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Proche-Orient

L’armée favorable à un report du retrait de Gaza

L'armée israélienne a commencé à retirer de la bande de Gaza du matériel logistique.(Photo : AFP)
L'armée israélienne a commencé à retirer de la bande de Gaza du matériel logistique.
(Photo : AFP)
Dévoilé il y a un an, le plan de désengagement de la bande de Gaza, ardemment défendu ces derniers mois par le Premier ministre Ariel Sharon, est au centre de toutes les polémiques en Israël. La date fixée pour son application, qui correspond à une période de deuil pour les juifs, a été vivement critiquée par les orthodoxes et pourrait bien être reportée. Mais plus problématiques sont les incertitudes qui pèsent aussi bien sur le versement des indemnités aux colons que sur les infrastructures destinées à les accueillir après leur évacuation.

Dix jours après avoir confirmé à son ami George Bush que son plan d’évacuation de la bande de Gaza serait bien appliqué à partir le 20 juillet, Ariel Sharon se retrouve au centre d’une violente polémique en Israël, accusé d’avoir mal préparé le retrait de ce territoire palestinien. Responsables politiques et journalistes n’ont en effet pas ménagé ces derniers jours leurs critiques estimant ainsi qu’à trois mois de sa mise en œuvre «le plan de désengagement continue de ressembler à un fromage suisse». «Ceux qui ont tout planifié ont oublié de consulter un calendrier avant de choisir une date, ils n’ont pas non plus pris la peine d’examiner la carte pour savoir où les colons seront relogés et ils ont été incapables de prévoir la nature et l’ampleur des indemnités. Tout cela a terriblement mauvaise allure et relève de l’irresponsabilité», a accusé le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot. Ariel Sharon a également été accusé d’entretenir «un balagan total», un terme hébreu familier qui signifie désordre, chaos, confusion.

A la décharge des détracteurs du Premier ministre, ces critiques sont à bien des égards largement fondées. Le choix de la date du début de l’évacuation des colonies de la bande de Gaza et de quatre petites implantations du nord de la Cisjordanie ne pouvait, il est vrai, plus mal tomber. Fixé au 20 juillet et prévu pour durer trois à quatre semaines, le désengagement coïncide exactement avec une période de deuil de trois semaines observée chaque année par les juifs religieux pour commémorer la destruction des deux Temples de Jérusalem par les Babyloniens en 586 avant JC et en l’an 70 de notre ère par les Romains. Durant cette période, les pratiquants –c’est le cas pour la majorité des colons– n’ont pas le droit de déménager, de se marier, d’aller chez le coiffeur, de se raser, d’écouter de la musique ou encore de participer à des fêtes.

Si jusqu’à présent Ariel Sharon avait rejeté toute idée d’un report de l’évacuation des colonies comme le lui avaient suggéré à plusieurs reprises des responsables militaires, il semblerait que cette fois-ci il n’ait pas vraiment le choix. «Nous devons nous assurer que les colons ne se sentent pas proscrits», a-t-il en effet concédé en prélude à l’annonce d’un plus que probable report de l’application de son plan. Les principaux responsables de la Défense israélienne ont d’ailleurs recommandé jeudi de repousser d’au moins trois semaines la date du début du retrait pour tenir compte des sensibilités religieuses des colons.

Ni logements, ni indemnités

Mais le calendrier du désengagement n’est pas l’unique objet de la polémique qui entoure le projet du Premier ministre. L’incertitude la plus grande règne en effet sur les indemnités qui doivent être reversées aux colons. Certes le Parlement a voté le mois dernier une loi concernant cette question mais les familles qui doivent être évacuées dans les tout prochains mois n’ont toujours rien vu venir. Il est vrai que le problème est largement lié au fait que ces dernières sont réticentes à engager une quelconque négociation avec le gouvernement qui signifierait fatalement qu’elles approuvent leur départ de la bande de Gaza et des quatre petites implantations de Cisjordanie.

Autre inconnue de taille, personne ne semble savoir avec précision où seront relogés les quelque 8 000 colons concernés par le plan d’Ariel Sharon. Les autorités ont attendu mercredi pour dévoiler le prochain achat à l’étranger de caravanes qui serviront de résidences provisoires avant la construction de logements «en dur». Mais le site même d’implantation de ces «cara-villas» est d’ores et déjà au centre d’une polémique. Les organisations écologistes redoutent en effet que l’installation de maisons mobiles ne défigure une réserve naturelle de collines de sable face à la Méditerranée.

Refusant de voir dans un éventuel report du retrait ou dans les polémiques qui entourent l’indemnisation et le relogement des colons une quelconque remise en cause du plan de désengagement, l’armée israélienne a commencé mercredi à retirer des équipements de la bande de Gaza. Une trentaine de conteneurs chargés de fournitures de bureau, d’ordinateurs et d’uniformes provenant de la base militaire protégeant la grande colonie du Goush Katif ont quitté le territoire palestinien. D’autres opérations de ce genre sont prévues d’ici l’été. Soucieuse de montrer qu’elle se prépare sérieusement à l’évacuation des colons, l’armée a également procédé à une simulation dans le but d’examiner les différents scénarios auxquels elle risque d’être confrontée. Des scénarios allant des menaces de suicide collectif de colons aux attaques armées de groupes radicaux palestiniens.


par Mounia  Daoudi

Article publié le 21/04/2005 Dernière mise à jour le 10/08/2005 à 13:29 TU