C’est aussi la fin d’un certain modèle de journalisme télévisé... Il y a eu une petite allusion à un girafon au zoo de Vincennes qui tombait de haut pour rebondir, une citation de Shakespeare disant que «
ce qu’on ne peut éviter il faut l’embrasser », des remerciements sincères à la rédaction de TF1…
Le dernier journal de Patrick Poivre d’Arvor, jeudi soir, a été comme toujours tout en retenue et en impassibilité feinte. Pourtant, l’émotion était bien là, la complexité narcissique du personnage aussi, son art formidable de la séduction de masse plus encore… On en oubliait presque le rôle joué par le 20 heures de la Une dans le matraquage sur l’insécurité avant l’élection présidentielle de 2002, le discours unanimement pro-européen lors du référendum de 2005 ou, plus encore, les «casseroles» lointaines de l’affaire Botton ou de la vraie-fausse interview de Fidèle Castro. A l’instar de ce générique de fin montrant PPDA face à Mitterrand, Chirac ou Sarkozy, un Sarkozy qualifié de «
petit garçon dans la Cour des grands », on ne retenait plus que le gentleman impertinent, l’insolent inspiré et sûr de sa puissance.
Pourtant, malgré ses vingt-et-un ans de longévité, Poivre comme on l’appelle aussi, ce ne fut pas que la statue inébranlable du commandeur de l’info, le totem inamovible, comme dit le sociologue Denis Muzet. Ce fut aussi un système de narration, de mise en scène de l’information qui semble avoir trouvé ses limites à l’heure où les pouvoirs politiques et économiques revendiquent un statut de coproducteur des nouvelles et fixent l’agenda médiatique.
C’est d’ailleurs ce qui ressort d’une étude récente du cabinet Headway International. Elle montre que pour 67% des professionnels de l’information télévisée interrogés en Europe et en Amérique du Nord, il y a plutôt moins de pressions politiques directes mais aussi plus de manipulations à travers l’événementialisation de la vie politique et des affaires qui donne du fil à retordre aux rédactions. En outre, le journal télévisé, qui est de moins en moins perçu comme une grand messe incontournable par les générations du numérique, a tendance à se rapprocher des magazines d’information.
France 2 comme BBC 2 l’ont bien compris, il s’agit désormais moins de multiplier les sujets pour donner le la d’une actualité dont les gens ont eu connaissance par internet, la presse gratuite, la radio ou les autres télés. La tendance est au contraire de resserrer le nombre de sujets pour les approfondir tandis que les magazines d’infos se rapprochent, eux, de l’actualité chaude. Laurence Ferrari, qui remplacera PPDA, sera sans doute plus dans cette orchestration de proximité.