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Iran

L'Iran, les Six et Obama

Article publié le 24/04/2009 Dernière mise à jour le 24/04/2009 à 22:34 TU

Le 9 avril 2009, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a inauguré à Ispahan la première usine de fabrication de combustible nucléaire.(Photo : Atta Kenare/AFP)

Le 9 avril 2009, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a inauguré à Ispahan la première usine de fabrication de combustible nucléaire.
(Photo : Atta Kenare/AFP)

« La volonté de Barack Obama d’ouvrir un dialogue avec l’Iran va-t-elle supplanter les démarches effectuées ces dernières années par les « Six puissances » en charge du dossier du nucléaire iranien ? » La question était posée ces derniers mois, sur fond de review (réexamen) de la politique américaine dans la région. Selon les informations recueillies par RFI, l’administration américaine a choisi de rester fidèle aux fondamentaux du dossier : le groupe des Six, la double approche (sanctions et offre de coopération) et l’idée du « double gel » pour désamorcer la crise.

Le point sur la crise du nucléaire iranien, la stratégie des « Six » et les projets de Barack Obama envers Téhéran, en cinq questions et réponses :

Que devient le groupe des « Six » ?

On les appelle « 5+1 » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU + l’Allemagne) ou « 3+3 » (les 3 membres de l’Union Européenne que sont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne + les Etats-Unis, la Russie et la Chine). Ces six pays travaillent ensemble dans l’épineux dossier du nucléaire iranien et ont élaboré les cinq résolutions onusiennes exigeant de l’Iran qu’il suspende son programme suspect d’enrichissement d’uranium.

Nouveauté de l’ère-Obama : les Américains seront désormais physiquement présents à la table des négociations quand les « Six » discuteront avec les Iraniens. Ce cas de figure ne s’est présenté qu’une seule fois : en juillet 2008, à Genève, dans les derniers mois de l’administration Bush.

Pour l’administration américaine, ce cadre des Six a plusieurs avantages : « Il permet de maintenir les Russes et les Chinois dans la discussion », note une source proche de la diplomatie française qui ajoute aussitôt : « Et puis on peut aussi imaginer que l’Américain et l’Iranien aillent fumer une cigarette ensemble », ce qui peut faire avancer le rapprochement américano-iranien de façon aussi efficace que discrète

Quelles carottes et quels bâtons ?

Les Américains n’ont pas encore rendu publiques les conclusions de la « review » (réexamen) de leur politique vis-à-vis de l’Iran. Néanmoins, le maintient de la « double approche » semble acquis. D’une part, le bâton que constituent les sanctions internationales pour pousser l’Iran à suspendre l’enrichissement d’uranium. D’autre part, la carotte que représente l’offre de coopération internationale que les Six ont soumis en 2007, puis en 2008, à l’Iran. Elle inclut la reconnaissance du rôle régional de Téhéran, un volet économique et – aussi – une offre de coopération dans le domaine du nucléaire civil.

A plusieurs reprises, Barack Obama a parlé de « bigger stick / bigger carrots » (plus gros bâton / plus grosse carotte)… une formule dont la nouvelle administration américaine n’a pas encore livré les détails.

Qu’est-ce que le « freeze for freeze » ?

Le « gel contre gel » ou « double gel » est une formule imaginée par les diplomates des Six pour essayer de surmonter le blocage qui dure depuis des années dans ce dossier. L’idée est d’obtenir des Iraniens qu’ils gèlent pendants six semaines leurs travaux d’enrichissement d’uranium… simultanément les Six gèleraient le durcissement des sanctions. « Cela ouvrirait une période de pré-négociation », espère un diplomate français qui rappelle que « dans ce dossier on n’a encore jamais assisté au déclic, au début d’une négociation authentique ».

La présidentielle iranienne peut-elle changer les choses ?

« Nous avons eu un débat parmi les Six », nous confie une source proche de la diplomatie européenne, « faut-il relancer les efforts avant ou après l’élection présidentielle de juin en Iran ? ». Finalement, c’est la volonté d’avancer rapidement qui l’a emporté. La date reste à fixer mais l’idée d’une rencontre des Six (au niveau des directeurs politiques, c'est-à-dire des diplomates de haut niveau) et du négociateur iranien, Saïd Jalili semble acquise.

Rien ne dit que cette réunion aura lieu avant la présidentielle… dont on peut affirmer que le résultat sera attendu avec anxiété. Avec ses déclarations anti-israéliennes, l’actuel président Mahmoud Ahmadinejad est en effet devenu infréquentable pour de nombreux dirigeants, notamment français. Et il semble clair qu’une personnalité nouvelle, victorieuse en juin, faciliterait le dialogue.

Mais les représentants des Six concentrent aujourd’hui leurs efforts sur un autre personnage de la République islamique : le guide suprême Ali Khamenei qui détient l’essentiel des pouvoirs en Iran. « En cinq ans de tentatives, reconnaît un diplomate, nous n’avons jamais réussi à établir un canal direct de discussion avec le guide ». Pour le nucléaire, comme pour un éventuel rapprochement avec les Etats-Unis, c’est à Ali Khamenei que revient la décision finale.

Y a-t-il un risque de confrontation ?

L’Iran répète que son programme nucléaire n’a qu’une vocation civile. « Mais où sont les centrales ? » s’interroge un spécialiste du dossier selon lequel « enrichir de l’uranium avant de construire des centrales nucléaires, c’est comme acheter de l’essence avant d’avoir une voiture ». A ce soupçon s’ajoutent les progrès iraniens : de source diplomatique française on considère que Téhéran est sur le point de disposer d’un stock d’uranium enrichi suffisamment important pour pouvoir fabrique une bombe, si toutefois il en a l’intention.

Israël s’inquiète de ces progrès et la communauté internationale redoute plus que tout une opération aérienne israélienne sur des installations du programme nucléaire iranien. Une telle action conduirait forcément à l’escalade dans la région. Ce serait « un désastre », confie un diplomate français.

RFI, Desk Proche et Moyen-Orient