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Société

Y’aura plus «Y’a bon Banania !»

Le slogan publicitaire «<em>Y'a bon Banania</em>», lancé en 1915, a été banni par son fabricant.DR
Le slogan publicitaire «Y'a bon Banania», lancé en 1915, a été banni par son fabricant.
DR
Suite à une plainte déposée par le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais, le fabricant de la célèbre poudre de cacao décide de bannir définitivement «Y’a bon Banania ! », un slogan perçu comme «raciste». Bien que la formule -inventée en 1915 pour vanter les mérites de la boisson chocolatée- ne soit plus utilisée depuis 1977, elle appartenait toujours à l’entreprise Nutrimaine. Le nouveau président de cette société a pris la décision, mardi, de «radier le slogan et de conclure un accord avec l’association plaignante». Symbolique, cette décision coupe court à toute polémique en plein débat sur la colonisation.

Exit le «parler-petit-nègre» accroché à la représentation, sur fond jaune, d’une bouille joufflue et hilare couleur chocolat, avec des yeux qui roulent comme des billes, et un sourire «large comme une banane». On ne verra plus l’icône de la marque, coiffée d’une chéchia rouge ornée d’un pompon bleu sur le côté, à laquelle on fait dire -sur un ton jugé «joyeux et niais» par le Collectif plaignant- «Y’a bon Banania !». Le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais (revendiquant 40 000 membres) avait déposé, en mai dernier, une plainte devant le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine). La cible ? Une publicité dont il estimait qu’elle «joue de l’image des Noirs sans le moindre respect». Le procès devait avoir lieu le 12 janvier. Préférant éviter toute polémique, «j'ai décidé de radier 'Y'a bon Banania' de l'Institut national de la propriété industrielle pour tenir compte de certaines émotions. (…). Je comprends que cette expression puisse émouvoir aujourd'hui.», a déclaré mercredi Thierry Henault, président de la société Nutrimaine –laquelle avait racheté Banania au conglomérat anglo-néerlandais Unilever, en 2003.

Une pétition publiée sur Internet (site : http://www.grioo.com/), en février 2004, avait recueilli le soutien de quelque 2 700 signatures. Pour le collectif, qui dénonçait alors un slogan «contraire à l’ordre public en raison de son caractère raciste et de nature à porter atteinte à la dignité humaine», cet abandon de la formule représente une victoire: «Nous avions ce slogan dans le collimateur depuis un moment. Notre action n'est pas un signal haineux, mais un acte républicain.» De fait, l’affaire est devenue symbolique, ces derniers temps, d’une série de combats menés au nom du respect de la dignité humaine. Elle s’inscrit dans le contexte des débats très houleux qui ont récemment conduit à l’abrogation de l’article 4 de la loi sur les rapatriés du 23 février 2005 –un article qui évoquait le «rôle positif de la colonisation» française. Elle intervient, également, au moment où Jacques Chirac a choisi d’adopter la date du 10 mai, pour commémorer chaque année l’abolition de l’esclavage. Toutefois, tenant à rester en marge des débats qui ont divisé récemment la France, Thierry Hénault répond en soulignant pour sa part : «La publicité n'est que le reflet d'une époque et Nutrimaine n'a pas vocation à participer au débat qui occupe actuellement la société française sur la lecture de l'Histoire».

Une boisson énergétique, un nouveau patron moderne et dynamique

Changement d’époque, changement de perception du slogan, et changement de stratégie de marketing. «Ce slogan avait été créé durant la première guerre mondiale en référence aux régiments de tirailleurs sénégalais, coiffés traditionnellement d'une chéchia rouge, engagés au front», rappelle le gérant de Nutrimaine –une PME qui compte 70 salariés. Laurent Gueunneugues rappelle dans Libération que cette boisson énergétique – à base «de farine de banane, de céréales pilées, de cacao et de sucre» - avait été rapportée du Nicaragua en 1912 par le journaliste Pierre Lardet, et que «l’expression ‘Y'a bon Banania’» et le visuel du tirailleur sénégalais coiffé de sa chéchia rouge apparaissent sur les fameuses boîtes jaunes durant la Première Guerre mondiale, en pleine période coloniale (…) Le tirailleur bénéficie alors d'une image positive que Banania compte exploiter.».

En préférant «conclure un accord» avec l’association plaignante, le nouveau président de Nutrimaine depuis janvier, fait d’une pierre deux coups. Il a déclaré : «Un slogan est fait pour vendre, pas pour se mettre à dos une partie de la population». En choisissant de radier un slogan «jugé trop démodé», il saisit ainsi l’air du temps qui est tourné vers l’apaisement des esprits et la réconciliation, et il se présente, au demeurant, comme un nouveau dirigeant dynamique et tourné vers l’avenir. Quant au contenu du protocole d’accord, qui a été conclu avec le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais, il devrait être annoncé vendredi dans les locaux de l’Assemblée nationale.


par Dominique  Raizon

Article publié le 02/02/2006 Dernière mise à jour le 02/02/2006 à 18:33 TU