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Environnement

Pas d’accord sur le Nil

Des experts de dix pays africains ont tenté de s’accorder, du 8 au 12 mars dernier à Entebbe, en Ouganda, en vue de s'accorder sur l'utilisation des eaux du Nil. Cette réunion a échoué. L’utilisation des eaux du Nil dépend jusqu’à présent de deux traités controversés signés par la Grande Bretagne avant la décolonisation, et qui offre à l’Égypte la quasi intégralité des ressources du Nil aux dépens d’autres États, en particulier de l’Ethiopie. Les ministres en charge de l’Eau des pays du Bassin du Nil se sont retrouvés à Nairobi pour tenter de sortir de l’impasse.
De notre correspondant à Kampala

Après bientôt deux semaines de discussions et de négociations sur l’utilisation des eaux du bassin du Nil par les Etats riverains, aucun consensus n’a encore été trouvé.
L’Égypte refuse toute renégociation des anciens traités qui lui octroient les deux tiers des eaux du fleuve. Mais aux yeux de plusieurs États en amont du fleuve, il faudrait tout renégocier afin d’obtenir une répartition plus égalitaires des bienfaits du Nil.

Le Nil commence son voyage au Burundi, à proximité des eaux chaudes et profondes du lac Tanganyika et à 6 700 kilomètres d’Alexandrie, où le Nil disparaît dans la Méditerranée. Une autre source est dans le lac Tana, à 1 300 mètres d’altitude, sur les hauts plateaux d’Éthiopie. Mais la source majeure du fleuve le plus long du monde se trouve au nord du l’immense lac Victoria, près de la ville ougandaise de Jinja.

Depuis 75 ans, le partage des eaux du Nil entre les pays riverains dépend d’un traité signé par la Grande Bretagne et l’Égypte . La Grande Bretagne représentait alors l’Ouganda, le Kenya et le Tanganyika (l’actuelle Tanzanie). Cet accord, conclu le 7 mai 1929 au Caire, par un échange de lettres entre le Premier ministre égyptien et l’ambassadeur de Grande Bretagne en Égypte, organise l’usage des eaux du Nil avec pour unique souci la satisfaction des besoins en eau de l’Égypte, et accessoirement du Soudan voisin. Le pacte décrétait notamment qu'aucune construction susceptible de réduire l'arrivée d'eau en Égypte ne serait entreprise sur le Nil ou ses affluents. L'accord permettait également à l'Égypte «d'inspecter et d'enquêter» sur toute la longueur du Nil jusqu'aux sources éloignées de ses affluents dans le Bassin. Ce traité a été révisé en 1956 afin de permettre à l’Égypte et au Soudan de bénéficier encore d’avantage des eaux du Nil.

160 millions de personnes vivent le long du Nil

Quarante ans plus tard, selon un rapport de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (ECA), l’Égypte avait trois millions d’hectares irrigués par le Nil et utilisait 62 milliards de mètres cubes d’eau par an tandis que le Soudan utilisait, quant à lui, 16 milliards de mètres cubes d’eau par an pour irriguer plus d’un million d’hectares, les autres pays se partageant des miettes.

Mais la pression démographique qui s’exerce dans cette région du monde est telle que les pays situés en amont du fleuve exigent une nouvelle redistribution. On estime que désormais 160 millions de personnes vivent le long du Nil et ce chiffre pourrait doubler dans les 50 ans à venir. Plusieurs États (Le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda et l’Ethiopie) remettent ouvertement en question les anciens accords. Le ministre éthiopien des Ressources en eau a annoncé l'intention de son pays de développer près de 200 000 hectares de terres par des projets d'irrigation et la construction de deux barrages dans le sous bassin du Nil Bleu.

La Tanzanie s’est lancée, en février dernier, dans la construction d’un pipeline de 170 kilomètres depuis le lac Victoria, afin d’apporter de l’eau dans la région de Shinyanga.

Enfin l’Ouganda -comme le Kenya- demande que l’Égypte et le Soudan payent désormais les autres pays riverains du fleuve pour l’utilisation qu’ils font de son eau. Une position extrême qui cadre mal avec le travail réalisé par l’Initiative pour le Bassin du Nil dont les membres sont actuellement réunis à Nairobi au Kenya. Cette initiative, mise en place en 1999 avec l’aide de la Banque Mondiale, est motivée par l'objectif commun «d'un développement socio-économique durable grâce à une utilisation et un partage équitables des ressources en eau communes du Bassin du Nil.»

Pour l’Égypte , dont l’unique source en eau est le Nil, la gestion du fleuve est une question de vie ou de mort. La diminution du volume d'eau lui parvenant pourrait avoir des effets catastrophiques. La grande majorité des Egyptiens vit dans une vallée qui représente près de 4% du territoire égyptien, et 95% des ressources en eau de l'Égypte proviennent du Nil. Toute la question est donc pour l’Égypte de garder le contrôle de l’utilisation des eaux en amont du Nil et de négocier au cas par cas les nouveaux projets.



par Gabriel  Kahn

Article publié le 21/03/2004