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Chronique Médias

Pro Publica, nouveau journal d'investigation américain

25 journalistes, des sujets ambitieux, un site internet à but non lucratif : voilà la recette de Pro Publica, le projet de Paul Steiger, l’ancien directeur de publication du Wall Street Journal, qui sera lancé officiellement à la fin du printemps. Les collaborateurs, recrutés parmi les meilleures plumes du journalisme américain, ne se sont pas fait prier pour rejoindre Pro Publica. C’est que l’investigation est devenue un véritable luxe : crise de la presse oblige, faute de temps et de moyens, les sujets d’enquête sont souvent les premiers à passer à la trappe.

Et c’est bien ce qu’ont remarqué les mécènes du projet, Herb et Marion Sandler. Le couple de septuagénaires, qui finance Pro Publica, a décidé de consacrer 10 millions de dollars par an au journalisme d’investigation. Les Sandler, richissimes philanthropes, ont vendu leur société financière, la Golden West Financial Corporation, pour 25 milliards de dollars, et financent des organisations comme Human Rights Watch. Si les Sandler ont choisi de consacrer une telle somme à l’investigation, ce n’est pas parce qu’ils s’intéressent au journalisme en soi. Ils sont simplement convaincus que l’investigation est utile à la société. «Il faut débusquer le prochain Enron !», résume Herb Sandler, dans les colonnes du New York Times.

Avec 10 millions par an, les journalistes de Pro Publica auront tout loisir de se consacrer à leur travail, sans se soucier de la pression publicitaire ou de la fréquentation de leur site. Et surtout, luxe des luxes : chez Pro Publica, les journalistes comptent s’autoriser à perdre leur temps. Ils pourront passer, sans angoisse, le temps qu’il faudra sur de multiples rendez-vous informels pour soigner leurs sources, ou sur des pistes qui ne déboucheront peut-être sur rien. Et une fois les enquêtes finalisées et peaufinées, Pro Publica proposera ses articles aux autres médias américains. Et ce, gratuitement, bien sûr. Ça ressemblerait presque à de la charité journalistique, mais les journalistes de Pro Publica expliquent qu’ils entendent proposer une offre de complément, des histoires que les journaux n’auraient jamais publiées sinon.

En France, l’ancien directeur de la rédaction du Monde, Edwy Plenel, a lancé le 16 mars 2008 son site d’investigation MediaPart. Ses équipes proviennent, comme celles de Pro Publica, de grandes rédactions parisiennes et partagent l’envie de revenir aux sources du journalisme. Mais, Mediapart a une épée de Damoclès au-dessus de la tête : Edwy Plenel a trois ans, pour séduire 65 000 abonnés, à 9 euros par mois. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir rencontré des mécènes du journalisme.


par Delphine   Le Goff

[22/03/2008]

En partenariat avec l'hebdomadaire Stratégies.