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Burkina Faso

Non-lieu dans l’affaire Zongo

L’adjudant Marcel Kafando était le seul inculpé dans l’affaire du journaliste Norbert Zongo. 

		(Photo : AFP)
L’adjudant Marcel Kafando était le seul inculpé dans l’affaire du journaliste Norbert Zongo.
(Photo : AFP)
La justice burkinabè vient de prononcer un non-lieu pour l’adjudant Marcel Kafando qui était jusque-là le seul inculpé dans le dossier d’assassinat du journaliste Norbert Zongo et de ses trois compagnons retrouvés morts carbonisés le 13 décembre 1998 dans une voiture sur une route du sud du Burkina. Selon le procureur général près de la cour d’appel de Ouagadougou, les chances de rouvrir ce dossier sont minces. La partie civile crie au scandale.

De notre correspondant au Burkina Faso

L’adjudant Marcel Kafando, ancien chef de la sécurité rapprochée du président Compaoré, était le seul inculpé dans l’affaire du journaliste Norbert Zongo. Le juge d’instruction Wenceslas Ilboudo l’avait inculpé le 2 février 2001 après avoir noté des contradictions dans son emploi du temps de l’après-midi du 13 décembre 1998, date de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. En effet, Kafando avait déclaré avoir passé cet après-midi fatal en compagnie d’un de ses amis militaires. Mais dans une confrontation le 15 mai 2001, ce dernier avait nié les faits. L’étau paraissait donc se resserrer autour de l’adjudant Kafando, déjà désigné comme suspect sérieux dans cette affaire en mai 1999 avec cinq autres membres de la garde présidentielle par une commission d’enquête indépendante sur cette affaire.

Depuis cette décision d’inculpation, le dossier n’avait plus évolué. Le juge a certes multiplié les auditions mais Marcel Kafando, donné pour malade, n’a plus été inquiété jusqu’à la date du 31 mai dernier. Ce jour-là, le juge organise une nouvelle confrontation entre l’adjudant et son ami, soit cinq ans après la première. Coup de théâtre : ce dernier se rétracte. Il dit, selon le procureur du Faso Adama Sagnon, avoir été avec Marcel Kafando au moment du crime. Ce revirement prend le dessus sur toutes les autres contradictions mises en lumière notamment dans le relevé de téléphone de l’accusé. Pour le procureur général près de la cour d’appel de Ouagadougou, Abdoullay Barry, il n’en fallait pas plus pour semer le doute dans la tête du juge. «Marcel Kafando a été inculpé sur la base d’une déclaration de témoin. Et dès lors que le témoin est revenu sur sa déclaration, et à partir du moment où il subsiste un doute, c’est un principe de droit, [cela] profite à l’accusé», a expliqué Abdullay Barry.

En date du mardi 18 juillet, suite aux réquisitions du procureur du Faso, le juge Ilboudo à donc pris une ordonnance de non-lieu. «A partir de ce moment, le dossier est classé. Le juge est dessaisi. L’affaire est clôturée sauf s’il survient de nouveaux éléments. Et dans ce cas, c’est le procureur seul qui peut rouvrir le dossier», a encore expliqué le procureur général Barry. Autrement dit les chances de voir aboutir un jour ce dossier sont très minces. Les explications des procureurs données au cours d’une conférence de presse mercredi à Ouagadougou ont provoqué un sentiment de déception chez les journalistes qui se sont interrogés sur la compétence et le courage du juge d’instruction censé avoir reçu de «grands moyens pour enquêter.»

«Les assassins de Zongo venaient du cœur de l’Etat»

Le journaliste Norbert Zongo, assassiné le 13 décembre 1998. 

		DR
Le journaliste Norbert Zongo, assassiné le 13 décembre 1998.
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«Il a fait son travail. Il a interrogé 105 personnes dont 50 militaires de la garde présidentielle. Il a même obtenu les fiches de sortie et d’entrée des armes du régiment de la sécurité présidentielle. Mais, sur les 26 millions de FCFA qui lui ont été alloués, il n’en a dépensé que six», a confié en substance Abdullay Barry. «C’est scandaleux, c’est un sabotage de la procédure», réagit l’avocat de la famille Zongo, Maître Bénéwendé Sankara qui estime que cette décision est un mépris des autorités judiciaires burkinabè vis-à-vis de la justice et de tous ceux qui se battent pour la démocratie. L’avocat a immédiatement fait appel de cette décision. «Des scellés prouvent que l’armée burkinabè était impliquée au plus haut niveau dans cette affaire. Vous ne pensez pas que c’est ridicule de dire qu’on ne peut pas trouver ces assassins ?», se demande maître Sankara.

«Aucune piste n’a été explorée (…) La commission d’enquête indépendante avait déjà fait un travail avec des experts. Le juge prétend avoir interrogé de nombreuses personnes. Mais aujourd’hui, le résultat est là. Il est établi que les assassins de Norbert Zongo venaient du cœur de l’Etat, en particulier de la garde présidentielle. Il ne faut donc pas tourner en rond», a lancé l’avocat de la famille Zongo visiblement très en colère après le non-lieu du juge d’instruction. «C’est scandaleux», a réagi aussi de son côté Robert Zongo, le frère cadet du journaliste tué. Même réaction à Reporters sans frontières (RSF) qui, dans un communiqué publié mercredi à Paris, dénonce «le règne de l'impunité au Burkina Faso.» «C'est une honte et un coup dur porté envers tous les Burkinabé qui n'ont eu de cesse de réclamer la vérité dans cette affaire», a déclaré RSF.

par Alpha  Barry

Article publié le 20/07/2006Dernière mise à jour le 20/07/2006 à TU