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Immigration clandestine

La Mauritanie, nouvelle porte vers l’Europe ?

Les candidats à l'immigration ont trouvé une nouvelle porte vers l'Europe : Nouadhibou, dans l'extrême nord-ouest de la Mauritanie.(Photo : AFP)
Les candidats à l'immigration ont trouvé une nouvelle porte vers l'Europe : Nouadhibou, dans l'extrême nord-ouest de la Mauritanie.
(Photo : AFP)
Ce week-end, deux naufrages d’embarcations clandestines, parties des côtes mauritaniennes à destination des Canaries, ont fait plus de 40 morts. Ils mettent en lumière un phénomène récent : depuis plusieurs mois, les immigrés subsahariens qui souhaitent rejoindre l’Europe se massent dans la ville de Nouadhibou, au nord-ouest de la Mauritanie. Ils seraient plus de 10 000 candidats au départ.

Plus de mille kilomètres séparent Nouadhibou des îles Canaries.(Carte : Bourgoing/RFI)
Plus de mille kilomètres séparent Nouadhibou des îles Canaries.
(Carte : Bourgoing/RFI)

Week-end macabre au large des côtes mauritaniennes. Une embarcation, partie de Nouadhibou (extrême nord-ouest du pays) vers les îles Canaries, avec 45 clandestins subsahariens à son bord, a fait naufrage à cause d’une panne de moteur. Vingt-deux personnes se sont noyées, les autres ont été repêchées par les autorités mauritaniennes. Un peu plus haut, à hauteur de Dakhla, dans le sud du Sahara occidental, une embarcation partie de Mauritanie et qui transportait 43 migrants s’est brisée en deux après avoir été heurtée par un navire marocain. Vingt-trois personnes se sont noyées, les autres ont été secourues par l’équipage du bateau.

Selon le Croissant-Rouge mauritanien, les immigrés qui faisaient partie des deux voyages mortels venaient du Mali, de Guinée-Bissau, de Gambie, de Côte d’Ivoire, du Nigeria et de Mauritanie pour l’un d’entre eux. Les rescapés se trouvent actuellement dans les locaux de la police de Nouadhibou, la capitale économique mauritanienne devenue depuis quelques mois une ville de départ convoitée pour les candidats africains à l’exil en Europe. Les rescapés sont en ce moment interrogés par les autorités et pris en charge par le Croissant-Rouge mauritanien. « Nous apportons une aide humanitaire », explique Mustapha Taher, qui fait partie de l’organisation. « Nous avons une stratégie palliative, avec l’aide des Croix-Rouge espagnole et française : nous assistons les migrants sur le plan nutritionnel et médical. Mardi, le gouvernement et la police nous ont demandé de leur fournir des médicaments, de la nourriture, de l’eau et des vêtements et c’est ce que nous faisons. »

40% des bateaux font naufrage

Un rapport de la police espagnole évalue à plus de 10 000 le nombre de candidats africains à l’émigration vers l’Europe actuellement massés en Mauritanie et au Sahara occidental. Mardi, le préfet des Canaries a affirmé, sur la radio espagnole Cadena Ser, que les filières d’émigration clandestine d’Afrique vers les Canaries partaient désormais de Mauritanie plutôt que des côtes du Sahara occidental. Selon le coordinateur du Croissant-Rouge mauritanien, Ahmedou Ould Haye, « entre novembre 2005 et aujourd’hui, 1 200 à 1 300 personnes ont perdu la vie en mer en essayant d’atteindre les Canaries ». Il estime qu’entre 700 et 800 personnes tentent la traversée chaque jour et que 40% des bateaux qui prennent la mer font naufrage. « Le voyage est pré-financé par des réseaux bien implantés, aussi bien en Mauritanie que dans les pays subsahariens et européens de destination », précise-t-il.

