car son côté rectiligne venait heurter les façades du ‘Paris haussmannien’, et faisait penser à un fort militaire pour les contemporains. Les décorations intérieures, quant à elles, sont dues à Maurice Dufrêne, un décorateur qui contribua largement à la popularisation de l’Art déco, notamment par le biais des Galeries Lafayette dont il dirigea la maîtrise d’oeuvre, célèbre aussi pour ses nombreuses décorations de paquebot dans les années 20. Il habille alors le Grand Rex de vasques gigantesques, d’appliques à pampilles (aujourd’hui, hélas, guère rutilantes, tristement abandonnées sous la poussière !), d’un bar en miroiterie taillée, et il  tend sur les murs de grandes fresques de peinture.

Une Ouvreuse en 1947. 

		(Photo : Le Grand Rex)
Une Ouvreuse en 1947.
(Photo : Le Grand Rex)
Dans le hall, face au grand escalier rouge, dont les rampes gagneraient à être un peu astiquées, une toile rend hommage aux forains, car ils furent les premiers à soutenir le cinéma de Georges Méliès et à contribuer à son succès. Au deuxième étage, tout autour du premier escalator inauguré en 1957 par Gary Cooper et Mylène Demongeot, les murs racontent l’histoire de la Mère Michelle qui a perdu son chat, une bretonne immigrée dans les faubourgs parisiens. La Seine y est matérialisée par un miroir qui serpente sur la toile, mélange typiquement Art déco des matériaux. Remarquant d’ailleurs avec effroi des affichettes placardées sur cette œuvre d’art, pour indiquer des numéros de places de concert, on ne peut que crier au sacrilège, et déplorer que la fresque ait échappé à l’inventaire des pièces classées, ce qui la mettrait à l’abri des outrages et des dégradations !
Le Grand Rex en construction. Il est inauguré dans la nuit du 8 décembre 1932. 

		(Photo : Le Grand Rex)
Le Grand Rex en construction. Il est inauguré dans la nuit du 8 décembre 1932.
(Photo : Le Grand Rex)

«Un éclat d’Hollywood est tombé sur Paris»

L’ingénieur américain, John Eberson, spécialiste des salles atmosphériques (ndlr: salles fermées qui créent l’illusion d’être en extérieur), conçoit l’intérieur de la salle aux dimensions gigantesques. Quand, le 8 décembre 1932, le Grand Rex ouvre ses portes, «c’est l’Orient légendaire, Venise et Tolède à la fois» qui éblouissent 3 300 spectateurs. «Un éclat d’Hollywood est tombé sur Paris» titre Paris-Soir le lendemain de l’inauguration. La scène est délimitée par une grande arche, réplique de celle de la Radio city de New York, et tout autour dans la salle, ce sont des palmiers, minarets, colonnades antiques, haciendas espagnoles, palais vénitiens, balcons croulant sous les géraniums et les glycines, statuaires grecques, Diane chasseresse au balcon, branches d’oliviers peintes sur les murs qui invitent au voyage en  méditerranée. Mais ce qui crée le plus grand effet de surprise, c’est la voûte étoilée, bleue nuit, dont la légende veut qu’elle compte autant d’étoiles que de stars du cinéma. Tout le décor est resté en l’état depuis 1932.

Outre l’histoire relative à la construction du bâtiment, on apprend également comment il a traversé l’histoire, car le Grand Rex  est un lieu de mémoire. Il est le témoin d’une époque qui, dans les années 30, découvre la modernité et le confort. L’air y est renouvelé 50 fois par jour, c’est la première climatisation d’une salle fermée. Parmi les prestations de service mises en place, on peut citer: un ascenseur avec liftier, un chenil, une infirmerie, une nursery, un salon de coiffure, et même un poste de police permanent pour maîtriser les trouble-fêtes qui, en ces périodes d’après-guerre, pouvaient avoir l’idée de visiter un lieu fréquenté par une population aisée.

Pendant la Seconde guerre mondiale les Allemands réquisitionnent la salle. La Kommandantur transforme le Rex en «Soldaten-Kino». 

		(Photo : Le Grand Rex)
Pendant la Seconde guerre mondiale les Allemands réquisitionnent la salle. La Kommandantur transforme le Rex en «Soldaten-Kino».
(Photo : Le Grand Rex)
En 1935, l’empire de Jacques Haïck connaît des revers de fortune, il doit alors se défaire de son rêve qu’il cède à la Gaumont qui le revendra, quelques années plus tard à Jean Hellemann, Alan Byre, et Laudy Lawrence. Puis la France entre en guerre et le Grand Rex est réquisitionné par les Allemands, lesquels transforment alors la salle en soldatenkino (le cinéma des soldats), où sont diffusés des films de propagande. A la Libération, le cinéma sert de centre d’accueil aux prisonniers de guerre rapatriés.

Dans les années 50, la salle retrouve les fastes et les délires de ses premières heures. Les programmes sont conçus en deux parties. Dans un premier temps, ouverture musicale avec un orchestre philharmonique qui compte quelque 60 musiciens, puis 36 danseuses, les Rexgirls, occupent la scène. Après l’entracte, les effets de scène se déchaînent: cascades d’eau, volcans en éruption, éléphanteau sur le plateau, 2 500 jets d’eau de 20 mètres de haut propulsant 3 000 litres d’eau offrent 500 effets combinables au rythme de la musique, nageuses et hommes grenouilles évoluent dans le «miroir de Neptune». Bref, tout est gigantesque et spectaculaire au Grand Rex. Chaque année aux moments des fêtes de Noël, on peut d’ailleurs encore assister à ces Féeries des eaux. En 1953, le Grand Rex est la première salle en France à projeter en cinémascope. On tourne les pages, et l’on reste dans la démesure: au Grand Rex, le plus grand écran d’Europe propose, en 1988, sur un écran de 300 mètres carrés, le film le Grand Bleu (de Luc Besson), qui remplit les salles pendant 3 ans !

Côté coulisses, on n’en finit pas d’être surpris: autant d’effets spéciaux abritent une machinerie qui dépasse l’entendement du spectateur happé par la rêverie. En visitant les coulisses, on a soudain le privilège d’être initié à la magie. Ni cassé, ni défloré, le rêve est enrichi par les anecdotes dont fourmille le conférencier; la curiosité est assouvie par le programme couplé des Etoiles du Rex, qui outre son aspect ludique et interactif, sensibilise aux techniques du cinéma, et permet de découvrir ce qui se passe derrière l’écran, au-dessus de la voûte étoilée, sous les combles, et dans la salle du projectionniste. Tout n’est pas dit pour autant, et ce bâtiment né dans l’euphorie des années trente, qui a traversé sans encombres les heures les plus sombres de l’histoire, continue de réjouir aujourd’hui les cinéphiles: aux 3 300 places existantes dans la grande salle s’ajoutent les 900 places des salles aménagées dans les sous-sols, là où se trouvaient les loges et les salles de répétition.


par Dominique  Raizon

Article publié le 21/07/2004 Dernière mise à jour le 21/07/2004 à 10:09 TU