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Etats-Unis

L’Irak au cœur de la campagne

Le candidat démocrate à la présidentielle américaine John Kerry, durant un discours de politique internationale à l'université de New York, le 20 septembre 2004. 

		(Photo: AFP)
Le candidat démocrate à la présidentielle américaine John Kerry, durant un discours de politique internationale à l'université de New York, le 20 septembre 2004.
(Photo: AFP)
Le candidat démocrate n’a pas attendu le 30 septembre -date à laquelle est prévu son premier face-à-face télévisé avec George Bush autour du thème de la politique étrangère- pour s’en prendre violemment à son rival et dénoncer «ses colossales erreurs» en Irak. Donné perdant par les sondages, John Kerry a choisi d’intervenir sur cette question qui domine désormais largement la campagne électorale à la vieille d’un discours très attendu de son adversaire sur le sujet à l’Assemblée générale des Nations unies. Alors qu’il comptait jusqu’à il y a encore peu axer la fin de sa campagne sur l’économie, la santé et l’emploi, le candidat démocrate s’est finalement résolu à mettre l’Irak au centre de son discours avec l’espoir d’attaquer la crédibilité de George Bush sur ce dossier. Le président sortant est en effet l’objet de critiques de plus en plus virulentes sur sa mauvais gestion de l’après-guerre, notamment au sein du camp républicain.

Jamais John Kerry n’aura été aussi offensif depuis le début de la campagne sur un sujet qu’il sait pourtant être le fond de commerce de son adversaire républicain qui aime à se présenter comme un «président en guerre» contre le terrorisme. Attaqué par l’état-major de campagne de George Bush qui n’a eu de cesse de dénoncer sa versatilité sur le dossier irakien – il avait voté en faveur de la guerre mais avait refusé de donner sa voix pour la loi sur le financement du conflit– le candidat démocrate s’est jeté à l’eau en consacrant lundi tout un discours sur l’aggravation de la situation en Irak. «Envahir ce pays a provoqué une crise d’ampleur historique, et si nous ne changeons pas de politique, il faut s’attendre à une guerre sans fin», a-t-il affirmé à l’université de New York devant un parterre d’auditeurs largement acquis à sa cause. Insistant sur la dégradation de la sécurité, John Kerry n’a pas hésité à faire le décompte macabre des victimes américaines dans ce conflit «Quarante-deux Américains sont morts en juin juste avant le transfert de pouvoir, mais 54 en juillet, 66 en août et déjà 54 pour la première moitié de septembre», a-t-il insisté alors que son rival républicain s’applique lui à afficher un optimisme de plus en plus suspect aux yeux notamment de la presse américaine.

Attaquant son rival sur son sujet de prédilection qui est la guerre contre la terreur, John Kerry n’a en outre pas hésité à dénoncer les choix de l’administration Bush qui s’est, selon lui, trompée d’ennemi et a pris «une série de décisions catastrophiques, choisissant à chaque tournant la mauvaise direction». L’Irak, a-t-il en effet martelé, a été «une profonde diversion dans la guerre contre notre plus grand ennemi, Oussama Ben Laden et le terrorisme international». Prenant bien soin de se démarquer de l’ancien régime irakien –Saddam Hussein, a-t-il affirmé, est «un dictateur brutal qui mérite une place en enfer»–, le candidat démocrate a souligné que ce n’était pas une raison en soi pour entrer en guerre et mettre ainsi en péril la sécurité des Etats-Unis. «Nous avons échangé un dictateur contre un chaos qui rend l’Amérique moins sûr», a-t-il asséné faisant valoir que «le club terroriste international» s’était élargi. «Trois ans après les attentats du 11 septembre, Oussama Ben Laden est plus populaire que les Etats-Unis même dans les pays musulmans modérés comme la Jordanie, le Maroc ou la Turquie», a également regretté le candidat démocrate.  

Bush ironise, la situation se dégrade

Affichant une assurance qui lui faisait jusqu’à présent défaut sur la question irakienne, John Kerry a énuméré quatre mesures «immédiates» à prendre pour sortir de la crise. Il a ainsi proposé d’organiser une grande conférence internationale sur l’Irak afin d’«obtenir le soutien international promis» et d’alléger ainsi le fardeau des Etats-Unis dans ce pays. Il a également mis en avant la nécessité d’assurer «avec sérieux» l’entraînement des forces de sécurité irakiennes et d’établir «un plan de reconstruction qui apporte enfin de véritables bénéfices au peuple irakien». Rejoignant son adversaire, il a jugé urgent de faire le nécessaire pour organiser des élections générales en Irak dès l’année prochaine. Une fois ces mesures engagées, a affirmé John Kerry, «nous pourrions commencer à retirer des forces américaines dès l’été prochain et viser avec réalisme à ramener les troupes à la maison dans les quatre prochaines années».

La virulence des propos du candidat démocrate ne semble pas avoir ébranlé pour autant son adversaire qui a choisi l’ironie pour répondre à ses attaques. S’appuyant sur la stratégie désormais rodée qui consiste à présenter John Kerry comme une girouette, George Bush a une nouvelle fois accusé son rival de changer encore d’avis sur la question irakienne. «Il s’est finalement réveillé ce matin et a décidé que non, on aurait pas dû envahir l’Irak, après avoir dit le mois dernier qu’il aurait voté pour le recours à la force même compte tenu de ce que nous savons maintenant», a ainsi souligné le candidat républicain. Déformant sciemment les propos de son adversaire, George Bush a en outre ajouté : «De façon à peine croyable, il pense maintenant que notre sécurité nationale serait meilleure avec Saddam Hussein au pouvoir et non en liberté !» Le président sortant a en outre une nouvelle fois affiché un optimisme sans faille concernant l’avenir de l’Irak, un pays, a-t-il dit, dirigé par un «type courageux–Iyad Allaoui– qui pense que l’Irak doit être libre».

Cette politique du «tout va bien» commence cependant à sérieusement desservir l’administration Bush attaquée de toutes parts pour son manque de transparence face à un conflit qui ne cesse de s’aggraver. Un otage américain a été décapité en Irak par le groupe d’Abou Moussab al-Zarqaoui qui détient un autre citoyen américain et un ressortissant britannique qu’il menace d’exécuter. Plusieurs voix se sont ainsi récemment élevés dans le camp républicain pour mettre en garde contre les dangers qu’il y avait pour les Etats-Unis à rester seuls en Irak sans le soutien de la communauté international. «La situation est difficile, très difficile et nous avons besoin d’aide supplémentaire de nos alliés», a affirmé le très influent sénateur du Nebraska Chuck Hagel tandis que son collègue de l’Arizona, John McCain affirmait que le faible nombre des troupes en Irak était «une sérieuse erreur».

Mais l’attaque la plus virulente contre l'optimisme affiché par George Bush est venue du Washington Post qui a remis en cause la stratégie de la Maison blanche en Irak dans un éditorial au vitriol. «Cette stratégie présente des avantages politiquement, mais elle est aussi profondément irresponsable et potentiellement dangereuse», a souligné le quotidien, ajoutant que le tableau que dresse le président sortant de la situation dans ce pays était «insipide au point d'en être malhonnête».



par Mounia  Daoudi

Article publié le 21/09/2004 Dernière mise à jour le 21/09/2004 à 15:42 TU