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Indonésie

Le général Yodhoyono favori de la présidentielle

Le général Yodhoyono. 

		Photo: AFP
Le général Yodhoyono.
Photo: AFP
Cent cinquante-trois millions d’Indonésiens sont appelés à voter lundi pour le premier tour de l’élection présidentielle. Les deux vainqueurs se retrouveront pour un second tour à moins que l’un des cinq candidats en lice obtienne 50% des suffrages.

De notre correspondant à Djakarta

L’Indonésie vit à l’heure de la «Yodhoyono mania». Crédité de 40% des intentions de vote par les sondages, Susilo Bambang Yodhoyono est presque assuré de figurer au deuxième tour qui opposera en septembre prochain les deux vainqueurs du premier tour de l’élection présidentielle, la première au suffrage universel direct dans l’histoire de l’archipel. Le formidable élan populaire dont semble bénéficier sa candidature est si net que ses adversaires politiques en sont réduits à des stratégies de campagne négatives. Ils ont lancé une rumeur faisant passer l’ancien ministre de la Sécurité pour un chrétien, un handicap dans un pays où 85% des 215 millions d’habitants sont musulmans. Le message, envoyé par SMS, aurait déjà circulé sur plus d’un million de téléphones portables obligeant le candidat Yodhoyono à démentir en se rendant à la grande prière du vendredi sous l’œil des caméras de télévision.

SBY, comme le surnomment les Indonésiens, dispose d’un excellent profil dans un pays en quête de stabilité et de redressement économique après les années de violences et de crise qui ont succédé à la chute de la dictature Suharto en mai 1998. Général à la retraite âgé de 54 ans, SBY a commandé la garnison de Jakarta dans le milieu des années 1990 tout en ayant su garder une certaine distance avec le suhartisme dont le souvenir agit encore comme un puissant repoussoir pour bon nombre d’Indonésiens.

Le pays veut « quelqu’un de ferme à la barre mais pas un poing d’acier », confirme le directeur de l’Institut national pour la démocratie, un centre de recherche indépendant. Ministre dans tous les gouvernement de l’après Suharto, SBY n’a été impliqué dans aucun scandale financier. Un autre atout de poids alors que les 153 millions d’électeurs indonésiens placent la lutte contre la corruption au premier rang de leur préoccupation. Le candidat préféré des milieux d’affaires occidentaux s’est aussi révélé un politicien avisé en choisissant Yusuf Kalla comme candidat à la vice-présidence. Celui-ci doit drainer des voix des îles Sulawesi, une région dans laquelle cet ancien ministre et businessman richissime est très influent.

Megawati sous le voile

Le « ticket » semble imbattable, selon les sondages qui relèguent les autres présidentiables, également flanqués d’un candidat à la vice-présidence, à plus de 30 points. Avec 2% des intentions de vote, l’actuel vice-président Hamza Has, réputé proche des milieux fondamentalistes, n’a aucune chance de l’emporter. Les trois autres se tiennent dans un mouchoir de poche pour figurer au second tour : le général Wiranto, mis en cause par un tribunal international pour son rôle dans les massacres commis au Timor Oriental en 1999, l’intellectuel musulman et actuel président de l’assemblée nationale, Amien Rais et la présidente sortante, Megawati Soekarnoputri.

Elue en juillet 2001 par le Parlement, la fille de Soekarno, le père de la nation indonésienne, n’a pas su répondre aux énormes espoirs que son élection avait suscités dans les classes populaires. Malgré de bons résultats macro-économiques, signe d’une certaine stabilisation, on lui reproche le développement de la corruption, l’accroissement des inégalités et son manque de leadership. Pour redresser la barre, Megawati a récemment promis de créer 13 millions d'emplois et de faire reculer la pauvreté de 45%. Des promesses surréalistes qui ressemblent moins à un programme qu’à un cri de désespoir.

Le général Wiranto est le candidat du Golkar, le parti néo-suhartiste qui est arrivé en tête des dernières élections législatives. Mais avec 20% des suffrages, cette victoire a été obtenue par défaut puisque le Golkar a perdu des voix par rapport au scrutin de 1999. Wiranto, qui sera peut être bientôt sous mandat d’arrêt international pour l’affaire du Timor Oriental, souffre toujours de l’ombre du général Suharto, à qui il est redevable de sa carrière militaire et politique. Quant à Amien Rais, il espère encore figurer au second tour, bien qu’il n’ait pas l’appui de toutes les organisations islamiques. La plus grande d’entre elles, le Nadlhatul Oulama, 40 millions de membres revendiqués, a été courtisé avec succès par les partis laïcs. Deux de ses principaux responsables sont candidats à la vice-présidence. Le premier avec Megawati, le second au côté du général Wiranto.

L’islam indonésien, historiquement très modéré, est une valeur montante de la vie politique du pays, un phénomène qui découle lui-même de l'importance sociale croissante de la religion dans l'archipel. « Les questions les plus sensibles, comme l'introduction de la charia, ne sont guère débattues, mais chaque candidat se doit de rendre hommage aux oulémas et de visiter les écoles coraniques », explique Andrée Feillard, chercheuse au CNRS et spécialiste de l'islam indonésien. Autre signe tangible de cette islamisation croissante du champs politique : sur ses affiches électorales, la présidente Megawati apparaît pour la première fois avec le voile islamique.

par Jocelyn  Grange

Article publié le 04/07/2004 Dernière mise à jour le 05/07/2004 à 09:18 TU

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Envoyée spéciale de RFI à Djakarta

«La dictature de Suharto de 1966 à 1998 a empêché le développement d’une classe politique vraiment capable de prendre en main les affaires du pays.»

[05/07/2004]

Nasir Tamara

Conseiller du général Wiranto (candidat à la présidence en Indonésie)

«Pendant la campagne, on a joué sur la popularité des candidats plus que sur leur parti.»

[05/07/2004]

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