Irak
Allaoui menace les habitants de Falloujah
(Photo : AFP)
Trois mois et demi après avoir officiellement repris en main les rênes du pouvoir, le gouvernement d’Iyad Allaoui a toujours autant de mal à asseoir son autorité, notamment dans les régions sunnites, théâtre d’une violente insurrection. Symbole de cette rébellion, la ville de Falloujah échappe toujours au contrôle de Bagdad. Accusée d’être le repère de l’homme le plus recherché d’Irak –la tête du Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui a été mise à prix 25 millions de dollars par les Américains– cette agglomération de quelque 300 000 habitants subit depuis des semaines les bombardements de l’aviation américaine. Sa population est désormais menacée d’«une opération d’envergure» si elle ne se soumet pas à l’autorité du pouvoir de Bagdad. Dans une intervention sans précédent, le Premier ministre irakien a affirmé que son gouvernement avait le devoir de reprendre le contrôle des bastions rebelles pour permettre un bon déroulement des élections prévues en janvier. «Nous avons demandé aux habitants de Falloujah de livrer Abou Moussab al-Zarqaoui et son groupe et s’ils ne le font pas, il y aura une opération d’envergure», a notamment averti Iyad Allaoui. «Bien sûr Falloujah est une ville de gens honnêtes, mais elle a été manipulée par un groupe de gens déviants qui veulent faire du mal à l’Irak», a-t-il également ajouté.
Ces déclarations du Premier ministre irakien interviennent alors que des pourparlers ont été engagés avec des représentants de la cité rebelle pour trouver une solution à cette crise. Evoquant les négociations en cours, Iyad Allaoui a affirmé avoir rencontré une délégation de la ville. «Nous sommes très déçus par ce qui se passe à Falloujah et les membres de la délégation le sont également», a-t-il notamment déclaré, précisant que son gouvernement avait demandé à ces représentants d’«accentuer la pression sur les groupes armés». «Si rien n’est fait, nous n’allons pas rester les bras croisés», a-t-il insisté.
Accalmie sur le front chiiteLes menaces d’Iyad Allaoui ne semblent cependant pas avoir eu d’effets sur les habitants de Falloujah. Un négociateur de la ville a même jugé que l’ultimatum lancé par le Premier ministre était «une absurdité». S’exprimant sur la chaîne de télévision qatarienne al-Jazira, Hatem Maddab a en effet réclamé au gouvernement des preuves de la présence du terroriste jordanien à Falloujah. «Al-Zarqaoui est comme les armes de destruction massive dont s’est servi l’Amérique pour envahir l’Irak», a-t-il dénoncé. «Nous connaissons ce nom mais al-Zarqaoui n’est pas ici», a-t-il insisté. Hatem Maddab a par ailleurs dénoncé les raids américains sur la ville rebelle qui chaque jour apportent leurs lots de destructions et de morts. «Plus de vingt ou trente maisons ont été bombardées à cause de ce Zarqaoui et de ses partisans, mais seuls des femmes, des enfants et des vieillards ont été touchés», s’est-il indigné.
Alors que la situation semble de plus en plus tendue dans les régions sunnites, les rapports entre les autorités irakiennes et la communauté chiite vont en s’améliorant. Un accord a ainsi été conclu en fin de semaine dernière pour le désarmement de Sadr City, cette banlieue déshéritée de Bagdad où s’entassent dans des conditions précaires quelque deux millions de personnes. Après un démarrage laborieux lundi, cette campagne de désarmement est allée en s’amplifiant, de nombreux habitants n’hésitant pas à faire la queue devant l’un des trois points de collecte du quartier pour remettre leurs armes ou leurs engins explosifs en échange des 200 dollars promis. Visiblement satisfait du déroulement de cette opération, le gouvernement irakien a commencé à libérer une partie des détenus chiites, pour la plupart des miliciens de l’armée du Mehdi fidèles au chef radical Moqtada al-Sadr. Comme il s’y était engagé, il a également abandonné les poursuites judiciaires à leur encontre sauf pour ceux accusés de crimes.
Ce changement radical d’attitude du jeune imam, qui plusieurs semaines durant a tenu tête aux forces américaines dans la ville sainte de Najaf, n’est pas uniquement dû aux pressions militaires dirigées contre son mouvement. Moqtada al-Sadr, qui n’a que très peu de légitimité au sein de sa communauté, s’est vraisemblablement rendu aux arguments du grand ayatollah Ali Sistani, autorité spirituelle incontestée des chiites d’Irak. Ce dernier s’est en effet fermement prononcé à plusieurs reprises pour des élections au suffrage universel direct et cela dès la fin du régime de Saddam Hussein. L’ayatollah Ali Sistani a en outre toujours plaidé en faveur d’une solution politique à la révolte des plus déshérités qui forment le gros des partisans de Moqtada al-Sadr. Une position à laquelle le jeune imam semble aujourd’hui adhérer, ses proches ne cachant plus leur intention de participer au scrutin de janvier prochain.
par Mounia Daoudi
Article publié le 14/10/2004 Dernière mise à jour le 14/10/2004 à 15:19 TU