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Inde

Les Indiens revivent «la marche du sel» de Gandhi

Sonia Gandhi, la présidente du Congrès, lance la «marche du sel» version 2005.(Photo: AFP)
Sonia Gandhi, la présidente du Congrès, lance la «marche du sel» version 2005.
(Photo: AFP)
Des milliers de personnes ont entamé ce samedi un périple de vingt-six jours en commémoration de la célèbre «marche du sel» initiée, il y a soixante-quinze ans par le Mahatma Gandhi. Cette provocation à l’égard des colons britanniques avait donné naissance au mouvement de désobéissance civile qui, dix-sept ans plus tard, devait mener l’Inde à l’indépendance

De notre correspondant à New Delhi

A soixante-quinze ans de distance, la même scène, au même endroit, l’attention médiatique en plus. Sous une pluie de flashs, un cortège de plusieurs milliers de personnes a quitté samedi matin la capitale économique du Gujarat, Ahmedabad, à l’ouest de l’Inde, pour retracer le parcours exact qu’avait effectué Gandhi, père de l’Indépendance indienne, entre le 12 mars et le 6 avril 1930. Entrée dans tous les livres d’histoire de la planète, la célèbre «marche du sel» était partie du Sabharmati Ashram, le lieu de retraite spirituelle de Gandhi, à Ahmedabad, pour rejoindre, vingt-six jours plus tard, les marais salants de Dandi, sur la côte ouest du Gujarat. Là, devant des milliers de ses partisans, Mohandas Karamchand Gandhi, plus connu sous le nom de Mahatma (grande âme) Gandhi avait alors brisé un pain de sel. Un geste de défiance symbolique à l’égard des colons anglais puisque la production de ce condiment faisait à l’époque l’objet d’un monopole réservé à la puissance coloniale.

Une idée de génie, aussi, puisque Gandhi défiait ouvertement les autorités britanniques sans pour autant tomber dans la violence. L’image de ce petit homme gardant la tête haute devait inspirer tout un continent. Le mouvement de désobéissance civile était né. Désormais, les Indiens ne collaboreraient plus avec «l’occupant», quitte à se faire battre. Une stratégie unique au monde qui, dix-sept ans plus tard, devait mener l’Inde à l’Indépendance.

Initiative de Tushar Gandhi, le petit-fils de l’apôtre de la non-violence, la marche commémorative est partie du Sabharmati Ashram avec à sa tête la présidente du parti du Congrès, Sonia Gandhi (aucun lien de parenté avec le Mahatma, ndlr). «Grâce à cette marche, nous allons répandre à travers le pays le message de non-violence du Mahatma Gandhi et inspirer la jeunesse à combattre l’injustice, la violence et le communalisme», a-t-elle déclaré avant de mener le cortège sur quelques kilomètres, accompagnée de plusieurs ministres fédéraux et suivie de milliers d’admirateurs du Mahatma, indiens mais aussi étrangers.

Récupération politique

Mais si la marche de 1930 avait un objectif humaniste, celle de 2005 est, elle, en grande partie politique. De nombreux amis du Mahatma, assassiné en 1948, n’ont d’ailleurs pas souhaité rejoindre la procession, estimant qu’il s’agissait d’une manipulation politique destinée à redorer l’image du Congrès, et plus particulièrement de sa présidente. La marche s’est d’ailleurs ouverte sur une longue série de «Longue vie à Sonia Gandhi». Adulée des foules l’an dernier après la victoire inattendue du Congrès aux élections législatives, la veuve de l’ancien Premier ministre Rajeev Gandhi a en effet été vivement critiquée ces dernières semaines après que le Congrès a tenté de s’emparer de deux Etats bien que ses élus locaux y soient minoritaires.

«C’est une épreuve de force pour le Congrès, l’objectif est de raviver son soutien populaire, estime ainsi Gaurang Dalal, un analyste politique basé à Ahmedabad. Ils veulent renforcer leur soutien à la base, notamment dans les campagnes du Gujarat». Loin des idéaux de Gandhi, le Gujarat est en effet dirigé par la frange la plus extrémiste du parti nationaliste hindou BJP, qui était aussi au pouvoir à New Delhi jusqu’en mai dernier. Des pogroms anti-musulmans avaient fait quelque 2 000 morts dans cet Etat il y a trois ans, et les autorités sont largement accusées d’avoir laissé faire les émeutiers hindous.

Mais si les politiciens espèrent que la marche du sel version 2005 les aidera à marquer des points, les participants anonymes, eux, sont bien venus par admiration des idéaux du père de l’Indépendance indienne. «Peu de choses ont changé depuis 1930, se lamentait ainsi le petit-fils de l’intéressé, Tushar Gandhi, qui gère aujourd’hui une fondation en l’honneur de son aïeul. «Les villages sont peut être aussi pauvres qu’ils l’étaient en 1930. Nous n’avons pas été capables de fournir ne serait-ce que des installations sanitaires de base». Un point de vue largement partagé par Joshua Troast, un touriste américain de 32 ans venu participer à la marche. «Nous devons tous lutter contre la discrimination, ce n’est pas un problème indien mais un problème qui touchent tous les êtres humains», a-t-il ainsi souligné, même si, selon lui, «la marche n’offrira pas de solution immédiate mais elle enverra certainement un message».

Long de 388 kilomètres, le périple s’achèvera le 6 avril prochain, dans les marais salants de Dandi. Des marches semblables doivent également se tenir dans une quinzaine de villes à travers la planète, notamment à Durban, en Afrique du Sud, où le jeune Gandhi, alors avocat, avait commencé sa lutte contre la colonisation. La preuve s’il en est que, cinquante-sept ans après sa mort, le message du Mahatma reste universel.


par Pierre  Prakash

Article publié le 12/03/2005 Dernière mise à jour le 13/03/2005 à 11:20 TU