Article publié le 12/01/2009 Dernière mise à jour le 12/01/2009 à 13:14 TU
Avec notre envoyée spéciale à La Haye, Ghislaine Dupont
Des meurtres, mais surtout des centaines de viols de femmes, de mineurs, d'hommes aussi, ont été commis par les miliciens du MLC, venus en octobre 2002 à la rescousse du président centrafricain menacé de coup d'Etat à Bangui.
Dans son accusation, le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Campo, estime qu'il existe des motifs raisonnables de croire que Jean-Pierre Bemba, en sa qualité de président et commandant en chef du MLC, était investi de fait d'une autorité pour prendre toutes les décisions sur le plan politique, mais également militaire. Pour l'accusation, il n'y a donc pas de doute sur son implication.
Avocate des victimes de Jean-Pierre Bemba
« L’audience de confirmation est un signal fort à l’égard des criminels passé, présent et futur. Le peuple centrafricain a beaucoup souffert de l’impunité, donc les victimes attendent beaucoup de ce procès pour faire entendre leurs voix. »
Le 26 mai dernier, deux jours après l'arrestation à Bruxelles du sénateur et ancien vice-président Bemba, le procureur de la CPI déclarait : « Il n'y a pas d'excuses pour un chef qui ordonne, autorise ou tolère que ses troupes commettent des viols et des pillages. Nous avons la preuve que M. Bemba a commis des crimes».
La ligne de défense des avocats de Jean-Pierre Bemba devrait s'articuler autour de deux axes. Premier argument : Bemba n'était pas sur place et n'a jamais été dans la chaîne de commandement. Deuxième argument : les miliciens qui ont commis des exactions ont été jugés et punis à l'époque par le MLC.
Un des avocats de Jean-Pierre Bemba
« Moi-même, au regard du dossier je n’ai aucune crainte, sauf si la politique s’en mêle. »
L'audience contradictoire qui s'ouvre aujourd'hui doit permettre au juge de confirmer ou non les charges contre Jean-Pierre Bemba. S'il les confirme, l'ex-chef rebelle et ancien vice-président sera jugé.
Conseillère spéciale du procureur de la CPI
De nombreux témoins et victimes nous ont raconté comment les troupes de Bemba ont mené une campagne de violence sexuelle contre les civils à Bangui et aux alentours.
Le parcours d'un enfant gâté vers la terreur |
L’ancien enfant gâté des années Mobutu, l’homme d’affaires devenu un vice-président de la République après avoir joué les seigneurs de guerre, a-t-il pu imaginer un jour que ce parcours flamboyant passerait par la case de la justice internationale ? C’est en 1998 que le « Mobutu miniature », comme le surnommaient les Kinois, troque le costume de golden boy pour celui de chef rebelle et installe son maquis dans la province de l’Equateur, fief du clan familial. Il crée le Mouvement pour la libération du Congo (MLC) et participe avec le soutien de l’Ouganda à ce qu’on appellera la Première guerre mondiale africaine. Alors que se négocie un accord de paix pour la RDC, Jean-Pierre Bemba, sollicité par le président centrafricain, accepte d’envoyer en octobre 2002 ses troupes à Bangui, Ange-Félix Patassé est menacé de coup d’Etat. Les rebelles du MLC traversent la frontière et mènent une campagne de terreur. Ils tuent, pillent, mais surtout commettent des centaines de viols de femmes et d’enfants. Ce sont pour ces crimes-là que Jean-Pierre Bemba est aujourd’hui devant la CPI (la Cour pénale internationale). Pour le procureur, Luis Moreno Campo, il ne fait pas de doute que la responsabilité de l’ancien seigneur de guerre est directement engagée. L’audience, qui débute aujourd’hui, permettra de déterminer si les charges retenues contre Jean-Pierre Bemba peuvent être confirmées. Dans ce cas, il sera jugé. Ghislaine Dupont-La Haye-RFI |
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