Repoussés des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla (Nord du Maroc), dissuadés par le renforcement des contrôles hispano-marocains dans le détroit de Gibraltar, les émigrants africains tentent de plus en plus de gagner l’archipel des Canaries à partir de la Mauritanie. « C’est un phénomène qui va en s’accroissant », corrobore Mustapha Taher. « On dénombre une majorité d’hommes, de tous les âges, mais il y a aussi des femmes et des enfants. Ils passent par le désert et nombreux sont ceux qui y meurent de soif. On retrouve des corps de façon très régulière. Ils meurent sur terre ou sur mer en prenant des risques énormes. Ils viennent chez nous car la Mauritanie est le maillon faible de la région. C’est un pays aux frontières ouvertes, mal surveillées, peu peuplé et qui n’a pas de gros moyens de contrôle et de supervision. Depuis des mois, nous sommes chaque jour confrontés à ce problème. Notre comité local à Nouadhibou est débordé. » L’autre raison qui attire les Africains à Nouadhibou serait le prix de la traversée. En effet, selon un responsable mauritanien cité par l’AFP, « la filière saharienne terrestre coûtait au clandestin entre 1 700 et 3 400 euros alors que celle de l’Atlantique, via Nouadhibou, lui revient à 500 euros seulement » ou 1 000 euros selon d’autres sources.

A bord des cayucos

Les Canaries sont la seconde porte d’entrée de l’immigration clandestine par voie maritime en Espagne, après le détroit de Gibraltar. L’île de Fuerteventura étant sous la haute surveillance d’un système de radars et caméras, les migrants partant de Mauritanie se rabattent désormais sur Tenerife ou Gran Canaria. Les voyages sont plus longs et plus périlleux. Du coup, les passeurs ont mis à l’eau un nouveau mode de transport : les cayucos. Il y a dix ans, était apparu le terme espagnol de patera pour désigner la petite barque de pêcheur en bois utilisée pour transporter une vingtaine de personnes. Le cayuco est plus robuste, en fibre de verre, mesure de 14 à 18 mètres de long, est doté de deux moteurs, d’une douzaine de bidons de combustible et peut « accueillir » 50 à 70 personnes…

« Plus de 45 organisations de passeurs font tourner depuis 5 ans ce commerce illégal de personnes en Mauritanie, au Maroc et au Sahara occidental », explique Juan Manuel Pardellas, correspondant du grand quotidien espagnol El Pais à Tenerife. « Ce sont des anciens contrebandiers qui ont trouvé plus rentable que la contrebande de tabac puisqu’ils font payer le passage 1 000 euros par tête. En cheville avec quelques militaires, ils font passer des dizaines de personnes chaque jour par les portes du mur militaire construit dans le Sahara par le Maroc. Depuis septembre dernier, ceux qui font la traversée sont des pêcheurs sénégalais et mauritaniens habitués à naviguer dans une mer difficile. »

Le programme « Sea Horse »

Le journaliste indique que les immigrants sont sélectionnés à Nouadhibou. Ils doivent payer en monnaie sénégalaise ou mauritanienne et détruire tous leurs papiers. Puis commence le voyage de deux jours qui compte plusieurs escales, parfois pour changer d’embarcation et tromper la vigilance des gardes-côtes. Inquiète de la montée en puissance de ces filières, l’Union européenne va lancer un programme de lutte dont la mise en œuvre a été confiée à l’Espagne. Dans ce cadre, le ministre de l’Intérieur espagnol, José Antonio Alonso, a présenté la semaine dernière à Madrid le projet « Sea Horse », destiné à « renforcer la coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination » de l’immigration clandestine. Il doit démarrer cette année et s’étaler sur trois ans. Il prévoit le lancement de patrouilles mixtes avec les gardes-côtes mauritaniens et marocains. Fuerteventura accueillera aussi des officiers de liaison marocains et mauritaniens et les officiers directement concernés seront formés.

En attendant, les cayucos ne chôment pas. Mercredi, une troisième embarcation, qui dérivait depuis trois jours au large de Nouadhibou et avait lancé un appel de détresse, a été interceptée avec ses 40 immigrants. Sains et saufs cette fois-ci.


par Olivia  Marsaud

Article publié le 08/03/2006 Dernière mise à jour le 08/03/2006 à 17:02 TU

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Olga Martin

Déléguée de la Croix-Rouge espagnole en Mauritanie, à Nouadhibou

«On a constaté qu'il y a d'autres points de départ dans la façade maritime : au Sénégal, en Guinée-Bissau...»

[09/03/2006]

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