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Nations unies

La guerre en Irak «illégale» pour Kofi Annan

Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan a qualifié d'«<EM>illégale</EM>» la guerre lancée par les Etats-Unis en Irak.  

		(Photo: AFP)
Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan a qualifié d'«illégale» la guerre lancée par les Etats-Unis en Irak.
(Photo: AFP)
Près d’un an et demi après la chute du régime de Saddam Hussein et alors que la situation sécuritaire en Irak confine au chaos, le secrétaire général des Nations unies a réaffirmé que la guerre menée contre ce pays était «illégale» au regard de la Charte de l’organisation internationale. Quelques jours avant le lancement de l’offensive américano-britannique, Kofi Annan avait déjà mis en garde Washington et Londres, soulignant qu’une guerre sans l’appui de l’ONU serait illégitime.

Le secrétaire général des Nations unies n’a eu aucune hésitation face au journaliste de la BBC qui lui demandait s’il jugeait l’entrée en guerre contre l’Irak illégale. «Oui, si vous voulez. J’ai signalé qu’elle n’était pas conforme à la Charte de l’ONU de notre point de vue et qu’elle était donc illégale de ce point de vue», a-t-il expliqué. «Je suis l’un de ceux qui croient qu’il y aurait dû y avoir une deuxième résolution du Conseil de sécurité pour donner le feu vert à l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis», a également ajouté Kofi Annan. La Charte des Nations unies autorise en effet les Etats à faire usage de la force armée mais avec l’accord du Conseil dans le but de faire respecter les règles ou les résolutions de l’organisation internationale. Cela a été le cas lors de la guerre de Corée en 1950 et plus récemment lors du premier conflit du Golfe en 1991 qui a fait suite à l’invasion du Koweït par le régime de Saddam Hussein. Or dans le cas de l’Irak en 2003, Les Etats-Unis ont abandonné l’idée d’obtenir l’aval du Conseil de sécurité dès lors qu’il était clair qu’une résolution allant dans ce sens n’avait aucune chance d’aboutir à cause notamment de la position de la troïka européenne –France, Allemagne et Russie–, Paris ayant également menacé d’user de son droit de veto.

Le secrétaire général a en outre souhaité que ce cas de figure ne se reproduise plus. «J’espère ne plus voir déclenchée, avant longtemps, une opération du type de celle menée actuellement en Irak, sans accord de l’ONU et le soutien d’une grande partie de la communauté internationale», a-t-il souligné. Se voulant optimiste, Kofi Annan s’est également déclaré persuadé que les Etats-Unis ainsi que d’autres pays ont tiré les enseignements des événements d’Irak et qu’ils ont désormais compris qu’il était «préférable de travailler ensemble avec nos alliés au sein des Nations unies afin de résoudre une partie de ces problèmes».

Elections compromises

Mais ces déclarations du secrétaire général ne sont pas passées inaperçues auprès des alliés de Washington. Et si la Maison Blanche –visiblement plus préoccupée par la campagne électorale en cours– s’est bien gardée de faire le moindre commentaire, cinq de ses principaux partenaires –Grande-Bretagne, Australie, Japon, Pologne et Bulgarie– engagés à ses côtés en Irak, ont rejeté, à des degrés divers, les accusations d’illégalité de la guerre portées par Kofi Annan. Tous ont notamment fait valoir que la résolution 1441 du Conseil de sécurité du 8 novembre 2002, qui menace de «conséquences sérieuses» le régime de Saddam Hussein, autorisait de fait une intervention armée contre l’Irak.

Plus gênant pour Washington aura été le scepticisme affiché par Kofi Annan quant à l’organisation en janvier prochain d’élections générales en Irak. Dans son interview à la BBC, le secrétaire général a en effet été très clair. «On ne peut pas avoir d’élections crédibles si les conditions de sécurité restent ce qu’elles sont aujourd’hui», a-t-il affirmé jugeant très «improbable» que le gouvernement d’Iyad Allaoui soit capable d’organiser un tel scrutin. Il a certes concédé que la décision finale appartenait à l’exécutif irakien mais, a-t-il prévenu, «il peut évidemment venir un moment ou nous devrons formuler notre appréciation en toute indépendance».

Cette mise au point de Kofi Annan, qui intervient au lendemain de journées particulièrement meurtrières en Irak, a tout l’air d’un avertissement à la Maison Blanche. Le secrétaire général entend ainsi signifier de façon très claire à Washington et ses alliés que son organisation –qui a été très durement touchée par plusieurs attentats en Irak dont l’un a coûté la vie à son envoyé spécial Sergio Vieira de Mello– n’est pas disponible pour organiser des élections dans les conditions d’insécurité qui règnent actuellement dans ce pays. Cette volonté affichée par Kofi Annan de prendre ses distances vis-à-vis de l’après-guerre en Irak ressemble fort à une condamnation sans appel de la politique menée depuis plusieurs mois dans ce pays par les Etats-Unis et le gouvernement qu’ils y ont installé.



par Mounia  Daoudi

Article publié le 16/09/2004 Dernière mise à jour le 16/09/2004 à 15:37 TU